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Que ne les assumons-nous pas ! L’humanité a fait de formidables progrès sur beaucoup de plans : scientifique, culturel, politique, économique, etc. Sur d’autres plans par contre elle connaît des régressions qui se matérialisent par les crises multiples qui secouent les sociétés modernes. Il m’a ainsi semblé intéressant de réfléchir sur les responsabilités des uns et des autres dans la situation que connaissent le monde, l’Afrique et la société sénégalaise en particulier. Nos sociétés sont en effet gangrénées par des maux qui ont pour noms : crise des valeurs, crise d’autorité, crise de la citoyenneté (au Sénégal et en Afrique surtout). Avec la faillite des Etats en Afrique, la dissolution des mœurs va s’accentuant. Où se situent les responsabilités ? On a dans nos sociétés, nos Etats et nos familles l’habitude de désigner des personnes comme étant les responsables de ceci ou cela. Mais doit-on considérer alors que ceux-là sont les seuls responsables de cette situation. ? Sont-ils en réalité les seuls qui décident des orientations que prennent nos sociétés, nos pays et notre monde en général ? Ne sommes-nous pas tous, à quelque niveau que l’on se situe responsable de quelque chose ? Dans toutes nos activités, dans nos rapports avec notre environnement, n’y a t-il pas une parcelle de responsabilité que nous nous devons d’assumer et même de nous arroger ? Comme citoyen par exemple, on a l’habitude de nous plaindre de la gestion qui est faite des pouvoirs aux gouvernants délégués par le peuple, mais sommes-nous assez vigilants dans le contrôle de leur action ? Des gouvernants ne s’acquittent véritablement de leur devoir que parce que les administrés les y contraignent par une vigilance de tous les instants. Autant en effet, les dirigeants se doivent de remplir correctement leur devoirs pour être considérés non pas uniquement comme des dirigeants, mais comme de vrais responsables, ou comme de vrais hommes d’Etat imbus de leur mission qui est de faire la gestion la meilleure des pouvoirs qui leur sont confiés, autant le citoyen se doit de veiller au bon usage des pouvoirs qu’ils délèguent. Le vote qui est un des moyens par lequel le citoyen sanctionne positivement ou négativement un régime, plus que l’exercice d’un droit doit à mon sens être considéré comme l’affirmation d’un engagement citoyen, d’une responsabilité assumée par celui-ci. Dans des sociétés où les citoyens se complaisent dans l’immobilisme, une passivité par rapport à la prise de décision sur leur propre avenir, n’est-il pas légitime de penser que les crises multiples qui peuvent la secouer sont dues en fait à la crise de la citoyenneté ? Car avant tous les autres pouvoirs (pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire), il y a le pouvoir citoyen. C’est en réalité le citoyen qui travaille à son propre bien-être. Et comme on le dit souvent, on a que le gouvernement que l’on mérite. Pour que nos dirigeants fassent leur devoir et pour que fonctionne une démocratie, le citoyen se doit constamment de rappeler à leurs devoirs les gouvernants. Aujourd’hui avec le problème de l’émigration clandestine, nous avons un exemple typique des conséquences des démissions à la fois des classes dirigeantes et d’une catégorie sociale à savoir les jeunes, catégorie sociale qui a renoncé à lutter inlassablement pour la préservation de son patrimoine. Si ceux dont le devoir est de lutter contre le chômage et d’entretenir l’espoir chez les gouvernés, en particulier les jeunes, manquent à leur devoir, ceux-ci ne doivent pas pour autant céder au découragement et se laisser tenter par cette aventure qu’est l’émigration clandestine. Est-il en effet normal qu’un citoyen se dérobe face à l’incurie et à la corruption d’un pouvoir ? Pour en venir maintenant à la corruption des mœurs dans nos sociétés. Dépravation très décriée, mais dont personne ne semble être responsable. L’assertion de Gustave Le Bon qui disait dans Hier et Demain que l’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part semble ainsi se vérifier. La situation qui affecte nos sociétés est pour moi tout simplement la conséquence de nos démissions, de notre passivité, de notre laxisme, de notre hypocrisie à tous, à quelque niveau que l’on se situe dans la sphère sociale ? Ce qui arrive à nos sociétés nous en sommes tous responsables car même en étant passifs on peut influer sur le cours des choses. Il ne peut y avoir de neutralité dans la vie en société. La vie en société suppose un engagement de tous les instants. Au nom de principes, on peut être amené à se soustraire à cette obligation de s’impliquer, mais que sont nos valeurs et principes sinon que la science que nous déployons pour notre propre épanouissement et pour le rayonnement de nos sociétés. L’ampleur que prennent des phénomènes de société comme la toxicomanie, la pédophilie, la prostitution et j’en passe illustre à suffisance le mal énorme que nous avons tous à faire notre autocritique. On se rappelle tous de l’affaire Goudi Town. Affaire partie de cette vidéo diffusée sur Internet, vidéo dans laquelle une célèbre danseuse et quatre autres filles se livraient à des danses obscènes. On avait à l’époque vite fait de les mettre au banc de la société, oubliant que les danses incriminées étaient pratiquées partout au Sénégal : à l’occasion des séances de tam-tam ou de cérémonies familiales, dans les rues et les foyers. Le développement de la toxicomanie, de la prostitution, de la pédophilie (etc.), révèle également un paradoxe, voire une hypocrisie dans une société où les gens sont de plus en plus démonstratifs dans la pratique de la religion, qu’elle soit musulmane ou chrétienne. Nous avons encore une fois aujourd’hui, tendance à ne pas vouloir nous regarder dans une glace, raison pour laquelle à la fin des Assises en 2008, un juge sénégalais attirait à juste titre l’attention des Sénégalais, du législateur surtout, sur la nécessité de prévoir des sanctions à l’encontre des auteurs de grossesse qui aboutissent à des infanticides. Le refus de paternité étant très souvent à l’origine de la plupart des infanticides. On peut tout aussi parler de la responsabilité des hommes dans le développement de la prostitution et l’accoutrement de plus en plus osé des filles, deux phénomènes qu’ils se plaisent à décrier. Ma conviction est que les jeunes filles désireuses qu’elles sont de plaire surtout au Sénégal, à la gente masculine, ne persisteraient jamais à s’habiller comme elles le font actuellement si elles ne se savaient pas appréciées des hommes en étant ainsi vêtues. Sur le plan religieux, les allégeances à un guide sont dans l’air du temps. Je n’ai rien contre le fait que les gens se cherchent des guides pouvant les orienter dans la pratique de leur religion. Ce que je ne comprends pas par contre, c’est le fait que certains semblent croire que le seul fait de se dévouer entièrement pour un marabout leur assurera le salut éternel. Dans aucun livre saint, il n’est dit qu’en se donnant corps et âme ou en se dévouant pour son guide, celui-ci répondrait par conséquent de nos actes. Aux parents, on peut à la limite, comme stipulé dans le coran, demander des comptes sur ce qu’ils ont fait de ce dont Dieu leur a fait don, à savoir leur progéniture, mais pas à un guide religieux. Aux déviants, on ne promettrait d’ailleurs jamais l’enfer si on les considérait pas tous comme responsables à quelque niveau qu’ils se trouvent, de leurs actes. Pour conclure, je dirai que la démocratie plus que des droits, c’est une obligation qu’elle reconnaît au citoyen : celle d’exercer pleinement son pouvoir. Jamais le droit du citoyen à l’éducation, ne peut par exemple lui être garanti s’il ne veille pas lui-même à ce que ceux qu’il mandate travaillent à réunir les conditions lui permettant de jouir de ce droit. Et que dans la vie en société, même en étant passif, on est comptable des orientations que prend celle-ci.
Quelques citations sur la notion de responsabilité: La désobéissance civile est une forme de responsabilité et appelle à davantage de responsabilités, André Glucksman, extrait de La fêlure du monde La lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse, Julio Cortazar, extrait de Façons de perdre Tout ce qui augmente la liberté, augmente la responsabilité, Victor Hugo, extrait de Paris et Rome Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur, Stefan Zweig, extrait de Fouché La liberté implique la responsabilité. C’est pourquoi la plupart des hommes la redoutent George Bernard Shaw, extrait de Maximes pour révolutionnaires L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part Gustave Le Bon, extrait de Hier et demain On a toujours besoin d’un étranger dans un foyer, car il peut à l’occasion servir de bouc-émissaire Souleymane Faye, chanteur sénégalais
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