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Attendue comme une période cruciale dans le règlement du dossier de la crise casamançaise, la convocation, par les services du ministère français de l’Intérieur, du secrétaire général du Mouvement des Forces démocratiques de Casamance, Mamadou Abou Sané, Nkrumah, n’a pas tenue la promesse des fleurs. Celui que le Sénégal -par la voix de ses ministres des Affaires Etrangères, Madické Niang, et Abdoulaye Baldé, des Forces Armées, souhaitaient se faire livrer, pieds et mains liés, a une fois de plus échappé aux menaces de faire face à la justice sénégalaise. Pourtant, pour marquer la détermination de son gouvernement et son obsession à obtenir la tête de son ennemi n°1, une voiture de l’ambassade du Sénégal s’était offerte le luxe de se garer devant les locaux de la police pour assister, en direct, à la confrontation de Nkrumah avec les policiers. Et le souhait des occupants du véhicule était, certainement, d’être là quand les flics de Nicolas Sarkozy devaient mettre les menottes aux poignets du vieux chef rebelle. De son côté, arrivé aux alentours de 16 heures et trente minutes, l’irrédentiste casamançais, accompagné par sa suite et de quelques sympathisants, est entré, sans son avocat, au 84 rue de Villiers, siège des services de police à Levallois Perret, où l’attendait un officier de police judiciaire. Selon des informations obtenues auprès de l’intéressé lui-même, le débat n’a tourné qu’autour de sa situation administrative en France et n’a duré que 3 minutes. «Je suis réfugié et comme je n’ai jamais enfreins les lois de mon pays d’accueil, soutient-il, la justice française n’a rien à me reprocher.» Sa convocation, pour rappel, fait suite à la demande du Sénégal invitant la France à «se prononcer» sur le cas Nkrumah. Et le souhait de Dakar était de voir le natif de Diégoune renvoyé de son «exil douillet» de Paris d’où il ne cesse d’appeler à la poursuite de «sa guerre totale contre le Sénégal». Ses déclarations guerrières interprétées par le gouvernement comme une incitation à la violence et au meurtre entrent, à l’en croire, dans le cadre de son combat politique. Et devant les fonctionnaires, il a déclaré ne les avoir toujours faites qu’en «réponse à des propos irresponsables tenus par des autorités sénégalaises.» Et puisque l’homme n’a jamais tenu de conférence de presse en hexagone pour diffuser «ses propos incendiaires» et n’a jamais troublé l’ordre public, en France, il ne peut donc être inquiété. Se voulant coopératif avec ses hôtes, l’invité du ministère français de l’Intérieur a, à en croire des confidences de sources policières, volontairement prolongé son face-à-face avec les fonctionnaires pour les sensibiliser davantage sur son combat et les rallier à sa cause. Contrairement à l’effet souhaité, l’entêtement du gouvernement à vouloir renouveler le mandat d’arrêt décerné à l’encontre de Nkrumah Sané ne fait que desservir le Sénégal. Et cette situation risque de ne jamais servir les intérêts du gouvernement. Selon les conventions de Genève –adoptées en 1951- qui lui ont permis de bénéficier de l’asile politique, en France, aucun réfugié statutaire ne peut être renvoyé vers son pays d’origine ; s’il y risque des persécutions : emprisonnement, agression ou assassinat. En outre, il faut retenir que Nkrumah Sané n’ayant jamais reconnu son appartenance au Sénégal –puisqu’il na jamais eu de carte nationale d’identité- ne peut pas être extradé à Dakar qui est -selon la logique du secrétaire-général du MFDC- la capitale du pays ennemi. Mamadou Nkrumah Sané est un «apatride» que les gouvernements français ont toujours considéré comme «un national casamançais», comme l’atteste sa carte d’identité professionnelle dont nous avons eu copie. Son épouse et ses enfants sont des citoyens français. Et voir leur chef de famille remis au Sénégal semble être une option qu’ils n’accepteront jamais. Le dossier Nkrumah pose une grande leçon de Droit : la France qui n’extrade pas ses nationaux, peut-elle remettre le géniteur et époux de citoyens français à un pays où il risquerait la prison ou la mort ? Si jamais cette hypothèse se posait, l’opinion nationale française épiloguerait là-dessus pendant longtemps et son cas ferait école. En attendant ce jour-là, le vieux combattant est retourné chez lui, heureux de s’être joué de ses ennemis qu’il qualifie d’amateurs du Droit. Babacar Touré kimikikiko@yahoo.fr
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