On raconte que Hasan Basri disait : « Je suis resté stupéfait devant les paroles de quatre personnes : 1) d’un ivrogne ; 2) d’un mignon infâme ; 3) d’un enfant ; 4) d’une femme. – Comment cela ? lui demanda-t-on. – Un jour, répondit-il, je vis un homme ivre qui allait tombant et se relevant au milieu de la boue. Je lui dis : Tâche donc de poser mieux ton pied de manière à ne pas tomber. – Ô Hasan, me répondit cet ivrogne, malgré toute la peine que tu te donnes, marches-tu, oui ou non, d’un pas assuré dans la voie de Dieu ? Si je suis renversé dans la boue, il n’y aura pas grand mal ; je serai quitte pour me laver et me nettoyer ; mais toi, que tu tombes dans le puits du culte de ta personne, jamais tu n’en sortiras net et ta situation en sera foncièrement ruinée. Ces paroles me firent mal au cœur. Une autre fois, comme je passais près d’un mignon, craignant que le pan de ma robe ne le touchât, je la serrai autour de moi. Lui de me dire : Ô Hasan, pourquoi ramasses-tu le pan de ta robe loin du contact de ma personne ? Nul autre que le Seigneur très haut ne sait quelle sera la fin de chacun. Une autre fois encore, un jeune enfant s’avançait, tenant un flambeau allumé. D’où apportes-tu cette lumière ? demandai-je. Lui, sur le champ, la souffla avec sa bouche, l’éteignit et, s’adressant à moi : Ô Hasan, dis-moi où elle est allée et ensuite je t’expliquerai d’où je l’ai apportée.
Un jour, une belle femme, le visage dévoilé, les bras levés, venait à moi. Elle sortait de se quereller avec son mari, et à peine m’eut-elle abordé qu’elle commença à me répéter les propos qu’il lui avait tenus. Ô femme, lui dis-je, couvre d’abord ton visage et ensuite tu parleras. – Ô Hasan, me répondit-elle, dans ma passion pour une créature j’ai perdu la raison et je ne sais même pas que j’ai le visage découvert. Si tu ne m’en avais pas fait apercevoir, je serais entrée ainsi sans voile dans le bazar. Mais toi qui cultives avec un zèle si infatigable l’amitié du Seigneur très haut, ne devais-tu pas tenir en bride ton œil pour ne pas voir que mon visage était découvert ? Les paroles de cette femme me firent une profonde impression. » (…) On raconte qu’un Arabe, venu trouver Hasan Basri, lui demanda ce que c’était la patience. « Il y a, répondit Hasan Basri, deux espèces de patience : l’une consiste à supporter courageusement l’affliction et les calamités, à ne pas commettre les actions que le Seigneur très haut nous a interdites ; et l’autre à ne jamais prêter l’oreille aux suggestions de Cheïtân. – Pour moi, dit l’Arabe, je n’ai jamais vu personne plus retiré de ce monde et plus patient que toi. – Hélas, dit Hasan, mon renoncement au monde et ma patience peuvent être comptés pour rien. – Pourquoi parles-tu ainsi ? s’écria l’Arabe. – Parce que, si je pratique le renoncement, ce n’est que par crainte du feu de l’enfer ; et je ne suis fidèle à la patience que parce que j’espère entrer en possession du paradis. Or celui-là seul mérite d’être compté qui, sans s’inquiéter de sa tranquillité à lui, pratique la patience pour le Seigneur très haut, et dont le renoncement n’a pas pour but le paradis, mais uniquement le désir de plaire à Dieu. Une telle manière d’agir est le signe manifeste de la sincérité du cœur. » (…) Hasan Basri disait : « Les moutons sont plus attentifs que les hommes, car lorsque le pâtre les appelle, ils cessent de paître, tandis que les hommes, quoiqu’ils aient entendu tant de fois les avertissements du Seigneur très haut, ne se retiennent pas de faire le mal, lequel mal provient toujours des mauvaises compagnies. » (…) Il disait encore : « Les degrés de la crainte sont au nombre de trois : le premier consiste à dire toujours la vérité ; le deuxième à garder sa personne de toutes les œuvres que n’aime pas le Seigneur très haut ; le troisième à se conduire de manière à voir ses actes agréés de Lui. » Et il ajoutait : « Un mitsqâl (environ six grammes et demi) de crainte vaut mieux que mille mitsqâl de jeûnes et de prières. La plus excellente de toutes les œuvres, c’est la pratique de la crainte et la méditation sur ses propres actes. Celui dont le cœur ne va pas de pair avec la langue, dont l’extérieur et l’intérieur ne sont pas à l’unisson, porte sur lui l’empreinte de l’hypocrisie. Le vrai fidèle est celui qui s’applique constamment à ne pas tomber dans l’hypocrisie, qui ne fait rien de ce qu’il ne doit pas faire, qui ne prononce jamais une parole qu’il ne doit pas dire. » Il disait : « Il y a trois espèces de gens dont on peut mal parler en leur absence sans que ce soit de la médisance : 1) les prévaricateurs ; 2) ceux qui ne distinguent pas l’illicite du licite et qui marchent au gré de leurs désirs déréglés ; 3) les oppresseurs. Lorsqu’on a le malheur de médire de quelqu’un, il faut en demander souvent pardon à Dieu. » « Bien à plaindre, disait-il, celui des fils d’Adam qui met sa complaisance dans ce bas monde, où l’on doit rendre compte de l’usage des choses légitimes et où il y a un châtiment pour les choses défendues ! Chaque fois que mourra un des fils d’Adam, il partira avec trois regrets : 1) de ne s’être jamais rassasié d’entasser les biens de ce monde ; 2) de n’avoir jamais trouvé la satisfaction des désirs qui étaient dans son cœur ; 3) de n’avoir pas préparé convenablement les provisions de route pour l’autre monde. » Quelqu’un lui dit : « Un tel va rendre l’âme », et Hasan Basri de s’écrier : « Mais voilà soixante-dix ans qu’il rendait l’âme ; aujourd’hui il va être délivré de cette peine. » Il disait encore : « C’est un homme avisé celui qui prend soin de ses intérêts dans l’autre vie sans se donner de soucis pour que sa prospérité temporelle ne soit pas endommagée. Quiconque connaît le Seigneur très haut voit son amour pour Lui s’accroître de jour en jour ; quiconque connaît ce monde passager le considère comme un ennemi. L’homme intelligent est celui qui pose un frein solide à la tête de ses passions et qui tient la bride d’une main ferme. Regarde bien ce que deviennent les affaires de ce bas monde pour quelqu’un qui meurt, parce qu’elles seront exactement de même pour toi après ta mort. C’est par amour pour le monde d’ici-bas que les infidèles rendaient un culte aux idoles. » Et il ajoutait : « Quiconque prise l’or et l’argent, le Seigneur très haut le fera tomber à la fin dans l’avilissement. Ne commande aux autres que ce que tu pourrais toi-même exécuter. » Il disait aussi : « Quiconque te rapporte les paroles d’autrui est capable de rapporter à autrui tes propres paroles. Ne donne pas accès auprès de toi à un tel personnage. Au jour de la résurrection, il faudra rendre compte non seulement de tout ce qu’on aura mangé soi-même, mais de tout ce qu’on aura fait manger à son père, à sa mère ou à ses petits enfants. Quant à ce qu’on aura donné à manger aux hôtes, il n’y aura pas à en rendre compte. Pour chaque prière que tu feras sans recueillement, le châtiment suivra de près. » Hasan Basri racontait : « Un jour que je me tenais sur la terrasse de ma maison, j’entendis la femme de notre voisin dire à son mari : « Voilà cinquante ans que je suis dans ta demeure, toujours d’humeur égale, dans l’abondance comme dans le dénuement. Qu’il fît froid ou chaud, je t’ai servi fidèlement, sans jamais rien demander. J’ai conservé intacts ton nom et ton honneur. Je n’ai porté plainte contre toi à personne ; mais aujourd’hui je ne puis supporter de te voir prendre une autre femme et t’entretenir familièrement avec elle. » En entendant ce discours, je fus en proie à une douce émotion et je pleurai. Dans la Parole sacrée, le Seigneur très haut dit : « Ô mon serviteur, je te pardonne ton péché ; mais si dans ton cœur, tu te laisses aller à en adorer un autre que moi, Je ne voudrai pas te pardonner. » (S. IV, verset 116. Une autre traduction donne : « Certes, Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Quiconque donne des associés à Allah s'égare, très loin dans l'égarement. ») On demandait à Hasan Basri quelle était sa situation. « Ma situation, répondit-il, est celle d’un homme dont l’embarcation s’est brisée en mer et qui reste sur un fragment de planche. » Dans une oraison, Hasan Basri disait : « Mon Dieu, Tu m’as accordé des grâces, et je ne T’en ai pas remercié. Tu m’as envoyé des épreuves, et je ne les ai pas supportées avec patience. Tu ne m’as pas retiré Tes faveurs pour avoir manqué de reconnaissance et Tu as supprimé les épreuves en voyant que la patience me faisait défaut. Mon Dieu, que Ta générosité et Ta miséricorde sont donc grandes ! » Hasan Basri ne riait jamais. Au moment de rendre l’âme, il sourit une fois et s’écria : « Quel péché ? Quel péché ? » Et il expira. Quelqu’un le vit en songe et lui demanda : « Ô Hasan Basri, toi qui ne souriais jamais, pourquoi donc, en rendant l’âme, disais-tu, le sourire aux lèvres : Quel est ce péché ? Quel est ce péché ? Et Hasan de répondre : « Comme je rendais l’âme, un bruit de voix se fit entendre et l’on disait : « Ô Azraïl (l’ange de la mort), tiens bien son âme, elle a encore un péché » ; et moi, dans ma joie, je disais : Quel péché ? » La nuit même où mourut Hasan Basri, un personnage vénérable vit en songe qu’on avait ouvert les portes du ciel et qu’on criait : « Hasan Basri vient d’arriver chez le Seigneur très haut, qui est satisfait de lui. » Farid-Ud-Din’Attar (Né vers 1140 et mort vers 1230) Extraits de « LE MEMORIAL DES SAINTS ».
Sur Hasan Basri : http://www.islamophile.org/spip/L-Imam-Al-Hasan-Al-Basri.html http://www.aslama.com/forums/showthread.php?29640-Hassan-al-Basri
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