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A propos des types de pèlerinages
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A la suite de notre contribution intitulée ‘Quelles solutions pour la gestion du Pèlerinage à la Mecque’ parue dans le journal Wal Fadjri du 24 décembre 2009*, nous revenons ici, sur le sujet sous un autre angle. Que les lecteurs et les pèlerins veuillent bien nous excuser de ne pas revenir sur certains aspects déjà traités et nous autoriser à centrer cette présente contribution sur le choix du type de pèlerinage.

Voilà un sujet qui, à notre humble avis, mérite, à lui seul, une large concertation et une meilleure sensibilisation de l’opinion publique. En effet, le pèlerin à la Mecque doit choisir sans équivoque entre les trois rites suivants. Le ‘Khirane’ l’’Ifrad’ et le ‘Tamattou’. Le pèlerin, drapé de ses nouveaux vêtements rituels se met en état d’hram c'est-à-dire de sacralisation dans un lieu appelé Miqat, situé hors de la Mecque où il doit faire précéder son choix de deux ‘rakat’.


 1. Le Khirane. Le pèlerin se met en état de sacralisation pour effectuer conjointement le Hadj et la Oumra ou visite pieuse. Arrivé à la Mecque, il fait son Tawaf d’arrivée ou circumambulation c'est-à-dire sept tours de la Kaaba. Ensuite il doit accomplir le ‘saye’, les va-et-vient entre les monts Safa et Marwa (sept fois le trajet) qui comptera aussi bien pour le Hajj que pour la Oumra. Il ne se désacralisera en se séparant de ses vêtements rituels que le jour du Sacrifice, c'est-à-dire le 10ème jour du mois de Zoul-Hiddja ou Tabaski. Il doit alors immoler un mouton ou à défaut jeûner trois jours à la Mecque et sept jours une fois rentré chez lui. Il doit ce jour-là aussi faire les sept tours de la Kaaba. Il n’est plus assujetti à courir entre Safa et Marwa.


2. L’Ifrad. Le pèlerin se met en état de sacralisation pour effectuer dans un premier temps, uniquement le Hajj sans la Oumra ou visite pieuse. La Oumra ne sera faite qu’à la fin du Hajj. Arrivé à la Mecque, il fait son Tawaf d’arrivée c'est-à-dire sept tours de la Kaaba. Ensuite il doit accomplir le ‘saye’ (les sept tours entre Safa et Marwa) qui, ne comptera que pour le Hajj. Ici aussi, il ne se désacralise en se séparant de ses vêtements rituels que le jour du Sacrifice. Mais ce jour là, il est exempté du sacrifice du mouton et n’est pas assujetti à courir entre Safa et Marwa. A la fin du Hajj donc, après le 13ème jour du mois de Zoul-Hiddja, il pourra accomplir sa Oumra qui consistera à entrer à nouveau en état de sacralisation à partir de la Mosquée ‘Masjid Aïcha’, de faire la circumambulation et les sept tours entre les monts Safa et Marwa.


3. Le Tamattou. Le pèlerin se met en état de sacralisation pour effectuer, dans un premier temps, uniquement la Oumra sans le Hajj. Arrivé à la Mecque, il fait son Tawaf ou circumambulation. Ensuite il accomplit les sept tours entre les monts Safa et Marwa qui, ici, ne comptent que pour la Oumra. Il se désacralise immédiatement à la fin de ce circuit en se séparant de ses vêtements rituels, après s’être rasé. Les interdits aux pèlerins en état d’hram tels que les habits cousus, le parfum, etc., lui sont levés jusqu’au 8ème jour du mois de Zoul-Hiddja ou Tabaski où il doit se remettre en état de sacralisation pour accomplir le Hajj.Le jour du Sacrifice, il doit immoler un mouton ou à défaut jeûner trois jours à la Mecque et sept jours une fois rentré chez lui. Il doit ce jour-là aussi faire les sept tours de la Kaaba et effectuer les sept tours entre Safa et Marwa pour le compte du Hajj avant de se désacraliser définitivement.


Pour arriver à la question posée sur le choix du type de pèlerinage, il nous fallait définir les trois concepts. Mais pourquoi en sommes nous arrivés à nous poser cette question ? La réponse se trouve auprès de ceux qui ont déjà accompli le Pèlerinage et ont été confrontés aux multiples contraintes qui lui sont inhérentes.


Certes les grandes et principales écoles sunnites issues des Imams Abou Hanifa, Imam Malick, Imam Chafi’i et Ahmad Ibn Hanbal ont fait des recommandations pour le choix du type de Pèlerinage, mais elles s’accordent toutes sur la validité de tous les trois. Toutefois, si ces types sont d’égale valeur en terme de rétribution, ils se différencient selon les contraintes qu’ils posent aux pèlerins.


Au Sénégal, la tradition pour ne pas dire le destin, nous a choisi l’Ifrad comme modèle inamovible. Le pèlerin sénégalais se distingue facilement par la couleur de ses draps rituels qu’il ne quitte jamais. Du blanc éclatant au début de la sacralisation, elle vire au gris au fil du temps. L’homme, mal à l’aise dans un pagne qu’il n’est pas habitué à porter, se livre à de fréquents réajustements jamais réussis. Le manque de préparation psychologique aux contraintes du pèlerinage est à la base des énervements fréquents et du difficile maintien de la discipline de groupe. Pour calmer les esprits, nous avons l’habitude de rappeler que l’on ne va pas à la Mecque comme l’on va à Venise : ce n’est pas du tourisme. Mais le gros du problème reste le manque d’hygiène souvent engendré par l’adaptation difficile à cette obligation vestimentaire, alors que dans l’Islam, sainteté et propreté vont de pair.


Le choix systématique de l’Ifrad se justifiait amplement dans un passé lointain ou plus ou moins récent, quand il fallait des mois ou des années pour arriver à la Mecque, et le même temps pour rentrer chez soi. A l’époque, il était fréquent d’arriver aux Lieux Saints de l’Islam, sans ressources parce qu’on avait tout dépensé pendant le long et pénible trajet. Dans ces conditions, il était tout à fait logique d’opter pour l’Ifrad qui exempte le pèlerin du sacrifice du mouton, d’autant plus que les dépenses du retour étaient aussi coûteuses que celles de l’aller, dépenses qui s’étalaient sur des mois, voire des années.


Aujourd’hui qu’en moins de dix heures le pèlerin peut atterrir à Médina ou à Djeddah tout en étant bien servi dans les airs tout au long du voyage, les soucis du prix du mouton doivent s’estomper. Celui qui investit deux millions quatre cents cinquante mille (2 450 OOO) francs Cfa pour le voyage, ne doit normalement pas rechigner à débourser entre quarante cinq mille et soixante dix mille francs (trois cents et cinq cents rials) pour procéder au sacrifice du mouton, l’essence même de la fête de L’Aïd el kébir.


En vérité, la plupart des Sénégalais optent pour l’Ifrad non pas parce qu’ils l’ont choisi sciemment parmi d’autres possibilités, mais parce que il est devenu une pratique collective. Il n’en demeure pas moins que l’Ifrad a des vertus indéniables telles qu’éloigner le pèlerin des tentations qui proviendraient des bonnes choses licites de ce monde à condition de ne pas dépasser certaines limites dans le temps.Le Tamattou et l’Ifrad présentent chacun des avantages selon la durée que nous présentons ci-après.


-Pour le pèlerin qui doit faire un long séjour à la Mecque avant le début du Pèlerinage, c'est-à-dire le 8ème jour du mois de Zoul-Hiddja, il est préférable d’opter pour le Tamattou. Celui-ci permet de se désacraliser après la Oumra du début, d’aller à la Kaaba, de faire ses prières quotidiennes et ses Tawaf avec ses habits de tous les jours tout en prenant soin de son corps et de son hygiène comme à l’accoutumée. Tous ceux qui encadrent les pèlerins, dans le privé comme dans le public, optent pour le Tamattou. Ils n’ont pas tort. Et de même, nous conseillons aux pèlerins des premiers vols qui font entre une semaine et vingt jours à la Mecque, avant le début du pèlerinage, ainsi qu’aux femmes, aux veilles personnes et aux pèlerins à la santé fragile, d’opter pour le Tamattou. Il est à remarquer que, hormis le Sénégal et de rares pays d’Afrique noire, le Tamattou est pratiqué par la majorité des pèlerins des autres nations.


- Pour les derniers arrivés à la Mecque, qui y passent environ une semaine ou moins, avant le début du Pèlerinage, il peut-être plus avantageux d’opter pour l’Ifrad. En effet, il est contraignant voire épuisant de faire, en l’espace de peu de jours, le Tawaf d’arrivée, de courir entre Safa et Marwa et de répéter le tout le jour du Sacrifice après le long périple entre Makka-Arafat-Mousdalifa-Mouna-Jamarat-Makka, rythmé d’interminables marches et de veilles. D’où l’intérêt de préférer ici l’Ifrad au Tamattou. En plus d’être exempté du Safa-Marwa, le pèlerin est exempté du sacrifice du mouton.


- Signalons cependant que les pèlerins avertis, bien au fait des différents types de pèlerinages choisissent, selon leur propre conviction, contrairement au commun des pèlerins qui ont besoin d’être largement sensibilisés.


Il nous paraît important de rappeler que le Prophète (Psl) n’a effectué qu’une seule fois le pèlerinage à la Mecque. A cette occasion, il avait pratiqué le Khirane (d’après Ibnoul Qayim, Ibnoul Tayimia et Cheikh Albani) et avait émis le vœu de faire le Tamattou à d’autres occasions.En fin, des trois termes, seul le mot Tamattou a été cité explicitement dans le Saint Coran (verset 196 sourate Baqara) mais tous les trois ont été reconnus valables par le Prophète (Psl).


Ainsi nous espérons avoir posé les jalons d’une concertation qui, menée objectivement, éclairera le pèlerin de demain et contribuera à l’amélioration des conditions de vie et d’accomplissement du pèlerinage à la Mecque.


Fait à La Mecque, le18 novembre 2011


Cheikh Bamba DIOUM

bambadioum@yahoo.fr


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