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Par Frédéric Tendeng
Des propositions indécentes sur le code électoral auxquelles se joint une détermination manifeste à tronquer le processus électoral, Wade systématise par translation ses volontés malsaines semant inexorablement les articulations du chaos politique qu’il a longtemps souhaité obtenir dans ce pays. La nomination du sieur Issakha Guèye à la tête de la Commission Electorale Nationale Autonome (Cena) est une provocation et une profanation supplémentaire de la morale et de l’esprit républicain qui constituent le socle de la marche démocratique du Sénégal. Tout comme Wade qui l’a nommé, cet homme est le symbole même de la déchéance éthique et morale qui font de lui un citoyen disqualifié pour présider une institution républicaine chargée d’avoir un oeil critique sur le processus qui aboutit à l’élection des hommes qui dirigent les destinées du Sénégal. Alors qu’il était à l’Agence de Régulation des Télécommunications et Postes du Sénégal le sieur Issakha Guèye fut clairement identifié et cité comme ayant détourné de l’argent.
Le rapport de l'Inspection générale d'Etat (IGE) en date du 30 juin 2008 (N 30/PR/IGE/ 2008) mettait en cause nommément le directeur général Daniel Goumalo Seck ainsi que les membres du Conseil de Régulation que sont Abdoulaye Sakho, Issakha Guèye (l’homme nommé par Wade pour diriger maintenant la CENA), Cheikh Tidiane Touré, Mamour Niang, Abdoulaye Ndiaye, Babacar Touré et Oumar Diouf pour détournement de deniers publics.
Lors de l'attribution de la troisième licence de téléphonie au groupe soudanais Sudatel, le 03 septembre 2007, pour un montant de 80 milliards FCFA, Issakha Guèye et ses acolytes se sont adjugées pour leurs comptes personnels, 2% de cette contrepartie financière, soit 1 milliard 600 millions FCFA. Le président du conseil a reçu 60 160 000 FCFA. Les six autres membres ont reçu 52 millions de FCFA chacun à titre de "prime exceptionnelle". Le Directeur général, Daniel Goumalo Seck, lui se met 135 360 000 FCFA dans les poches. Pour taire d'éventuelles protestations des autres agents, la somme 180 480 000 FCFA est versée à la mutuelle de l'ARTP. Dans la répartition des "primes exceptionnelles" l'ARTP offre gracieusement 6% (soit 96 000 000) à l'ANOCI.
C’est alors que l’IGE recommande au président de la République la traduction d’Issakha Guèye et de ses complices devant la chambre de discipline financière de la cour des comptes et le remboursement des sommes indûment perçues. Comme réponse Wade se sert de la télévision nationale (RTS) et menace d’ordonner des poursuites pénales contre tous les responsables de l’ARTP ayant trempé dans l’affaire.
Or, comme Abdoulaye Wade fait toujours le contraire de ses dires, il pousse la vicissitude à son paroxysme, force l’intègre Moustapha Touré à la démission et nomme à sa place Issakha Guèye comme président de la Cena. C’est cela le personnage atypique de Wade. Il éprouve sans arrêt un besoin biologique de sceller son destin à un schéma seulement circonscrit à son personnage égotique. Il se perd, se contredit et porte sa signature honteuse à des actes déconstructifs que réprouve toute forme de morale humaine.
Au demeurant, vouloir s’en prendre à Moustapha Touré parce qu’il s’est finalement décidé à se démettre de la Cena non sans avoir auparavant assené ses vérités à Wade est injuste. Mr Touré a longtemps mené tout seul le combat contre le despotisme et la dictature déguisée de Wade. A la Cena, Mr Touré était entouré de collaborateurs dont la majorité n’était en réalité que des espions à la solde de Wade. Les seuls soutiens dont Moustapha Touré pouvait se prévaloir étaient l’opposition, les organisations de la société civile et la presse or, ces soutiens ont vacillés pour ne pas dire qu’ils ont cédé à l’intimidation et à la machine antidémocratique de Wade.
Lorsqu’en Mars 2006 Wade accuse la Cena d’être à l’origine du retard des inscriptions sur les listes électorales, la réponse de Moustapha Touré à l’époque est sans équivoque. "En dépit d’une absence totale de moyens, […] la Cena a installé, depuis le 5 septembre 2005, l’ensemble de ses démembrements …" C’est dire que, pour la Cena, les raisons du retard dans les inscriptions sur les listes électorales sont à chercher ailleurs. Quelques mois plus tard, en Novembre 2006, la Cena ne semble pas comprendre le retard sur la publication des listes annoncée plutôt. La Cena s’interroge sur les risques que pourrait comprendre l’accumulation de ces retards sur le processus électorale. Wade est irrité.
Décembre 2006, les dysfonctionnements sont si nombreux que Mamadou Moustapha Touré et ses camarades estiment qu’on en est "à la limite de la régularité" Le 29 novembre 2006, sous le numéro 1686.Mint/Dge/Doe, la Céna a reçu du Directeur général des Elections la lettre au contenu suivant : "Je vous transmets ci-joint le fichier électoral provisoire sous forme de support informatique (clé USB)".
En exploitant ladite clé Usb, la Céna s’est rendu compte que "la publication concerne 3 375 120 citoyens qui se sont inscrits sur les listes électorales, alors que la dernière publication hebdomadaire du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, à la date du 30 novembre 2006, concernait 4 907 088 inscrits, ce qui fait ressortir un déficit de 1 531 968 que l’on pourrait attribuer soit à des omissions, soit à des radiations régulièrement notifiées ou non encore notifiées, soit aux deux à la fois".
Moustapha Touré et son organe estiment que "[…] l’intervention des juges du contentieux est absolument requise […]" car selon lui, la date de la dernière publication n’étant pas connue, il y a lieu de présumer que "la période contentieuse ne pourra être connue avant la fin du mois de janvier 2007, soit un mois avant les élections avec tous les inconvénients qui peuvent en découler".
Moustapha Touré tient ensuite ce langage directe à Wade : "le respect de la loi électorale et des autres dispositions réglementaires par toutes les parties engagées dans le processus électoral, et principalement par l’organe qui a en charge l’organisation des élections (le ministère de l’intérieur), est la condition nécessaire et suffisante pour assurer la régularité, la transparence et la sincérité des scrutins". Là aussi, Moustapha Touré a mené seul son combat entouré d’une équipe truffée de traitres alors que l’opposition s’embourbait à l’époque dans une fièvre de précampagne aux allures déjà désordonnées. Wade et son ministre de l’intérieur Ousmane Ngom ne peuvent plus cacher leur haine envers Moustapha Touré devenu très encombrant alors que l’opposition et une grande partie de la presse nationale négligent cette énormité qui a aboutit à la victoire mystérieuse au point de surprendre Wade lui-même au soir du 25 Février 2007.
Dans son rapport post élection, Moustapha Touré en bon républicain respectueux du pacte qui le lie à la morale et au sens de l’honneur va en plus exiger du ministre de l’intérieur Ousmane Ngom la copie de tous les marchés passés pour l’acquisition des différents matériels ayant servi au processus électoral. Il dénoncera l’absence de scellés sur des enveloppes provenant de bureaux de vote lors de la présidentielle tout comme il avait dénoncé les nombreux dysfonctionnements qui ont émaillé ce scrutin. Ce rapport fut pourtant publié dans la presse sans que l’on en fasse véritablement une entorse de taille à la démocratie.
A cette atmosphère pourrie sont venus se greffer plusieurs contentieux dont ceux de Ndindi, Ndoulo et les autres confrontations dont nous faisons l’économie. Si les sénégalais sont aujourd’hui d’accord qu’Abdoulaye Wade est plus que jamais déterminé à massacrer tout ce qui reste de l’architecture électorale sénégalaise déjà effiloché, il n’en demeure pas moins que les réponses apportées à ses forfaitures sont de loin inadaptées à la fougue de son oeuvre destructrice dont l’ultime objectif reste l’exécution de son plan de succession monarchique qu’il n’a jamais abandonné.
Voilà pourquoi Wade n’éprouve aucune honte à trouver du prestige dans sa démarche obstructive et immorale pour nous balancer à la figure la nomination fétide d’Issakha Guèye à la tête de la Cena. Cette décision qui insulte l’intelligence humaine vient quelques semaines après l’annonce de l’augmentation du budget de la Cena qui passe de 1,4 milliards en 2009 à 1,7 milliards pour 2010. C’est donc une aubaine pour le sieur Issakha Guèye qui a déjà montré sa capacité bizarre à flirter avec de telles sommes d’argent à l’ARTP. Wade voulait un homme dont le degré de vicissitude et d’asservissement n’a d’égal que son assimilation forcené aux rapports ludiques et affligeants avec le pouvoir.
"Ce qui est terrible, c’est que le consentement à la servitude se situe dans la conscience d’un peuple. C’est ce consentement qui invite l’autorité tyrannique. Si la conscience du peuple est incohérente, déchirée en factions, si les hommes sont dans une situation d’insécurité et de crainte, que se passe-t-il ?"(Serge Carfantan.)
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