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Benno et appréhensions justifiées
Par Frédéric Tendeng
Depuis l’avènement du régime libérale, les sénégalais ont progressivement épousé l’idée que la structure des batailles politiques représentées échoue à figurer les situations réelles des citoyens. Il y a un décalage tel que l’expression des projets par les candidats à l’élection ne rencontre pas les aspirations des groupes sociaux qu’ils prétendent représenter. Une structure donc comme Benno est appréhendée dans sa transversalité, c’est-à-dire en retraçant son passage des causes qui ont milité à sa création, à sa forme organisationnelle et à sa démarche politique. Or les concertations peu translucides aux allures de coquetteries politiques à n’en pas finir et les désaccords souvent exprimés sur la place publique font que Benno reste encore perçue comme un idéal au lieu d’une structure militante fédératrice et stabilisée. Ce qui pose problème aux yeux de l’opinion sénégalaise, car la démarche, la lisibilité du projet politique, la clarté des idées et la position tranchée sur des questions aussi essentielles que celle de l’unité dans le choix d’un présidentiable au nom de cette coalition font terriblement défaut. Il faut exprimer une position claire pour faire en sorte que la parole politique, souvent exprimée par un porte-parole du jour, manifeste une vision qui est celle de Benno. Cette vision doit dès à présent s’afficher à travers un leader agréé dans le consensus car entre le projet et le porte étendard, le rapport est double. L’expressivité du second permet au premier de s’incarner en un sujet politique décryptable. En retour, le projet, tentative de réponse de la demande sociale ainsi clairement exprimé et expliqué aux sénégalais, autorise les leaders de cette coalition à se constituer en tant que fer de lance du débat politique. Pour cela, Benno bénéficie d’une opportunité inespérée car la demande sociale trouve aujourd’hui des réponses pertinentes dans les conclusions des assises nationales et la charte sur la bonne gouvernance. Dans la mesure où ce projet s’adresse également à l’ensemble des citoyens, il constitue en outre pour Benno (si cette coalition en fait un bon usage), une promesse qui transforme la parole politique en engagement faisant de chaque dessein politique une entreprise profitable à chacun et à tous. Vouloir s’en distancer en parlant de candidat naturel ou de programme de parti ou encore répondre à toutes les provocations, est un jeu dangereux avec le feu. Macky Sall n’est lié aux assises nationales qu’à la suite de son adhésion à Benno. A ses risques et périls, il s’est voulu clair sur sa volonté irrévocable d’être candidat à la présidentielle prochaine. Une telle audace de Macky Sall, exploitée à bon escient par Benno pourrait d’ailleurs être salutaire car le leader de l’APR serait la porte de sortie pour les libéraux inconditionnels qui ne se reconnaitraient plus dans l’assemblage hétéroclite du PDSL au service de Karim Wade. Au bout du compte c’est la mouvance au pouvoir qui est affaiblie. D’autre part, Macky Sall est encore sous l’euphorie née de sa tournée nationale et internationale, d’où son attachement jaloux à sa liberté de nouveau chef de parti, ce qui n’est pas le cas pour Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng. Ils ont directement milité en faveur de la concertation historique nationale des assises. L’idéal serait donc que le Progressiste et le Socialiste, ensemble avec leurs partisans, s’entendent au plus vite pour que l’un ou l’autre soit le porte-étendard de la pluralité de Benno puisque tout porte à croire que Madior Diouf, Abdoulaye Bathily, Talla Sylla et Amath Dansokho sont prêts à se retirer en faveur d’un candidat consensuel. Tous les leaders de cette coalition deviendraient ainsi une opportunité pour la nation au lieu d’apparaître comme une race désespérée de prétendants à la prédation. Tout compte fait, Benno pourrait présenter deux candidats sérieux face au candidat de la mouvance présidentielle. Cette urgence est telle que malgré l’embelli du 22 Mars 2009, Benno n’est pas à l’abri d’un différé des jugements sur ses actes d’expression et de représentation si sa parole politique se réduit encore à une posture seulement communicationnelle et diffuse. Son image et sa crédibilité en prendraient un sacré coup d’autant que Niasse, Tanor et compagnie tardent encore à aller vers les sénégalais afin d’expliquer comment un candidat élu sur la base d’une constitution républicaine (fut-elle écornée par Wade), lui donnant un mandat de cinq ans, pourrait se soumettre à un accord non coercitif pour une transition ? Quelles garanties offrir aux sénégalais sur la fiabilité de l’engagement d’un tel élu au-delà de la simple exhibition de critères comme le pédigrée, l’expérience politique ou le patriotisme qui ont tous le vilain défaut de dépendre de critères souvent subjectifs pour leur appréciation (Wade en est la parfaite illustration)? Il s’agit donc pour Benno de corroborer les charges émotives, affectives et passionnelles des sénégalais aux opportunités qu’offre le projet politique, économique et social issu des assises. Si le défaut d’engagement au consensus et à la conciliation se traduit par une multiplication de candidatures dispersées dans Benno à l’élection présidentielle, c’est le signe que cette coalition cesse d’être arrimée solidement à la société réelle. Il y aura rupture de croyance alors que les sorties des candidats seraient simplement une mimésis politique des luttes des groupes ou des classes intéressées dont ils se font les champions. Les électeurs pourraient alors refuser de valider les discours socialistes, progressistes ou républicains dans lesquels ils ne plus peuvent s’accorder. L’indécision ou du moins ce qui la ressemble, au moment où les sénégalais attendent des actes forts, cohérents et décisifs, produit une érosion qui fait apparaître les actes politiques déjà accomplis par Benno comme des actes gratuits. Ce diagnostic parait paradoxal mais dans la mesure où la rhétorique politicienne n’atteint pas encore les véritables aspirations des sénégalais au changement, il semble que les mots prononcés sur la scène du politique ne sont là que pour mettre en valeur et entretenir ce que l’on pourrait appeler des comédiens du politique. La confiance en Benno suppose donc une forme de transparence par une démarche proactive de dialogue et de contacte avec le peuple dans un processus qui opère en situation d’asymétrie d’information. Cette asymétrie caractérise en premier lieu la relation entre l’offre (les élites politiques et bureaucratiques) et la demande (l’ensemble des citoyens) politiques, dont il est facile de percevoir qu’elles ne disposent pas de la même maîtrise des éléments pertinents pour appréhender l’action publique. Dès lors, que Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng, Amath Dansokho, Abdoulaye Bathily et les autres, occupent le terrain politique en allant ensemble vers les sénégalais dans toutes les régions et contrées du pays afin d’expliquer leur état de préparation à la présidentielle et le projet déjà existant des assises nationales. Benno doit donc s’enhardir et s’engager résolument dans la bataille de terrain au contacte des sénégalais de l’intérieur du pays.
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