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Non Wade, le débat sur le monument n’est pas clos!
Par Frédéric Tendeng
Encore suspendu à son petit nuage d’euphorie et d’hallucinations, le président Abdoulaye Wade décide en conseil des ministres du 08 Avril dernier que le débat sur son Monument est clos. N’importe quoi ! C’est à croire que le Sénégal est maintenant réduit à une caserne aux ordres d’un chef aux méthodes staliniennes.
Une nouvelle fois, Wade se conforte dans ses appréciations fantasmagoriques et déconnectées des réalités d’ici-bas. Le succès qu’il pense avoir acquis de l’inauguration de ce monument n’en est rien. Ce que la plupart de mes confrères ont qualifié de prouesse diplomatique de Wade au lendemain de l’inauguration est à relativiser. L’histoire retiendra en fait que le 03 Avril dernier, ce monument a été le théâtre du festival africain de l’hypocrisie. A l’image des initiatives saugrenues et déconnectées de Wade, l’hypocrisie est la qualité propre la mieux partagée par la plupart des chefs d’état africains qui s’en glorifient. Il suffit de piper sur leurs sommets de l’Union Africaine où ils ne perdent jamais l’occasion d’exhiber le ridicule pour l’ériger en règle. Pour s’en rendre compte, apprécions la feuille de présence des chefs d’état africains qui se sont pointés lors de l’inauguration du monument de la renaissance.
De tout le groupe, les mieux lotis sont Boni Thomas Yayi (Bénin), Pedro Pires (Cap-Vert), Ernest Bai Koroma (Sierra Leone), Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia) et Amadou Toumani Touré (Mali). Cependant, ces hommes et femmes sont des chefs d’états à la tête de petits pays pauvres, en mal de posture diplomatique et à la quête de positionnement pour ne plus jouer les seconds rôles devant le syndicat de dictateurs déguisés africains, d’où leur présence à Dakar.
Derrière donc le masque Halloween de chefs d’états africains présents à Dakar, on peut citer Denis Sassou Nguesso (Congo), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Blaise Compaoré (Burkina Fasso), Teodoro Obiang Guema (Guinée Equatoriale), Yahya Jammeh (Gambie), Ahmed Abdallah Sambi (Comores), Armano Ghebuza (Mozambique) et Robert Mugabe (Zimbabwe). Ils ont en commun les propriétés d’avoir fait usage de l’intimidation et de la répression pour arriver et se maintenir au pouvoir, d’avoir les mains entachées du sang de ceux qui, dans leurs pays, ont osé un jour s’opposer à leur affairisme égoïste, à leurs dérives monarchiques, à leur tripatouillage de la constitution et à leur volonté ouverte de mourir au pouvoir. Leur présence à Dakar est à la lumière de la quête désespérée et perpétuelle d’absolution et de rédemption que ce groupe de dictateurs déguisés cherchera à obtenir jusqu’à l’extinction du soleil même si cela implique trois repas quotidiens à partager avec le diable. Avec l’inauguration de son monument, Wade offre à ces mal-gouvernants une occasion inespérée de s’afficher devant les caméras du monde.
L’autre groupe est composé de chefs d’état que Wade a lui-même aidé directement ou indirectement à accéder au pouvoir contre la volonté de leur peuple. On peut classer dans cette catégorie Faure Gnassingbé (Togo), Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (Mauritanie) et Ali Bongo (Gabon) que Wade cite volontiers lorsqu’il est interrogé sur la succession annoncée de son fils Karim Wade. Leur présence à Dakar était donc un acte d’allégeance, de gratification et de loyauté au parrain.
Quant à Olusegun Obasanjo (ancien Président du Nigeria) et Bingu wa Mutharika (Malawi, Président en exercice de l’UA), leur présence obéit à la logique de cérémonial et de protocole qui a toujours guidé les rassemblements du syndicat de chefs d’état africains. Comme Wade, Obasanjo est à la quête désespéré d’un prix à l’affût et reste le complice passif de Wade dans le projet du monument. Kim Dae-Jung président de la République Démocratique de Corée est quant à lui à la recherche d’alliances géopolitiques qui puissent l’aider à contrer les velléités de l’impérialisme économique de la Chine voisine. Sa présence à Dakar est dans le but de sauvegarder les intérêts du commerce entre la Corée et le cercle des amis de Wade comme Serigne Mboup et les autres hommes d’affaires récemment introduits à lui par Wade lors de son dernier voyage à Séoul.
Les chefs d’état africains qui ont chanté les louanges de Wade lors de l’inauguration de son monument n’ont aucune fibre panafricaine. Vous conviendrez avec moi que les réunions de l’Union Africaine ne sont que de grandes messes où ces chefs d’état affichent fièrement leur égoïsme au point qu’ils échouent toujours à s’entendre sur les décisions participatives qui mettent en marche l’idéal de l’unité africaine. Les divisions et autres désaccords sur le NEPAD, les Accords de Partenariat Économique avec l’Union Européenne ou les crises éternelles qui frappent l’Afrique sont quelques exemples qui montrent, si besoin en est, l’hypocrisie qui guide ces leaders présents ce jour là à Dakar au nom d’une pseudo-renaissance africaine. Les peuples libres africains ne se reconnaissent pas derrière ces monarques déguisés.
Pour être clair sur le supposé succès diplomatique de Wade, c’est que cet homme rompu aux coups foireux a réussi (au nom d’une pseudo-renaissance africaine) à faire cautionner son œuvre d’autoglorification par une bande de chefs d’état à la fois naïfs et crédules, qui n’ont été associés ni de près ou de loin à cette énormité censée symboliser leur action pan-africaniste. Une nouvelle fois, Wade s’est bien moqué des ses paires africains qui n’ont rien compris car ce monument est une œuvre individuelle de Wade pour entretenir un mythe autour de sa personne et entrer dans la postérité.
Ce monument n'a rien d'une renaissance africaine puis-qu'étant une entreprise unilatérale et personnelle du président sénégalais. Wade n’a jamais mis sur la table de l’Union Africaine une résolution portant érection d’un monument de la renaissance africaine. Wade n’a jamais associé les artistes, les architectes et autres créateurs de pays africains à un concours à l’échelle du continent pour la réalisation du monument. Après la clameur populaire, Wade a décidé tout seul de s’arroger…pendant 1200 ans, 35 pour cent des retombées de ce monument qu’il dédie à la case des tous petits du Sénégal. Et les tous petits burkinabés, maliens, burundais, marocains, togolais ou autres ? N’ont-ils pas le droit d’en bénéficier puisque c’est un monument censé symboliser une fibre panafricaine ?
Ce monument ne s'imposera jamais comme une œuvre artistique. Il sera par contre inscrit dans l'histoire comme un symbole d’illégalité, d’expropriation, de détournements de fonds et d’objectifs, bref, une exaltation des basses œuvres de cette calamité qu’est le régime et la famille de Wade. Il exproprie l’ASECNA et vend ses terres pour la modique somme de 4570 F CFA le mètre carré, force l’IPRES à les racheter à 75 milliards dans une opération opaque dont lui seule détient les secrets. Aujourd’hui, ces terrains sont revendus sur le marché par la société PROMOBILIERE à 200 000 F CFA le mètre carré. Il suffit de consulter le quotidien national Le Soleil où de la pub se fait sur ces terres à vendre pour en avoir le cœur net. Pire, Wade a lui-même déclaré qu’il a fait voter un budget de 18 milliards de francs CFA sur le budget de l'état du Sénégal pour la promotion de son monument. Comment l’argent du contribuable sénégalais est-il indemne de cette forfaiture comme Wade veut le faire croire?
Tous ceux qui s’agitent pour défendre ce monument appartiennent à une sphère psychologique qui nie leur indépendance de jugement et leurs convictions. Ils sont le produit des dégâts du régime de Wade. Ce sont les nouveaux sénégalais (heureusement minoritaires) créés par Wade pour être fièrement fragiles devant l’argent, corruptibles à volonté devant le pouvoir et capables de piétiner leur dignité pour des avantages matériels. Ils sont le lègue que Wade va adjuger à la postérité tout comme nous retiendrons que sous son magistère, le Sénégal est passé d’une démocratie à un état patrimonial où c’est la superposition de la famille, du parti et des amis qui l’emporte sur le bien public. Depuis l’année dernière par exemple, le décret portant répartition des services de l’état a officiellement adjugé un bureau à Viviane Wade au palais de la république. Ce qui en fait une nouvelle catégorie institutionnelle et un service de l’état du Sénégal.
Le débat sur ce monument, symbole des folies d’un homme, n’est pas clos. Wade le sait tellement bien qu’il fait de son fils un super ministre qu’il veut présidentiable pour le protéger d’éventuelles poursuites judiciaires après son départ. L’immixtion de son épouse dans les affaires de l’état relève de la même volonté. Mais le peuple sénégalais sait toujours choisir le bon moment pour se faire entendre dans le droit. La marche contre le monument du 03 Avril dernier n’est que le début du commencement. fredcikaw@gmail.com
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