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Un guignol dans la cour des sages Par Frédéric Tendeng Le juge Cheikh Tidiane Diakhaté, encore lui, revient au devant de la scène politique, projeté qu'il est par son coach et patron d'avocat, Maître Abdoulaye Wade, président de la république du Sénégal. Le plus grand érudit du Cap au Caire a fait de ce juge le président de sa cour constitutionnelle. Nous aurons toujours de telles provocations tant que le plus vieux président de la planète exerce encore son pouvoir qui déconstruit le Sénégal. Les illustrations sont nombreuses pour montrer la nature terrible et le parcours bizarre du juge Cheikh Tidiane Diakhaté qui est un des magistrats les plus soumis de notre système judiciaire. Un rappel. A la suite de son interpellation le dimanche 16 mai 1993 pour son rôle présumé dans l'assassinat de maître Babacar Sèye, Abdoulaye Wade est libéré le 18 Mai 1993 et présenté en Août de la même année à Cheikh Tidiane Diakhaté qui était le juge d'instruction dans cette affaire. Suivant le réquisitoire du procureur qui conclut « qu'à l’encontre d’Abdoulaye Wade, Viviane Vert, Ousmane Ngom, sont retenues les présomptions graves de complot ayant pour but, les crimes de complicité d’attentat, de complicité d’assassinat, manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique », Cheikh Tidiane Diakhaté convoque le père de Karim Wade et ses présumés complices le 22 Septembre 1993. Il signe des mandats de dépôt et fait garer une fourgonnette pour conduire Wade et ses acolytes en prison. Tout est prêt à 23 heures et demi. A minuit, un appel du Palais de la République, ordonne à Cheikh Tidiane Diakhaté de mettre en liberté tous les accusés. Un juge sérieux mis dans une telle situation aurait tout simplement démissionné. Au lieu de cela, Cheikh Tidiane Diakhaté range ses mandats dans son tiroir. Abdoulaye Wade, son épouse, Ousmane Ngom et Ablaye Faye, rentrent chez eux. En 2000, Abdoulaye Wade arrive au pouvoir. Il fait l'oeil doux à Cheikh Tidiane Diakhaté qui était prêt à l'envoyer en prison 7 années plus tôt. Le père de Karim fait de son ancien prédateur le premier président de la cour d'appel de Dakar avec plusieurs avantages que lui confère son nouveau rang. Très docile et fidèle à son style de magistrat zélé, Cheikh Tidiane Diakhaté est utilisé pour présider la commission d'instruction de la Haute cour de justice fabriquée de toutes pièces pour liquider politiquement Idrissa Seck dans la vraie fausse affaire des chantiers de Thiès. Avec son ami Demba Kanji qui le remplace maintenant à la cour d'appel de Dakar, ils font preuve d'un ridicule sans commune mesure. C'est là que le juge Cheikh Tidiane Diakhaté a montré son penchant servile, son mépris de l'indépendance et de l'intime conviction tout en faisant valoir sa capacité à avaler sa fierté et à endurer de basses humiliations pour servir la cause de Wade qu'il voulait mettre en prison quelques années plus tôt. On se souvient lorsqu'Idrissa Seck rappelait à l'ordre Cheikh Tidiane Diakhaté lors des audiences, en l’accusant d’avoir « bénéficié en même temps que d’autres hauts magistrats ainsi que de hautes personnalités religieuses et de l’Etat, des fonds politiques » que l’ancien Premier ministre gérait quand il occupait les fonctions de ministre d’Etat, Directeur de cabinet du président de la République. Pour sa piètre défense face aux attaques sans merci et à la moquerie d'Idrissa Seck qui ne cessait de le vilipender, ce juge évoque Dieu. Idrissa Seck va pousser l'humiliation en disant ceci à Cheikh Tidiane Diakhaté: «la vérité est que c'est vous qui m'avez placé sous mandat de dépôt et, à votre insu, le président de la République m'a envoyé des émissaires le 15 novembre 2005 et le 6 février 2006.» A l'intention des magistrats de la Haute Cour de Justice, il déclinera le libellé d'«une proposition écrite» que le Président Wade lui avait faite le 22 décembre 2005. Voici le libellé de cette proposition : «J'atteste par la présente que les fonds confiés au notaire Me Nafissatou Diop Cissé par Monsieur Idrissa Seck, proviennent des fonds politiques gardés par Monsieur Idrissa Seck en vue de sa participation aux échéances électorales pour soutenir le Président Abdoulaye Wade. Les sommes seront versées à Me Abdoulaye Wade dès la libération de Monsieur Idrissa Seck, suite au non-lieu dans les procédures initiées contre lui devant la Haute Cour de Justice et devant le Tribunal correctionnel. En attendant, elles sont placées dans un compte fonctionnant sous la signature conjointe de Me Nafissatou Diop Cissé et Me Ousmane Sèye. Fait à Dakar, le 22 décembre 2005. Signé Abdoulaye Wade.» En un mot, Idrissa Seck explique clairement à Cheikh Tidiane Diakhaté qu'il est une simple marionnette zélée utilisée par Wade pour aller ou bout d'une grosse farce politico judiciaire. Qu'importe, le juge s'accroche. Ce qui nous remmène à l'affaire de l'assassinat de Maître Babacar Sèye où Pape Ibrahima Diakhaté, l'un des meurtriers présumés du vice président de la cour constitutionnel explique fièrement au journaliste Abdou Latif Coulibaly que « le juge Cheikh Tidiane Diakhaté n'est pas intelligent » puisqu'il ne pouvait même pas cacher (pas même à la bande à Clédor Sène) qu'il subissait des pressions lors de son instruction en 1993. Ce même juge est utilisé par Wade et son régime pour accepter les listes forcloses et invalides de la coalition sopi au pouvoir à Ndindy et Ndoulo. Heureusement que d'autres juges intègres étaient à la Cour de cassation pour débouter ses décisions. Il reviendra à la charge en se croyant investi d'un devoir de satisfaire vaille que vaille ses bienfaiteurs. C'est ainsi qu'il décida que Abdoul Guissé de And Jëf, maire élu de Thilogne à Matam, devait céder son fauteuil à Sidy Ben Omar Kane du PDS. On ne saurait marquer une pause dans le décompte des actes antirépublicains qui ont jalonnés le parcours de ce juge sans rappeler son acharnement pour faire peser la balance en faveur du pouvoir dans la communauté rurale de Mbane. C'est donc claire que la nomination mûrie depuis le mois de Mai dernier de Cheikh Tidiane Diakhaté à la tête de la cour constitutionnelle la plus incompétente de l'histoire du Sénégal est un nouvel affront et une nouvelle insulte conçue pour consolider et verrouiller un système de concussion et d'enchevêtrement de l'exécutif sur le judiciaire dont le garde des sceaux est un autre Cheikh Tidiane (celui là Sy). Et puisque pendant les élections, le Conseil constitutionnel reçoit les résultats provisoires proclamés par les Cours d’appel et statue sur les éventuels recours et réclamations puis proclame les résultats définitifs, Cheikh Tidiane Diakhaté fait l'affaire de Wade en toute logique. S'il arrive que le débat sur la constitutionnalité d'un troisième mandat du plus vieux président en exercice au monde atterrisse à la cour constitutionnelle, c'est cet homme qui n'aura sans doute aucun complexe à déclarer l'incompétence de son organe sur la question. A défaut, Wade et ses proches auront toujours raison devant le juge Cheikh Tidiane Diakhaté. fredcikaw@gmail.com
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