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Le vieillard et les milliards Par Frédéric Tendeng Maître Abdoulaye Wade n’est pas seulement un vieillard ambulant et lucide qui arbore fièrement son titre de plus vieux chef d’état en exercice dans le monde. Mieux que cela, le Tanja du Sénégal mérite à plusieurs égards son sobriquet de Njombor, cet animal sournois qui use et abuse de la ruse dans la légende sénégalaise. Beaucoup de curieux sur son personnage se plantent souvent, tant ses volte-face sont imprévisibles et fracassantes. Cette facette de Wade est encore plus évidente dès qu’on parle de sa relation ludique avec l’argent et les milliards. C’est alors que naissent ses moments de pérégrination égotiques qui le transfigurent et réduisent ses réflexes humains en simples pulsions primitives. Il devient dès lors un chef d’état sans pitié pour le Sénégal et pire, le vieux n’a plus rien à cirer de sa personne et de sa famille. Qu’on le vilipende, ou qu’on le démasque pour étaler ses basses pratiques sur la place publique, le vieux s’en fiche. Ce qui compte pour lui dans de tels instants, c’est l’argent, encore l’argent, toujours l’argent. Les révélations d’Abdou Latif Coulibaly dans son face à face de Mardi avec Thierno Ousmane Sy tout comme les derniers développements de l’affaire Global Voice sont autant de faits qui montrent que Wade est toujours au début, au milieu et à la fin de tous les scandales financiers dont son régime étale le triste palmarès à la face du monde. Il est clair maintenant que le fils du ministre de la justice tente malgré lui d’être le verrou dans l’affaire des 20 milliards de Sudatel car Abdou Latif Coulibaly a annoncé au juge l’existence d’une lettre signée par Abdoulaye Wade pour désigner le titulaire de la troisième licence de téléphonie six jours avant son attribution à Sudatel. Ce qui montre encore une fois que le père de Karim Wade savait tout de ce scandale qui empeste l’odeur de milliards qu’il affectionne tant. Avec un peu de recul, on comprend mieux les déclarations de notre Tanja national, connu pour ne point avoir sa langue dans la poche sur les questions de gros sous, lorsqu’il claironnait que la licence de Sudatel avait coûté 100 milliards au lieu de 80 comme annoncé plus tôt par ses doungourous. Pâ-bi connaissait bien la marmite d’où sortait l’odeur de la cuisine à milliards. Ce qui a d'ailleurs contribué à renforcer les soupçons ayant poussé Latif à aller plus loin dans son enquête. Voilà pourquoi Thierno Ousmane Sy qui se dit conseiller en NTIC de Wade ferait mieux de ruminer sa haine pour véritablement conseiller Wade sur la définition et les propriétés de la technologie 3G+ que le père de Karim dit fondamentalement ignorer. Ce qui nous plonge dans l’affaire Global Voice où le vieux a savamment utilisé les pauvres larbins de l’ARTP dirigés par Ndongo Diaw comme verrous. Pour remplir leurs gros ventres, ils se renient et forcent leur jeu de rôle à défendre l’indéfendable. Mais Ndongo Diaw est exposé puis humilié lorsque Wade reçoit les travailleurs de Sonatel à la fin du mois d’Août dernier. Voilà ce que le premier Banabana du Sénégal dit aux travailleurs de Sonatel : « Global Voice me propose 2 milliards, qu’est-ce que vous me proposez ? Vous ne faites rien ». Ses interlocuteurs évoquent le poids de la Sonatel dans l’économie nationale représentant 187 milliards de FCFA. Wade revient à la charge : « Toutes les entreprises paient des taxes. Qu’est-ce que vous voulez ? ». Les syndicalistes lui suggèrent d’appuyer sur le levier fiscal en rehaussant l’impôt sur les sociétés (qui a été ramené de 35% à 25%). Visiblement séduit par la proposition, le Président de la république dit : « pourquoi vous ne me l’avez pas dit plutôt ? ». Convaincu par les arguments des travailleurs de la Sonatel, Wade avoue qu’il va renoncer à son plan B. Il dit : « j’avais un plan B pour liquider la Sonatel, mais je ne savais pas que j’avais affaire à des patriotes ». Depuis lors la situation a vite évolué du côté de l’ARMP qui a d’abord suspendu puis cassé le contrat que Ndongo Diaw avait passé avec Global Voice au nom de celui qui avait savamment planifié de liquider Sonatel. Dans cette affaire, je me suis remémoré le postulat d’Iba Der Thiam alors patron du mouvement Abdou No Doy selon lequel, Wade est un homme " […] à la pensée incohérente qui n’a, ni suite dans les idées, ni logique dans le raisonnement et qui présente, selon son humeur, les circonstances et ses intérêts du moment, des déclarations dont le paradoxe, les contradictions et l’inconséquence crèvent les yeux de toute évidence". Le plus marrant dans cette histoire, c’est que la volte-face de Wade sonne comme un cinglant désaveu qui met le tout puissant patron de l’ASCOSEN, Momar Ndao, dans une posture ridicule et dégueulasse. Le pauvre était sur tous les plateaux de télévision et de radios pour expliquer le bien fondé du marché de Global Voice. Il n’a même pas de la hauteur face aux récriminations d’un internaute coupable à ses yeux de révéler sa face cachée aux sénégalais. Eh bien, Momar Ndao devra ranger sa cuirasse pour attendre les nouveaux ordres du chef. Je vous mets la puce à l’oreille : cherchez et vous trouverez pourquoi un si grand défenseur de consommateurs du Sénégal appuie toujours sur la pédale douce lorsqu’il s’agit de Senelec et de l’énergie. Quand Samuel Sarr et l’oligarchie libérale vont dérouler la concrétisation de leur holding, les sénégalais auront la terrible surprise de découvrir le rôle de pièce à caution que cet homme y a joué. Cette parenthèse close, il est important de souligner ici que notre vieux banabana national ne renoncera jamais aux milliards et au raccourci qui y conduit, à savoir, son fauteuil de président fourre-tout. Même une signature d’une convention de 32 milliards entre une société chinoise et la RTS en Août dernier a été promené dans ses bureaux présidentiels avant d’aller ensuite à la primature pour atterrir enfin dans les locaux de Moustapha Guirassy. Le vieux n’a rien à faire de l’équilibre du protocole dans les relations internationales du moment où il s’agit d’argent. On se souvient jusqu’ici de l’humiliation qui lui reste encore au travers de la gorge lorsqu’il se rendit aux Etats Unis pour la signature du MCA. Là aussi, il était question de milliards. C’est cet homme qui défend les coups fourrés de son fils dans les chantiers de l’ANOCI, qui veut tuer Sonatel pour y soutirer des milliards, qui cuisine la marmite à milliards de Sudatel, qui n’a plus de retenue dès qu’un ministère ou une société étatique décroche un marché à milliards, qui fait poursuivre les chantres de la bonne gouvernance…, c’est cet homme qui demandent aux sénégalais de lui accorder un troisième mandat présidentiel pour lui permettre de pérenniser son œuvre maléfique sur le pays. Prenez garde ! Il piaffe d’impatience et pourrait dérouler son plan B, C, D ou E selon que sa candidature bute ou fond comme neige. Quand on s’appelle Njombor avec une besace pleine de tours, affaire-bi, yow-là. fredcikaw@gmail.com
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