Frédéric Tendeng est journaliste et actuel Coordonnateur de la Rédaction du quotidien sénégalais KOTCH appartenant au groupe Psp, éditeur des magazines NOUVEL HORIZON et THIOF. Il a aussi été Rédacteur en Chef de la radio Sud Fm Banjul jusqu'en Octobre 2005, lorsque le Président Abdoulaye Wade ordonna aux autorités Gambiennes de fermer cette radio dont l'indépendance et la critique objective des premières dérives du Sopi devenaient gênantes. 

Aujourd'hui, Frédéric est le cofondateur et Chef du Desk Sénégal du journal en ligne www.jollofnews.com qui est un outil d'information et d'éducation au service de la Sénégambie et de la CEDEAO.

Auparavant, il était sous rédacteur en chef du quotidien national gambien Daily Observer avec lequel il a notamment couvert le naufrage du bateau Le Joola où officiellement 1863 personnes furent tuées. 

En 2006, Frédéric Tendeng a été le rédacteur en chef  de la radio Xfm Mbour et du bihebdomadaire du groupe de presse privé Xew-Xew Communications dont il s'est séparé en 2008 pour travailler en indépendant.



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Le vieux se fâche et s'en glorifie
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Le vieux se fâche et s’en glorifie

Par Frédéric Tendeng

Il est normal que les propos d’un chef d’état deviennent un centre d’intérêt selon les circonstances dans son pays. Seulement au Sénégal, lorsqu’Abdoulaye parle, c’est toute la nation qui retient son souffle car le président de la république éprouve toujours de la difficulté à trouver du confort dans son costume de chef d’état. Cette vérité devient immuable lorsque le président Wade est mis à l’épreuve de l’actualité nationale par les confrères de cette nation qui lui a confié ses destinées avec tous les privilèges dus à son rang de chef d’état.

Or, aussi troublant que cela puisse l’être, l’opposant au pouvoir que notre confrère Abdou Latif Coulibaly entrevoyait dès l’avènement de l’alternance est toujours là. Son dernier entretien avec Omar Gning de Walf TV est plus que révélateur de cette posture contradictoire de l’homme et de l’animal politique, Abdoulaye Wade.

On en retient d’abord que notre président peut bien subir les effets irréversibles de Mère Nature sur son évolution biologique, mais Abdoulaye Wade garde jalousement toute sa lucidité et son intelligence pour encore rester un fin tacticien politique. Qu’on le dénigre, qu’on expose la mal gouvernance de son régime ou qu’on vilipende ses plans A et B (3ème mandat et succession par son fils), Wade garde toujours plusieurs cartes en main. Ce qui fait de lui le maître incontesté du jeu politique au Sénégal.

Il est donc clair que ceux qui voudront l’affronter sur un terrain autre que celui du champ politique perdent d’avance une manche de la bataille. Là où le peuple attend toujours un message fort qui relance l’optimisme doublée de la confiance du citoyen en son état et ses institutions, notre président de la république ne rate jamais l(occasion de verser dans le sarcasme.  Fort de sa conviction que son accession au pouvoir a vidé l’opposition de toute sa substance, Wade porte dans son subconscient la double casquette de chef de l’état et celle de chef de l’opposition. Il rappelle avec nostalgie l’épopée de sa vie d’opposant dans les années 78, 83 ou 88 et c’est pour confesser que l’opposition à ce jour ne sait rien de la chose constitutionnelle puisque que composée de pseudo juristes.

Le verdict du plus grand instruit du Cap au Caire est ainsi tombé. Que la coalition Benno tout comme ceux qui s’attaquent à sa volonté de briguer un troisième mandat se le tiennent pour dit : la rétroactivité du mandat présidentiel dans la constitution de 2001 ne saurait s’appliquer à notre président. D’ailleurs, Wade ne se souvient plus avoir dit dans un enregistrement sonore que la constitution dont il parle l’empêche de briguer un troisième mandat. Le nouveau président de la cour constitutionnel peut ainsi pousser un ouf de soulagement car son employeur vient de lui ôter une épine sous le pied. Wade pousse la dérision pour rappliquer une telle démarche scientifique jusqu’aux mandats du regretté Léopold-Sédar Senghor. En voilà un qui s’est sûrement beaucoup remué dans sa tombe car pour Wade, un socialiste, fut-il le maire de Dakar, ne peut pas comprendre que l’état ait des terres. Mieux, Wade vide sa rancune comme en 2007 après la présidentielle. Il admet que Khalifa Sall batte son fils lors des élections locales de Mars 2009 lui chipant ainsi son fauteuil de maire de Dakar. Par contre Wade considère « l’indélicatesse » du maire socialiste comme un crime de lèse majesté. Retenez votre souffle : Khalifa Sall n’est pas allé rendre une visite de courtoisie à sa majesté…pardon, au président de la république dans son palais et Wade en est furieux.

Le décor ainsi campé, il devient pertinent de se demander à quoi joue Wade et à quoi va servir le dialogue avec l’opposition dont il avait fait état dans son speech de la Korité ? Quel poison cache donc la main tendue de Wade à travers les positions bellicistes qu’il vient d’afficher ? Pas l’ombre d’un doute : le vieux sera encore le fin tacticien qu’il a toujours été. Les sénégalais restent donc vigilants malgré une absence notoire d’un leadership cohérent et à même de fédérer leurs aspirations dans un message clair porté par un appareil politique apte au combat républicain sans recul.

Au demeurant, la presse nationale est avertie : ses jours connaîtront des grincements de dents d’ici 2012. Wade est en effet persuadé que la presse sénégalaise est antipatriotique et joue les substituts de l’opposition au point de toujours convoquer les mécontents à l’action. Autant dire que toute la presse qui n’est pas avec lui est contre lui. Revoilà l’opposant au pouvoir. Ce n’est plus un secret puisque Wade reconnaît lui-même ne pas accepter que le groupe Sud Communications vende son terrain à la mairie de Dakar. Cela gonflerait le budget de Babar Touré qui pourrait redynamiser son entreprise et reprendre du poil de la bête. A un an d’une présidentielle, ce serait un danger de renforcer un groupe dans lequel opère un certain Abdou Latif Coulibaly connu pour son audace et sa perspicacité dans la fouille de la gouvernance de Wade. Qui disait donc que le vieux ne contrôle plus toutes ses affaires ?

L’axiome wadien est formel : quand Wade se tait, c’est le plus grand juriste et le plus grand crac du Cap au Caire qui réfléchit et quand Wade parle, c’est la plus grande bête politique de la planète qui entre en action.

fredcikaw@gmail.com

 


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