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Les intermittents du gouvernement Par Frédéric Tendeng Du recyclage saumâtre des intermittents du gouvernement à la perversion qu’est l’entêtement à démanteler systématiquement les institutions de la république et de l’Etat du Sénégal, Abdoulaye Wade est un amuseur dépassé par sa tragicomédie. Ses honteux décrets par rafales et ses nominations bizarres tous azimuts montrent à quel point cet homme est déconnecté de toute connaissance longitudinale de la réalité socio politique du Sénégal. Il se perd ainsi dans la survalorisation de sa capacité d’action au sommet de l’Etat. Triste fin de règne pour Wade qui offre désormais au monde entier la caricature d’un athlète dopé, dans le starting-box d’un sprint fou, appelé présidentielle de 2012. Aussi ahurissant que celui puisse l’être, tous les actes que pose le Président de la République du Sénégal font rire. Même le petit élève du cours élémentaire en rit. Il rit lorsque la présentatrice vedette du journal de 20 heures de la télévision nationale, RTS, tire subitement une feuille pour dire : « le chef de l’Etat décrète »… (Tout le monde retient son souffle !) …« Blabla, blabla, blabla… Monsieur Alassane Dialy Ndiaye est nommé Ministre d’Etat chargé de la Connectivité… » Rire général dans le salon! (C’est le seul choix que cette dernière nomination offrait aux téléspectateurs, en attendant ce qui va se passer encore ce soir devant le petit écran, bien calé à la RTS). Dans la boule de cristal, il y aura peut-être une autre nomination, un limogeage, ou un autre décret, déni-de-loi et que sais-je encore, puisque la besace antirépublicaine de Njomboor est, de toutes les façons, pleine de tours. Lui qui disait il y a quelques jours qu’il n’y aura plus de remaniement ministériel a donc trouvé une nouvelle astuce qui force l’admiration puisque devant, il n’y a rien pour empêcher cette fuite en avant qui dépouille le gouvernement de la République de toute sa valeur. On est en face d’un véritable Soupoukandia gouvernemental dont Wade, son fils et tata Vivi se régalent à fond, manipulant par-ci, nommant par-là et manœuvrant par là-bas. Recycler Mamadou Diop, l’ancien président de la Communauté Urbaine et son ancien ami socialiste Alassane Dialy Ndiaye dont les dernières sorties sur les radios privées et les quotidiens sénégalais devenaient des appels du pied intempestifs, est une hérésie, symbole de la condition actuelle de Wade, confronté malgré lui à la question inévitable de la légitimité de son action et de la stérilité de son héritage politique. A propos, reste-t-il un peu de fierté aux deux anciens socialistes pour accepter d’être les gros dindons de la farce qui étale la décadence d’un octogénaire en perte de repères ? Ministre de la connectivité pour l’un, Ministre délégué chargé de la provincialisation pour l’autre, n’importe quoi… Ah ! J’allais oublier les autres ministres des lacs, bassins de rétention, cours d’eau…, Eco villages, ou encore le ministère « kilométrique » de Karim Wade… (Je garde mon souffle). Wade pense pouvoir couper l’herbe sous les pieds de ses rivaux politiques, à commencer par ses anciens amis d’hier, devenus à ses yeux, les plus dangereux obstacles à son projet déconstructif de dévolution du pouvoir. Abdou Fall et Mamadou Diop Decroix sont des intermittents du gouvernement et leur attente devenait longue. A Thiès, il ne fait pas courir le risque d’adjoindre l’impatience d’Abdou Fall à la cacophonie d’Idrissa Seck. Decroix élevait la voix de temps en temps comme le font tous les intermittents de l’Alternance. Wade ne comprend que ce langage. Il se plie et manœuvre pour tenter d’anticiper sur les humeurs des uns et des autres. Le cocktail est explosif et l’opposition est avertie. Il y a les secteurs partisans montés sous le coaching de Farba Senghor, la provincialisation en vue, le bâton et la carotte tendus aux proches d’Idrissa Seck et de Macky Sall, les reportages bidons sur de supposées défections de responsables de l’oposition couverts par la télévision nationale,RTS, l’intox de l’opinion (comme la fausse mort de Dansokho) et les manipulations anticonstitutionnelles de la loi qui défigurent complètement les agrégats institutionnels et démocratiques acquis de longue lutte dans ce pays. Dans une démocratie dynamique comme le Sénégal, les errements graves de Wade auraient dus être le type de situation politique idéale où la question de la légitimation et de la dé-légitimation se pose avec plus d’acuité que dans une conjoncture politique routinière. Mieux, cela aurait été une aubaine permettant ainsi de mettre à l’épreuve le potentiel, les ressources et la capacité à se mobiliser de l’opposition sénégalaise et de certains groupes sociaux dont les syndicats et les étudiants. Au lieu de cela, l’hypothèse d’une confrontation politique logique entre les professionnels de la représentation politique censés s’opposer aux dérives d’un pouvoir en perte de légitimité s’écroule cédant la place à une fébrilité coupable devant le peuple qui observe pour dire son dernier mot au moment opportun. Oui, les réponses aux coups bas politiques de Wade sont tout simplement des actions politiques d’envergure et non des débats interminables de forme et de manière puisque le débat de fond ne laisse plus de doute : il n’y aura pas de candidature unique de l’opposition. Autant donc dire cette vérité aux sénégalais pour se retourner vers eux à tête reposée en vue d’obtenir leurs suffrages. Il faut dès lors que l’opposition déroule dans les villages, les quartiers, les régions, les villes et partout au Sénégal des systèmes d’organisation d’espace pour des plaidoyers intelligibles et éclairants de la part de son personnel politique (Macky Sall, Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng, Talla Sylla, Cheikh Bamba Dièye…) et leurs porte-parole tout comme ceux des autres groupes d’intérêt. Il faut que cette opposition amorphe arrête son faux-fuyant et mette en place des mécanismes de proximité et des incitations amenant les citoyens à cerner, à choisir, et à s’impliquer au lieu de simplement suivre les processus politiques ou les regarder en voyeurs. Ceci commence d’abord par une explication simple et claire du projet politique issu des assises nationales, un projet jusqu’ici inconnu du Sénégalais Moyen. Comme préalable à cette démarche, il faut que l’opposition (surtout dans le camp du Benno Siggil Sénégal) donne du sens et du respect aux sénégalais et les traite comme potentiellement désireux et capables de comprendre leur environnement politique puisque les atermoiements ne sont rien d’autres qu’un mépris du peuple. Au demeurant, l’enlisement continu dans les querelles personnelles et l’incapacité à prendre la mesure exacte de la détermination de Wade à dérouler son projet est suicidaire. C’est à croire que Benno Siggil Sénégal comprend à peine que le Sénégal vit une période qui annonce un changement de régime avec des règles du jeu politique (pour y arriver) totalement bouleversées. D’où l’importance de porter une attention particulière à l’adhésion militante à la base par la transmission d’un discours politique clair générateur de nouvelles machines partisanes avec le but ultime de compter sur leur structuration et leur mobilisation dans les combats politiques sur le chemin de 2012. Ne nous voilons plus la face. S’il existe des structures de base de parti au PS, à l’AFP, au PIT ou dans les autres partis de l’opposition qui en ont les moyens, leur fonctionnement demeure restreint. Elles sont pour la plupart démobilisées, donc moins homogènes et très souvent paralysées par des conflits internes et ne peuvent donc servir de fer de lance de l’activité militante en période électorale. Or, bon an, mal an, Wade a maintenant décrété cette période électorale. L’opposition sénégalaise gagnerait donc à remobiliser ses bases et à se rapprocher aussi des organisations sociales qui offrent un complément de base souple et élargie. Je reconnais que le régime issu de l’alternance a réussi la prouesse de semer la cupidité dans beaucoup d’organisations sociales qui ont fini par adopter un mode de fonctionnement rendant leur structure partisane aléatoire et fragile, car dépendante de dirigeants qui peuvent contracter une alliance électorale avec Wade ou prendre des positions de retrait vis-à-vis de l’opposition si elle venait à les approcher, mais le risque est à prendre. Le jeu en vaut la chandelle car c’est cela qui génère une résistance aux effets des forces manipulatrices du régime de Wade et de ses médias pour subvertir l’indépendance, l’intégrité et la capacité du peuple à servir le Sénégal. fredcikaw@gmail.com
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