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Jammeh veut se faire couronner Roi de Gambie Par Frédéric Tendeng Ceux qui ont chanté les cantiques du président gambien Yahya Jammeh estampillé démocrate pour l’occasion parce qu’il aurait prétendu ne plus être candidat à la prochaine élection présidentielle prévue dans son pays en 2011 doivent déchanter. Le leader de ce petit pays enfourché au cœur du Sénégal pourrait bientôt être His Majesty King Yahya A.J.J Jammeh 1st, roi de Gambie. L’idée fait son chemin depuis quelques temps à Banjul et sur l’ensemble du territoire gambien. Ce sont les puissants Chiefs of District, des chefs traditionnels élus et dotés de compétences décentralisés, qui utilisent depuis plus d’un mois la logistique de l’Etat gambien pour battre campagne afin que leurs compatriotes acceptent une prochaine intronisation de Yahya Jammeh comme roi de Gambie. Le principal concerné ne rejette pas du tout l’idée et s’emmure dans un silence qui effraie depuis quelques jours son opposition. Mieux, Jammeh a reçu en fin Novembre dernier les chefs traditionnels qui battent campagne pour son intronisation au State House à Banjul. Devant les caméras de la télévision nationale gambienne GRTS, Junkung Camara, le Chef du District de Foni Berefet situé dans la région Ouest dont la capitale est Brikama, déclare à Yahya Jammeh, « si vous le voulez, nous vous intronisons Roi ». Réponse de Jammeh : « je suis toujours prêt à servir les gambiens. Il suffit simplement qu’ils me le demande ». Depuis lors, la campagne de sensibilisation bat son plein partout en Gambie. Junkung Camara qui se fait le porte voix de cette campagne répond à ceux qui l’accusent de saboter les fondements de la république gambienne que « Yahya Jammeh est un grand leader qui a fait beaucoup de choses pour la Gambie depuis sa prise de pouvoir en1994. Ce sera une façon pour le peuple gambien de lui dire merci pour tout ce qu’il fait pour nous ». Les signaux qui inquiètent les partisans de la démocratie et de la république Il n'y a pas un seul fonctionnaire du gouvernement pour condamner la campagne subversive qui veut transformer la Gambie en une monarchie. D’ailleurs, au-delà de la bénédiction silencieuse du président gambien, une nouvelle donne s’est introduite dans la le débat. C’est le soutien ouvert et affiché d’une adulatrice du président Jammeh et non des moindres. Il s’agit de Fatoumatta Jahumpa Ceesay, l’ex-présidente de l’Assemblée Nationale gambienne, qui est aussi une des pièces maîtresses de la machine de propagande du parti au pouvoir, le APRC. Cette ancienne journaliste et ancienne conseillère en communication du président, est aussi responsable nationale de la mobilisation des femmes du APRC. Celle qui a l’oreille attentive de Jammeh et dont l’influence au State House terrorise même des ministres de la République gambienne, accompagne les chefs traditionnels dans leur campagne. Or depuis lors, les représentants de l’Etat gambien dans les collectivités locales visitées par les royalistes pro Jammeh prennent part activement à la campagne. Pour qui connaît bien le fonctionnement du dispositif dissuasif de l’Administration de His Excellency, c’est dire que la campagne a encore de beaux jours devant elle. Autre chose qui suscite plusieurs commentaires à Banjul, c’est le limogeage il y a quelques jours de la remplaçante de Fatoumatta Jahumpa Ceesay à la tête de l’Assemblée Nationale Gambienne. Elizabeth Renner a été limogée sans aucune explication quelques jours après avoir parlé à des journalistes qui s’inquiétaient du débat sur une probable monarchisation de la Gambie. Mme Renner avait alors répondu que « la Gambie reste une république fidèle aux principes et aux idéaux de la démocratie ». Rappelons ici que l’Assemblée Nationale Gambienne comprend 53 sièges dont 42 sont contrôlés par le parti de Jammeh. En plus de la prérogative constitutionnelle qui autorise Jammeh à user de son pouvoir discrétionnaire pour nommer 6 autres députés de son choix, le président gambien possède au total 48 députés acquis à sa cause dont le président du parlement puisque aussi bien ce dernier que son vice-président sont nommés par Yahya Jammeh qui peut les démettre quand il veut. C’est ainsi que Fabakary Tombong Jatta, le chef de la majorité parlementaire gambienne déclare depuis quelques jours à qui veut l’entendre que « la constitution gambienne n'est pas le Saint Coran, elle peut être changée ». Sans commentaires. Une opposition gambienne inquiète et prête à en découdre avec le…Roi Opposant et suivant immédiat de Jammeh lors de la dernière présidentielle gambienne, Ousainou Darboe, le patron du United Democratic Party (UDP) est formel. « Jammeh veut changer le statut de la Gambie qui est une république pour en faire une monarchie et pérenniser ainsi son règne. Ce sera lui, ensuite son fils et ensuite qui sais-je. Ce qui est anticonstitutionnel ». Lorsqu’il est rappelé à Mr Darboe que la campagne menée par les « pro monarchie » n’est pas fortuite, sa réponse est le scénario qui fait peur à l’opposition gambienne. « Il n'est pas possible de changer la Gambie de son statut républicain à une monarchie sans passer par les textes fondamentaux prévus dans le paragraphe 4 de l’article 276 de la Constitution. Il faut d’abord pour cela un projet de loi qui sera présenté à l'Assemblée nationale et adopté par les deux tiers des parlementaires, et cela ne suffit pas pour qu'il devienne loi ; il sera ensuite présenté à la Commission Electorale Indépendante (CEI) dans un délai de six mois et un référendum serait organisé. 50% des électeurs inscrits sur le fichier électoral national doivent prendre part au vote pour qu’il soit validé et dans ce cas, 75% de ceux qui votent doivent s’exprimer en faveur de ce changement du statut de la république. Or la campagne menée par les pions du Président laisse croire que Yahya Jammeh lance un ballon de sonde et pourrait aller jusqu’au bout s’il pense qu’il peut réussir » déclare Ousainou Darboe. Pour sa part, Khalifa Sallah, le coordonnateur de la coalition de l’opposition NADD indique quant à lui que « La Gambie est une république souveraine et ne peut du jour au lendemain se transformer en une monarchie sur le dos du peuple et sans piétiner la Constitution. Je serais certainement au premier rang de ceux qui vont résister à l'acte inconstitutionnel d'établir une monarchie sur le dos du peuple » déclare Mr Sallah. Un autre titre honorifique pour un homme qui en a déjà plusieurs Agé de 45 ans, le Président His Excellency Yahya Abdel Aziz Jamus Junkung Jammeh est arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d’état le 22 Juillet 1994. Il a été élu président deux ans plus tard, et dirige actuellement son troisième mandat. Depuis lors, le leader gambien accumule les titres honorifiques dont il exige la mention dans les médias d’Etat: son Excellence, le Président, Retired-Colonel, Al hadji, Docteur, Professeur, Cheikh Yahya A.J.J Jammeh. Ce qui fait dire à Abdoulaye Saine, un gambien qui est professeur de sciences politiques à l’Université de Miami dans l’Ohio que « s'il était couronné roi, il pourrait ainsi se dispenser de la formalité encombrante de l'élection car Jammeh est déjà roi. Il possède presque tout le pays de la Gambie. Le titre de ‘Roi’ lui conviendrait parfaitement bien. Il contrôle la presse, l'opposition, le clergé catholique et musulman ainsi que les caisses de l’État. Pour l’universitaire gambien, Jammeh aime se construire une image qui lui convienne. Il se présente ainsi comme un médecin, un chercheur, une personne âgée etc. Ce n'est pas un savant, il n'est pas un médecin, il n'est pas un professeur, mais il convoite ces titres ». Le Professeur Abdoulaye Saine pense que couronnement Jammeh lui donnerait un nouveau titre, mais cela ne changerait rien politiquement. L'appel pour le couronnement de Jammeh est le dernier d'une série d'événements controversés qui ont marqué sa présidence à la tête de la Gambie. En 2007, le dirigeant a affirmé avoir mis au point un remède contre le SIDA et a insisté pour que les patients suivent son traitement et arrêtent de prendre leurs médicaments antirétroviraux. Plus récemment, l'administration de Jammeh a fait arrêter près de 1.000 personnes dans une opération de chasse aux sorcières, au sens propre du terme. Les autorités ont forcé les supposés sorciers à boire un hallucinogène qui a provoqué chez eux une diarrhée et des vomissements. Le liquide non identifié a conduit à des problèmes rénaux graves, et deux personnes en sont mortes après le traitement forcé, selon l’organisation de défense des droits humains Amnesty International. fredcikaw@gmail.com
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