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Qui danse le chant du hibou? Par Frédéric TENDENG
Atterré par la déconvenue du 22 mars 2009, le Pds voulait se ressaisir, mais la cassure était profonde puisqu'en réalité, ce qui semblait être une discipline de parti retrouvée avec le retour d'Idrissa Seck n'était qu'une illusion. Karim Wade et sa génération abstraite étaient passés par là. Macky Sall avait obtenu sa revanche sur ses pourfendeurs. Le choc passé, les libéraux conscients de leur cycle de vie politique en déliquescence, voulaient renforcer leur défense pour anticiper les prochaines étapes, notamment celle de 2012. Mais les langues ont continuer à se délier. Le jargon de la biologie reproductive que Wade et son ex-premier Idrissa Seck se balançaient au pic de leur bras de fer, a maintenant cédé la place à la rébellion ouverte. Idy ne veut plus de Wade comme candidat à la présidentielle de 2012. Aminata Tall, connu pour ses diatribes virulentes contre son mentor, lorsque la situation s'y prête, a encore frappé fort. Elle claque la porte.
L'on est maintenant arrivé au moment où vont surgir inévitablement les divergences profondes sur la stratégie à adopter, y compris parmi ceux qui avaient juré d’oublier les vieilles disputes pour favoriser le consensus. Cette musique discordante a déjà commencé dans ce parti où Wade est la seule constante, alors que pour lui, la seule constante c'est sa famille. La distribution échelonnée des affaires et de l'enrichissement au fils, celle de la conservation des privilèges indus attribuée aux faucons et les miettes laissés aux anciens camarades va davantage compliquer la situation. Mais la tempête qui guette le Pds était plus que prévisible.
D'une force populaire en 2002, la structure libérale s'est éloignée du peuple pour devenir un parti-Etat. Sous son emprise, les principes de probité sont battus en brèche par l'assomption de la corruption, les pratiques illégales et déviantes. L'impunité n'est plus l'exception mais devient la règle. Le Pds offre l'image d'un parti qui ne veut plus que les sénégalais soient des juges éclairés de la politique. Sans en donner l'impression, certains responsables de ce parti agissent pour faire des sénégalais des citoyens désabusés dont le scepticisme va nourrir l’incivisme et le populisme pour les rendre malléables. Ce qui rejoint la démarche politique d'Abdoulaye Wade, l'opposant devenu Président de la république.
D'un parti politique qui a incarné l'espoir, le Pds devient une alliance hétéroclite d'oligarques arrogants qui sapent les fondements vertueux de la démocratie sénégalaise. En onze ans de pouvoir, Abdoulaye Wade, sa famille et leurs amis offrent l'image que la politique est un espace de compromission et d’arrangements occultes faisant des abus de fonction et de la corruption le prix à payer pour la délégation démocratique. Les scandales, la profanation des institutions républicaines et la désinvolture des personnes qui les incarnent par le régime du Sopi, ont conforté les perceptions et les jugements négatifs des citoyens ordinaires sur les atteintes à la probité publique.
Lorsque Serigne Mbacké Ndiaye, ministre-conseiller du chef de l’Etat lâche la phrase scandaleuse: "si on ne gagne pas en 2012, beaucoup parmi nous iront en prison", il avoue l’existence de justiciables du Pds en "liberté provisoire". Et lorsque son camarade Babacar Gaye, le porte-parole du Pds déclare: "il faut organiser des assises pour tout remettre en ordre et re-visiter les valeurs qui ont fondé le Pds", le peuple en rit. Ce baron du parti de Wade est encore éloigné de l'appréciation réelle que les citoyens se font du Pds.
Il n'y aura jamais de nouvel ordre puisque c'est l'heure fatidique du partage avant 2012 et les protagonistes de son parti ne lâcheront aucun bout. fredcikaw@gmail.com
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