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Entre pension honorable et humiliation Par Frédéric TENDENG
Abdoulaye Wade n'est, de toute évidence, pas Laurent Gbagbo. Mais ce refrain entonné depuis plusieurs jours par ses inconditionnels n'enlève en rien les similitudes qui crèvent les yeux entre le patron du Sopi et le Président sortant de Côte d'Ivoire. Cela va des péripéties ayant marqué le parcours d'opposant de ces deux hommes à leur conception intégraliste de la politique qui aspire au monopole du pouvoir. Après avoir conquis cette noble station par des voies légales, tous les deux se sont attaché à détruire ou à transformer les valeurs et les principes admis par les peuples qui les ont élus. Chacun à sa manière, Wade et Gbagbo ont voulu construire leur État nouveau, fondé sur le système de leur parti, de leur famille et de leurs amis.
Si avec Gbagbo l’objectif principal était de diviser la Côte d'Ivoire pour toujours régner, Abdoulaye Wade a voulu réaliser la conquête de la société Sénégalaise, c’est-à-dire la subordination, l’intégration et l’homogénéisation des gouvernés pour qu'ils lui reconnaissent le rôle de sauveur et de bâtisseur d'un nouveau Sénégal. Tout porte à croire chez notre chef de l'Etat que l’existence individuelle ou collective du citoyen doit être intégralement interprétée selon le mythe qu'il s'est fait de lui même. Sa propension à s'élever au dessus de tous les hommes qui ont participé à la construction nationale cache à peine l'image de l'opposant arrivé au pouvoir pour s'auto-sacraliser en érigeant ses convictions personnelles en une religion politique. A peine terminés les discours de ses sbires lui conférant à tort le calme du 19 mars dernier, Wade et le pouvoir du Sopi sont retournés à leurs vieux démons. Ils ne tolèrent plus la contradiction sur le champ politique. Talla Sylla est arrêté, Y'en a marre est intimidé, les convois de ses opposants sont attaqués par les militants du Pds. Toutes choses qui indiquent comment l'actuel Président du Sénégal compte consolider son séjour au sommet de l'Etat. A écouter Wade parler de son invention d'un nouveau concept du fer forgé, de la création d'une usine d'avions, de la prochaine conquête sénégalaise de l'espace, de la centrale solaire du Sahara ou encore de la prochaine confédération de la Cedeao, il n'y a l'ombre d'aucun doute. Notre chef de l'Etat s'engage manifestement dans une course contre la montre sur plusieurs fronts afin de provoquer une révolution anthropologique qui doit aboutir à la régénération du Sénégalais. Une volonté qui ne saurait prendre forme que si sa candidature à la présidentielle de 2012 est validée.
C'est tout le problème de Wade. Il n'a pas encore conscience que le peuple a retiré son consentement à un "Zébulon qui n'en finit plus d'oser, de tenter, d'essayer, de se rétracter, de trouver une autre voie, un chemin de traverse, pour ensuite rebrousser", comme le dit si bien JA. Ce qui est incompréhensible dans la démarche de Wade, c'est son obstination à être candidat malgré les honnêtes suggestions lui invitant à se reposer vu son âge et son parcours assez honorable. Comme Gbagbo, Wade court le risque d'être prisonnier et victime de son entêtement. Il le conduit à une dérive savamment huilée par son entourage qui sanctifie la violence, lui fabrique des coups d'Etats et n'accepte plus la coexistence avec d’autres forces politiques considèrées comme ses ennemis. Or la relation gouvernant-gouverné est régie par une double exigence: la probité des conduites du représentant élu incarné par Wade et le contrôle exercé par les mandants que sont les électeurs. Le chef du Sopi a donc le temps de renoncer à cette canditature de trop pour organiser des élections libres et transparentes, gages de sa sortie honorable du pouvoir.
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