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Déni de l'évidence Par Frédéric TENDENG Pour une première session du conseil économique et social portant sur l'accès au service public de la justice, le garde des sceaux a beaucoup déçu, confirmant encore une fois toute la petitesse de la posture antirépublicaine qu'il fait sienne depuis son retour aux affaires le 10 juin 2010. Toutes les réponses qu'il a apporté lors de cette session nous rappellent Tahar Ben Jelloun qui disait: "la mauvaise foi est un argument bête pour dégager sa part de responsabilité" (Le racisme expliqué à ma fille).
Interrogé sur le rapport du département d'Etat Américain dont les grandes lignes avaient fait la une du quotidien Kotch il y a quelques jours, Cheikh Tidiane Sy dit ignorer son existence, ne lui donne pas de crédit et déclare, "je n’ai pas vu le rapport. Je ne peux pas le commenter, j’attends de le voir". A première vue, de tels propos semblent relever d'une volonté de faire valoir un principe de précaution qui lui éviterait de répondre à une question embarrassante. C'est précisément cette posture du ministre qui est en soi une mauvaise foi, car selon lui, il n'y a que la preuve de l'existence du rapport Américain pour constituer l'attitude adéquate préalable à la reconnaissance, l'admission et l'aveu des violations évoquées.
La mauvaise foi se cache ici derrière un déni et un refus entêté de reconnaître l'évidence d'un rapport facilement vérifiable. Si le ministre a inventé son coup d'Etat du 19 mars dernier, Kotch, lui, n'a pas inventé l'article qui a fait sa une. A y voir plus clair donc, Cheikh Tidiane Sy a tout simplement voulu jouer la carte qu'il maîtrise le mieux; à savoir, traiter le sujet de l'article de Kotch avec une désinvolture qui enlèverait tout crédit aux dénonciations sur les violations manifestes des droits de l'homme au Sénégal soulignées dans le document Américain. Faut-il alors y voir une sorte d'affirmation ou de désir de toute-puissance de Cheikh Tidiane Sy? En un sens, oui, puisqu'il s'agit pour lui de ne pas supporter que quelque chose, qui pourtant le concerne en tant que garde des sceaux et ministre de la justice, puisse le contrarier tranquillement et ouvertement, dans une absolue indifférence à l'égard ce qui lui convient, lui plaît et l'arrange. Venant du ministre Cheikh Tidiane Sy, une telle démarche ne surprend point car pour un homme capable d'inventer de toutes pièces un coup d'Etat, la mauvaise foi est peut-être même, la seule façon de ne pas admettre l'évidence sans sombrer pour autant dans la pathologie. Elle consiste à refuser ce qui ne peut pas l'être, en une sorte d'ultime recours contre le désagrément imposé par la réalité, la volonté opposant son entêtement à l'entêtement des faits. Au demeurant, rappelons que l'essence d'un document tel que celui publié par le département d'Etat, est de résumer et de rappeler aux gouvernements, y compris celui des Etats Unis, qu'ils doivent souscrire et remplir leurs obligations en matière de respect des droits humains. Le Sénégal gagnerait beaucoup à ne pas ignorer l'existence de tels rapports et surtout de tenir compte des faiblesses qui y sont soulignées.
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