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Le crime à l'âge de la majorité Par Frédéric TENDENG Les jeunes Sénégalais nés à la date de l'assassinat de maître Babacar Sèye qui ont maintenant atteint la majorité et qui iront voter en 2012 n'ont jusqu'ici appris de cette histoire que des explications parcellaires sans pour autant obtenir toutes les réponses à leurs interrogations. Pourtant, le Sénégal doit à cette génération un devoir de mémoire car cet épisode sombre ne peut entrer de façon tronquée dans la l'histoire du pays. Qui a fait tuer maître Babacar Sèye? Qui est le commanditaire de ce meurtre? 18 ans après ce crime crapuleux, la vérité reste encore inconnue parce que la justice sénégalaise n'a pas réussi à s'affranchir des innombrables pièges tendus par les hommes politiques qui ne veulent pas de réponse à ces questions. Or, à quelques exceptions près, tous les acteurs clés de cette histoire sont encore là. Ils traînent dans leur conscience ce lourd fardeau pour continuer à jouir des privilèges qu'ils ont indûment acquis ici-bas. Au déclarations contradictoires des assassins avant, pendant et après le procès se sont ajoutés les pratiques subversives du pouvoir actuel du Sopi qui ne cache pas sa volonté d'étouffer toute velléité de faire la lumière complète sur les énigmes que les juges et les politiques ont maintenues toute cette période.
Cependant, deux hommes ont encore la possibilité de se racheter devant leur conscience et devant l'histoire. Il s'agit du Président Abdoulaye Wade et de l'actuel président du Conseil constitutionnel, Cheikh Tidiane Diakhaté. L'on se rappelle que ce dernier était le juge d'instruction chargé d'enquêter et de constituer le dossier qui devait conduire les assassins et le ou les commanditaires devant une cour d'assise. A la suite de son interpellation le dimanche 16 mai 1993 pour son rôle présumé dans l'assassinat de maître Babacar Sèye, Abdoulaye Wade alors opposant est libéré le 18 Mai 1993 et présenté en Août de la même année à Cheikh Tidiane Diakhaté qui dresse un réquisitoire où il écrit «qu'à l’encontre d’Abdoulaye Wade, Viviane Vert, Ousmane Ngom, sont retenues les présomptions graves de complot ayant pour but, les crimes de complicité d’attentat, de complicité d’assassinat, manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique », Cheikh Tidiane Diakhaté convoque Wade et ses présumés complices dont l'actuel ministre de l'intérieur Ousmane Ngom et Ablaye Faye, le 22 Septembre 1993. Il signe des mandats de dépôt mais recule tard dans la nuit et fait libérer tout le monde. Une partie de la vérité a sûrement fait son deuil cette nuit là. L'amnistie accordée aux assassins par Abdoulaye Wade devenu Président et les positions controversées de Cheikh Tidiane Diakhaté sur plusieurs questions politico judiciaires comme les chantiers de Thiès, les listes forcloses de Ndindy et Ndoulo, le forcing de Thilogne et sa nomination à la tête du Conseil constitutionnel posent problème.
18 ans après l'assassinat de maître Babacar Sèye, le contexte politique ambiant au Sénégal rappelé tristement celui qui marqué le pays, lorsque ce crime crapuleux a été commis. A la différence que cette fois-ci, Cheikh Tidiane Diakhaté détient entre ses mains les moyens de décrisper le climat pour éviter de se placer une nouvelle fois au centre d'une polémique lourde de conséquences. Wade ne peut être candidat pour une troisième fois à la présidentielle. Il lui a rendu la tâche facile en s'auto-disqualifiant. L'histoire des deux serments contradictoires acceptés par son homologue de Côte d'Ivoire doit aider Cheikh Tidiane Diakhaté à se décider, pour une fois et sans pression, dans le sens de la vérité.
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