Qui pour sauver la justice de Cheikh Tidiane Sy?
Par Frédéric TENDENG
Dans l'ouvrage de Almamy Mamadou Wane intitulé "Le Sénégal entre deux naufrages ? Le Joola et l’Alternance" paru en 2003, se trouve un passage au chapitre 6 intitulé Wade le françafricain. Almamy Mamadou Wane, écrivait alors que "les animateurs de la Françafrique (…) ont proposé leurs services financiers à Cheikh Tidiane Sy (Enea), devenu président d’une banque de la place (Bicis), avant d’accéder à la dignité de ministre d’Etat. Cheikh Tidiane Sy était drivé par l’équipe Foccart, qui à l’époque couvait aussi le conseiller financier de Wade, Samuel Sarr. L’argent de Mobutu a permis de financer la volte-face de l’opposant Wade. Il ne s’agissait pas de l’aider, mais plutôt de le neutraliser au pro-fit de Diouf". Piqué au vif, Cheikh Tidiane Sy, ancien conseiller de Mobutu, porte plainte contre l'auteur du livre au tribunal de Paris pour propos diffamatoires. Pour trancher en toute équité et dans le respect des droits des deux parties, la Chambre d’appel de Paris cherche alors à savoir si les propos incriminés par Cheikh Tidiane Sy sont vraiment diffamatoires, les remplace dans leur contexte, essaie de comprendre de quelle période il s’agissait et ce que voulait dire l’auteur. Au bout du compte, les conclusions du tribunal tombent comme un coup de massue pour l'actuel ministre de la justice. Cheikh Tidiane Sy a déformé les propos, les a transformés pour en faire ce qui ne sied pas. Car pour les juges, le passage du livre est un rappel d’un fait historique précis sur lequel il n’y avait absolument pas d’atteinte à l’intention de qui ce soit. Et le Tribunal de Paris ne s’est pas arrêté à ce jugement. Il condamne Cheikh Tidiane Sy à payer 3000 Euros. Le rappel de cet épisode de la vie tumultueuse de l'actuel Garde des sceaux et ministre de la Justice sénégalaise est significatif de son aptitude à fabriquer sa "vérité" des faits qui le pousse à commettre tous les excès. Il est aujourd'hui enfermé dans sa bulle et refuse tout compromis avec les travailleurs de la justice qui ne sont que dans leurs droits. C'est parce que Cheikh Tidiane Sy a une compréhension tronquée et complètement faussée de l’espace public et de ses dynamiques. De toutes les fonctions ministérielles qu'il a occupé, aucune d'elles n'a laissé de bon souvenirs dans la mémoire collective des sénégalais tant la typologie inexacte que se fait l'actuel Garde des sceaux de la relation de confiance qui lie gouvernants et gouvernés est conflictuelle et belliqueuse. Tout fonctionne chez ce ministre comme s'il ne prend jamais la peine d’explorer les motifs avancés dans l’argumentation de ses interlocuteurs. Mieux, il laisse toujours l'image du serviteur rigide au service du tout puissant Abdoulaye Wade. Alors, tout lui semble permis pour expliciter et justifier des attitudes, opinions ou positions antirépublicaines à ses interlocuteurs. Il peut inventer un coup d'Etat, répondre par le mépris aux magistrats abusés par le pouvoir ou même défendre au parlement un projet de loi insultant, qui modifie la constitution aux fins de monter un ticket taillé sur mesure pour la présidentielle de 2012. Il va au charbon au nom de Wade subit des humiliations, se fait démettre et revient par la petite porte. Cheikh Tidiane Sy reste imperturbable.
Le recul de la confiance des travailleurs de la justice qui maintiennent leur mouvement de grève résulte essentiellement de la désinvolture et du mépris que ce ministre fait montre eu égards à leurs préoccupations. Or, au lieu d'engager une dynamique d'apaisement, Cheikh Tidiane Sy pose les actes les plus dangereux pour le contenu et l'image de la justice sénégalaise. Il qualifie la grève de sauvage et introduit une main d'oeuvre militaire à la place des greffiers. Ce sont des actes inacceptables car le résultat à moyen et à long terme est une confusion des rôles dans un secteur qui n'en demandait pas autant. Il faut donc sauver la justice, dernier rempart de la démocratie des griffes de cet homme.fredcikaw@gmail.com
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