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Une nouvelle fois, le président Abdoulaye Wade réussit ses manœuvres et son entreprise distractif en direction de l’opposition sénégalaise qui peine à se départir de son manteau galant pour enfin se rendre compte que l’invite au dialogue politique agitée depuis quelques temps n’est qu’une proposition inopportune et indécente enduite de poisse. Wade est dos au mur et acculé par la têtue réalité de la marche forcée et irréversible du Sénégal vers la démocratie et le développement. Malgré son obstination à faire de ce pays une propriété familiale et privée, Mr le président se fait rattraper par l’évidence lui rappelant que le Sénégal n’est pas un îlot sur une planète extraterrestre. Ce pays appartient à un système global civilisé dans lequel les citoyens que nous sommes avons notre partition à jouer en harmonie avec le reste du monde des démocrates qui ne laisseront jamais les Wades fausser la marche du progrès entamée depuis plus de deux siècles. Le rappel à l’ordre à Abdoulaye Wade par Barack Obama le Lundi 28 Septembre dernier à 15h 45mn (selon le communiqué escamoté de la présidence de la république) est la preuve de cette marche têtue vers un monde où même l’assomption des ruses de Ndiombor, (ce sobriquet qu’arbore fièrement Wade) ne saurait être le catalyseur de la fuite en avant suicidaire qui emballe ce régime depuis neuf ans. Je peine encore à croire que l’opposition sénégalaise en arrive à douter de la mauvaise foi de cet homme resté toujours le fin calculateur d’antan. La réalité est que Wade subit les conséquences atroces de sa mauvaise posture née de son mode de fonctionnement renversant et unilatéral qui a fini de l’isoler et de lui imposer la question brûlante de sa survie politique d’ici 2012, lui qui entretien une relation ludique avec le pouvoir et l’argent. Au demeurant, le vieux comprend peu à peu que son schéma de succession basé sur la propulsion forcée de son fils à la station gloriole du sommet de l’appareil d’état s’avère être l’échec de sa vie. Et pour lui corser l’addition, Wade doit très vite se débarrasser de la grosse épine dans ses semelles : c’est la bataille féroce de positionnement que se livrent ses lieutenants de parti réduisant le Pds en carcasse nauséabonde et indésirable (sauf pour Idrissa Seck). Mais la grosse poutre dans l’œil du vieux c’est l’héritage politique et historique déshonorant de sa gouvernance qu’il est contraint de léguer au Sénégal. Voilà pourquoi son insistance calculatrice à dialoguer avec l’opposition est un aveu cinglant de l’échec retentissant de son règne abject et désuet ayant plongé le Sénégal dans la misère. Le dialogue politique est une affaire d’hommes de vertus épris de justice, de générosité et de paix. C’est un acte de transcendance et de hauteur dans l’intérêt de la nation et de son peuple. Il ne saurait servir d’eau de javel pour la purification de mains souillées par la violence, la misère du peuple, les détournements, la culture et l’entretien de l’impunité, les scandales à répétition, les agressions institutionnelles et constitutionnelles et j’en passe. Depuis quand cet homme qui « pense et agit tout seul pour se tromper toujours seul » (comme le dit avec pertinence Moustapha Niasse) s’est-il miraculeusement mué en homme de dialogue, de consensus et de compromis ? Wade restera toujours cet homme revanchard et vindicatif qui opposa une fin de non recevoir au soir de sa réélection en 2007 à l’opposition dont le tort était de vouloir dialoguer sur le fichier et les imperfections électorales. Wade opposa sa fin de non recevoir non sans menacer ses concurrents qu’il traita de tous les noms. Wade restera également le président ayant qualifié d’entreprise séditieuse une consultation citoyenne menée par ses compatriotes en réponse à son refus de dialoguer sur les problèmes qui assènent les sénégalais. Mais Wade restera également le président unilatéraliste qui a fait manipuler la constitution à son gré afin de solder des comptes à ses rivaux potentiels de parti, se prémunir des retombées de ses délits politiques et pour protéger son mandat chancelant. A cela s’ajoute la double explication que notre président doit au peuple sur les affaires saugrenues que sont les comptes et mécomptes de l’Anoci et la tentative de corruption d’Alex Ségura. A quoi sert donc la justice dont il est le « premier magistrat » ? A quoi sert la commission nationale de lutte contre la non-transparence, la corruption et la concussion ? Voilà résumé l’homme qui convie l’opposition à un dialogue. Or la stratégie du vieux est aussi simple que perverse : imposer à ses concurrents une campagne électorale permanente et soutenue de trois ans où ses initiatives et les actes qu’il pose déterminent la marche à suivre. Amath Dansokho a bien raison de dire que « Wade veut mettre le pays dans une situation de happening continue ». Dès lors l’intelligence politique voudrait que le président donne des signaux forts qui vont dans le sens d’une volonté réelle de dialoguer. Mais rien dans sa démarche ne milite dans cette direction, bien au contraire, il multiplie les tirs tous azimuts par le biais de ses troubadours qui agitent l’annulation du second tour de la présidentielle tandisque lui fausse davantage le jeu, parle de sa candidature en 2012, fait augmenter le budget de fonctionnement du palais et ne peut même pas afficher une neutralité lorsque son fils est cité au cœur des comptes et mécomptes de l’Anoci. C’est indécent et provocateur surtout que Wade démontre une nouvelle fois sa capacité à être incohérent dans sa démarche au sujet du schéma de ce dialogue. Dans une lettre à l’opposition il propose la formation d’une commission paritaire allant même jusqu’à désigner ses mandataires et dans une autre lettre à la même opposition, Wade parle de plénière en présence des autorités coutumières et religieuses, de la presse et du corps diplomatique accrédité au Sénégal. Que veut-il finalement, une conférence nationale ou un dialogue réfléchi dont les conclusions vont survivre aux contradictions politiciennes de son camp et celui de l’opposition ? Devant cette difficulté à cerner la volonté réelle de ce personnage, je ne peux que faire appel aux propos tenus par Iba Der Thiam alors patron du mouvement Abdou No Doy (Même s’il a voulu s’en dissocier plus tard) lorsqu’il parle de Wade comme un homme " […] à la pensée incohérente qui n’a, ni suite dans les idées, ni logique dans le raisonnement et qui présente, selon son humeur, les circonstances et ses intérêts du moment, des déclarations dont le paradoxe, les contradictions et l’inconséquence crèvent les yeux de toute évidence." Au lieu de se plaire à savourer la confusion créée par son appel au dialogue, Wade gagnerait à redorer le blason des institutions fanions de ce pays tels que le parlement et la justice. Il pourrait ensuite instruire des procédures pour élucider les affaires à gros sous qui jettent l’opprobre sur notre république. Il n’a pas besoin d’un dialogue avec l’opposition pour cela. Et si telle est sa volonté, qu’il s’approprie les conclusions des assises nationales qui pourront lui servir de base de travail. Pendant ce temps, l’opposition doit poursuivre son travail d’avant-garde contre, le népotisme, la mal gouvernance, la corruption et l’impunité. Se livrer au jeu de Wade est la porte ouverte à l’oubli des questions brûlantes sur les eaux des inondations, le plan monarchique de succession, la crise en Casamance que remue le gambien Yahya Jammeh, les comptes et mécomptes de l’Anoci, les coupures d’électricité, la vie chère, les grèves et l’échec scolaire. De toutes ces questions, le candidat Wade en 2007 avait proposé des solutions sur la base desquelles il a été élu. Le rôle de l’opposition est d’obliger le président Abdoulaye Wade à créer les conditions qui rendent possible une évaluation de l’exécution de ce programme en 2012 par les électeurs. La farce d’une candidature du vieux en 2012 ne passe pas tout comme ce faux débat sur la nécessité supposée d’un dialogue politique reste un nouveau leurre. Pour l’instant, Wade veut un répit pour calmer la tempête nationale et internationale, endormir l’opposition dans un dialogue de mauvaise foi puis outiller son fils biologique et putatif pour les lâcher au front en 2012. Et rebelote comme en 2007 lorsque l’opposition fut mal préparée à la présidentielle espérant un report qui n’eût jamais lieu.
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