|
Par Frédéric Tendeng Le président de la république du Sénégal a ceci de particulier qu’il tient l’opinion en haleine par ses sorties spectaculaires, inopportunes et tous azimuts même au moment où la logique lui impose une hibernation sabbatique après l’humiliation et la catastrophe monumentale du Ségura Gate. C’est à se demander si les concepts d’apaisement et de hauteur n’existent pas dans la dialectique présidentielle. L’on était en pleine tempête de cet affront que tombe la nouvelle d’un Maître Abdoulaye Wade s’en prenant à cœur joie à la presse indépendante du Sénégal coupable à ses yeux de ne pas le suivre dans son aventurisme de cow-boy d’état. Et Mr le Président de la république du Sénégal a cru alors bon de se défouler sur la presse de son pays dans une lettre estampillée du sceau de la Présidence de la république en date du 08 Octobre 2009 et adressée au Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) basé à New York. La lecture de cette lettre écrite par Wade confirme tout haut ce que lui et ses hommes pensent tout bas : il faut imposer aux journalistes du Sénégal une ligne discrètement verrouillée afin d’obtenir une presse fade, révérencieuse et servile. Cet objectif, le régime dit « de l’alternance » en a fait une priorité sans jamais y parvenir (il n’y parviendra jamais d’ailleurs). En fait, aussi bien le Président que ses proches pensent à tort que la presse de ce pays leur est redevable à plusieurs titres alors qu’une introspection rigoureuse crève les yeux de l’évidence qui dérange ce régime. Nos gouvernants actuels doivent piger sans délai que l’accession de Wade au pouvoir est le fruit des libertés acquises de haute lutte, libertés parmi lesquelles se pointe très fièrement la liberté de presse. C’est cela la vérité que personne ne peut altérer. Abdoulaye Wade le comprend tellement bien que son subconscient en fait cas dans sa lettre au CPJ : « […] Les journalistes devenus peu crédibles ne peuvent plus avoir d’incidence significative sur les élections », écrit Wade. Il fait ainsi allusion à certains patrons de presse qui se seraient coalisé contre lui faute de pouvoir se partager un magot qu’il aurait élevé de 150 à 600 millions de francs CFA. Soit. Pourquoi Wade fait-il un lien direct entre les journalistes et les élections ? C’est qu’il se souvient que ces derniers ont été la cheville ouvrière et l’avant-garde de la transparence qui a abouti à son élection le 19 Mars 2000 et cela fait peur à ce Monsieur aux contre performances directionnelles épatantes. En 2000, Wade ne parlait pas de ces journalistes comme des hommes « peu crédibles ». Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les tentatives pour dompter les plumes, les micros et les écrans des journalistes furent vaines. C’est alors que le gouvernement mania l’argent comme à son accoutumé dans le but d’amadouer les patrons de presse qui comprirent très vite le piège des subventions. Par contre, ce que Wade a omis de dire dans sa lettre au CPJ, c’est que les patrons de presse qui font sa fierté en ce moment ne sont que des guignols de son entourage et de son gouvernement qui se sont partagés des fréquences ou lancé des journaux dans le seul but de toucher leur part des 600 millions qu’il dit avoir alloué à la presse. Il faut que Wade comprenne une bonne fois pour toute que cette subvention à la presse n’est pas un cadeau de sa poche. C’est l’argent du contribuable destiné à aider la presse à remplir sa mission d’information, d’éducation et de divertissement en direction du peuple sénégalais. Voilà pourquoi des organes de presse sérieux et indépendants ne s’en privent pas tout en gardant leur dignité et en refusant de faire les yeux doux au pouvoir comme cela a toujours été son vœu. Mais le refus de se soumettre à la volonté paternaliste affichée par le pouvoir vaut toutes les censures : il condamne généralement l’organe concerné à la faillite immédiate. Et s’il survit, il est réduit à la marginalité sur un marché assisté (l’état le sevrant de tout accès à ses services et à l’establishment paraétatique). C’est cela le paradoxe de l’ère Abdoulaye Wade, une ère née et nourrie par les libertés publiques dont la liberté de presse. Tous ceux qui ne pensent pas comme lui et ses proches sont de mauvaise foi, perçus comme ses pourfendeurs et constituent de fait des cibles privilégiées de sa haine viscérale et de l’acharnement de sa machine impressionnante d’intimidation et de répression. Ainsi faut-il comprendre les menaces de mort, les abus, les agressions, les arrestations et autres actes de vandalisme dont des confrères, leurs familles, leurs sièges ou leurs maisons ont été les cibles. Les auteurs de ces violations graves sont toujours connus, identifiés et narguent leur victimes grâce à l’impunité dont ils jouissent à la faveur des gros bonnets du pouvoir. Au finish, l’avènement du régime de Wade a davantage enfoncé le Sénégal dans la liste peu glorieuse des pourfendeurs de la liberté de presse publiée chaque année par Reporters Sans Frontières. Notre pays qui faisait naguère figure de pionnier, dans ce domaine, en Afrique sub-saharienne, a encore reculé cette année. Il passe de la 86e place en 2008 au 89e rang en 2009. Ce recul démontre la dégradation de la situation de la liberté de la presse dans ce pays qui occupait, il y a sept ans, la 47e place de ce classement. En bon chef d’état, Wade ne doit pas s’en glorifier de même qu’il ne devait pas se glorifier du fait qu’une frange considérable de sénégalais soit analphabète comme il le souligne insouciamment dans sa lettre au CPJ. Encore une nouvelle illustration de la capacité de notre Président à descendre bas rien que pour sa cause personnelle. Et ce n’est pas en construisant une maison de la presse à huit étages que Wade peut se dédouaner. En mentionnant une telle remarque dans sa lettre au CPJ, le Président démontre sa vision réductrice des urgences qui balisent le chemin vers un retour considérable à la liberté de presse et à un environnement qui encourage et stimule la libre pensée et la libre expression. D’autre part, la dépénalisation du délit de presse qu’il brandit comme fond de commerce chaque fois que son régime est au banc des accusés n’est rien d’autre qu’un faux débat dont le seul but est de faire de la diversion comme son régime nous y a habitué. Je m’explique. Lorsque Wade a voulu créer le poste de vice-président pour régler ses contradictions internes, il a fait déclencher une procédure d’urgence qui a abouti sans délai. Lorsqu’il a voulu se débarrasser de Macky Sall, alors président de l’assemblée nationale, Wade a fait adopter en un temps record des modifications et autres amendements sur les lois de règlement du parlement. Qu’est-ce qui empêche Wade de déclencher une procédure similaire pour la dépénalisation du délit de presse ? Mr le Président nous dit encore qu’il a instruit le Premier Ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye pour qu’il se saisisse de la question. Mr le Président avait aussi instruit ses anciens premiers ministres sur le sujet. La question de la presse est bien plus complexe que le Président veut le faire croire dans ses trivialités du genre « Les journaux se font donc dans la concurrence par gros titres en couleur, les plus sensationnels possibles, pour attirer les acheteurs, quitte à inventer ou parfois arranger la vérité (…) Les deux journalistes de Kaolack (…) constituent la meilleure preuve de l’indépendance de la justice. (…) Arrive le journaliste (Kambel Dieng) qui se voit arrêté par un policier qui avait reçu des ordres de ne plus laisser personne passer, afin de ne pas déranger la conférence de presse qui avait commencé. Il gifla le policier, tout simplement. Il s’ensuivit une empoignade. Son compagnon journaliste intervint et tous deux entrèrent en bagarre contre le policier. Les autres policiers, qui étaient dans le voisinage, arrivèrent. Vous devinez la suite (…). Rien que des contrevérités narrées dans la même lettre adressée au CPJ par Wade qui aurait dû commencer par s’abstenir de commenter l’affaire Kambel Dieng restée encore au stade de l’instruction. Même Idrissa Seck son premier talibé a publiquement désavoué cette agression barbare. Il serait dès lors très intéressant après cette sortie calculée du Président Wade de voir la suite que les juges vont donner à l’instruction car la liberté de la presse ne peut s’apprécier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Tout compte fait, Wade et le PDS doivent comprendre une bonne fois pour toute que la presse n’est pas contre eux mais elle refusera le culte de la soumission, l’art de la flagornerie et l’absence totale d’états d’âme auxquels ce régime veut lui imposer. La presse continuera à rendre le pouvoir comptable de tous ses actes avec l’objectivité qui a fait jusqu’ici sa crédibilité, n’en déplaise à ceux qui peinent à comprendre le bien fondé de cette mission. Le Président de la république gagnerait donc à faire preuve d’un peu plus de tact et de mesure en évitant avant tout l’injure qui consiste à aller chercher des juristes américains pour nous aider à rédiger un code de la presse. Ce que le Président doit savoir, c’est que les Sénégalais sont tellement intelligents (comme il l’a si bien dit dans sa lettre au CPJ), qu’ils enseignent même le droit, la politique et l’histoire aux américains dans leurs universités de Washington, New York, Michigan et j’en passe. Ils n’ont besoin de personne pour légiférer sur une question qui concerne leur propre vie en harmonie. fredcikaw@gmail.com <!-- /* Font Definitions */ @font-face {font-family:Calibri; mso-font-charset:0; mso-generic-font-family:swiss; mso-font-pitch:variable; mso-font-signature:-1610611985 1073750139 0 0 159 0;} @font-face {font-family:Verdana; panose-1:2 11 6 4 3 5 4 4 2 4; mso-font-charset:0; mso-generic-font-family:swiss; mso-font-pitch:variable; mso-font-signature:536871559 0 0 0 415 0;} /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent:""; margin-top:0cm; margin-right:0cm; margin-bottom:10.0pt; margin-left:0cm; line-height:115%; mso-pagination:widow-orphan; font-size:11.0pt; font-family:Calibri; mso-fareast-font-family:Calibri; mso-bidi-font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-language:EN-US;} a:link, span.MsoHyperlink {color:blue; text-decoration:underline; text-underline:single;} a:visited, span.MsoHyperlinkFollowed {color:purple; text-decoration:underline; text-underline:single;} span.spipsurligne {mso-style-name:spip_surligne;} p.spip, li.spip, div.spip {mso-style-name:spip; mso-margin-top-alt:auto; margin-right:0cm; mso-margin-bottom-alt:auto; margin-left:0cm; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"Times New Roman";} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} -->
|