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Si l’on en croit l’édition du jour de Sudonline.sn et un communiqué de l’APS, le Chef de l’Etat a annoncé des licenciements massifs dans la fonction publique. Au nom d’une ambition tardive pour ce qu’il appelle « l’action », il aurait affirmé : « nous allons dégager beaucoup de gens qui n’auront plus rien à faire ». Les propos du président ont-ils été déformés par la presse, une fois de plus ? N’avons-nous rien compris, une fois de plus ? Bamba Ndiaye et Guirassy nous édifieront certainement, si ce n’est déjà fait. Trois remarques pour l’instant. Le projet est effarant. Les arguments sont insuffisants. Le langage, lui, est profondément offensant.
Le langage est offensant parce que les Sénégalaises et les Sénégalais qui servent l’administration publique au prix de lourds sacrifices qu’ils supportent dans la pénibilité de leur fonction, la précarité de leur condition de travail, l’âpreté de la mobilité urbaine… ne sont pas des ordures à « dégager » !
Le projet en lui-même est effarant parce que dans ce pays, tous les secteurs qui concourent à la satisfaction des besoins fondamentaux des classes populaires (santé, sécurité, justice, éducation, administration…) sont déficitaires en personnel.
Les arguments sont insuffisants parce que si pléthore il y a dans certains secteurs minés par les recrutements « irrationnels » et dans les dépenses de fonctionnement, ce n’est point la faute des fonctionnaires mais celle d’un Etat devenu « informel », clientéliste et grand adepte du pilotage à vue sous le règne libéral. Un Etat où le président de la République peut sommer inopinément ses ministres de recruter trois ou quatre handicapés dans les plus brefs délais sans aucun agencement préalable. Là où pendant dix ans il a nommé et « dégommé » des centaines de ministre » sans y inclure un seul handicapé. Ce n’est là qu’un exemple d’aberration parmi tant d’autres.
Wade s’est dit, dans ce discours, « professeur » qui ausculte notre économie « avec un microscope ». Nous pensons sincèrement que son instrument doit être altéré et altérant. Car si le « dégraissage » qu’il juge nécessaire, pour changer « la face du Sénégal », doit s’opérer, le « gras » devra obligatoirement être ponctionné dans les agences et les institutions budgétivores, la corruption, les dépenses de prestige, les écarts extra et infra budgétaires…
Mais pourquoi « dégraisser » pour « changer la face du Sénégal » ? Le professeur n’a-t-il pas changé la face de Ouakam par la sorcellerie de la dation en paiement ? Ne lui reste-t-il plus de terre pour épargner les fonctionnaires ? Que Wade se joue de l’intelligence des Sénégalais, l’on n’y peut rien. Mais qu’il s’en prenne à nos 65000 fonctionnaires, il risque de se faire rappeler, comme il y a peu avec les « marchands ambulants », que le refus est une condition d’existence.
Talla Diarra
diarratalla@yahoo.com