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DU POUVOIR POLITIQUE
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Beaucoup de philosophes admettent, avec Aristote, que "l'homme est un animal politique" ; c'est-à-dire qu'il a une tendance naturelle à instituer des formes d'organisations qui lui permettent de survivre et de s'épanouir sur les plans social, psychologique, intellectuel et économique. C'est pour cette raison que même les sociétés dites primitives, parce que dépourvues d'Etat, avaient une certaine structure fondée essentiellement sur ce que Castres appelle le "prestige" du chef tribal, lequel n'avait que son influence morale pour tenter de venir à bout des contradictions entre particuliers et groupes de particuliers au sein d'une même communauté.
Mais l'autorité du chef n'était pas en soi suffisante pour garantir la stabilité communautaire ainsi que la sécurité des différents individus. La légitimité du patriarche, du ministre du culte comme c’est le cas chez les Ibos du Nigeria actuel et les Kikuyu du Kenya, était insuffisante, car l'homme pouvait bel et bien s'en écarter parce que les sanctions auxquelles il pouvait s'exposer allaient de l'indignation généralisée à la mise en quarantaine, "car la parole du chef n'avait pas force de loi" et n'était donc pas suffisamment coercitive.
Et l'évolution humaine, de la vie communautaire à la vie sociale avec l'émergence d'une division systématique du travail, a considérablement exacerbé les contradictions entre les hommes parce que celles-ci ne sont plus limitées à de simples considérations crypto-personnelles. Elles reflètent aussi et surtout de véritables luttes de classes pour le contrôle de l'appareil politico-économique.
L'histoire de toute la société humaine jusqu'à nos jours s'est déroulée avec des antagonismes de classes qui se manifestent sous diverses formes, selon les époques. C’est ainsi que "l'insociabilité" dont parle Kant a franchi des paliers non négligeables sur l'échelle de la violence dans la mesure où l'Homme tend maintenant, plus que par le passé, à "se séparer" et à être plus féroce envers ses semblables qu’il considère comme des concurrents, des ennemis à abattre pour assurer sa propre survie. L’accent n’est pas mis sur la prépondérance de la communauté qui n’est plus perçue par les individus pris isolément comme un facteur de stabilisation et de protection efficace de leurs personnes et de leurs biens.
La conséquence première de l'exacerbation des contradictions sociales aura été l'inanité de la parole de l'autorité morale sous-tendue par le sacré et le providentiel. De fait, l'efficacité relative que celle-ci avait dans la tribu par exemple, s'est effondrée car l’Homme, pour ne pas compromettre son existence en tant qu'être rationnel, a dû inventer une autre forme d'autorité capable de réfréner l'élan des nouvelles ambitions individuelles et de classes ; au profit de l'intérêt de la majorité. C'est ainsi qu'est né l'Etat doté d'un pouvoir qui est une puissance publique qui n'use plus de morale et d'éloquence, mais plutôt de force (ou violence) qui se veut légitime parce qu'émanant, théoriquement ou réellement, de la volonté générale. Mais en réalité, ce nouveau type de pouvoir tire toute sa légitimité d'une simple tradition : après le dépérissement du pouvoir socio-providentiel, des hommes se sont imposés, le plus souvent de manière violente, comme dirigeants politiques au sein de leur société ; et le bon sens monarchiste de l'époque voulut que la succession à la tête des Etats ainsi constitués se fît exclusivement à l'intérieur des familles traditionnellement dirigeantes. Sans le consentement rationnel et volontaire du peuple ou l'établissement d'un quelconque contrat social, comme l’élection ou toute autre forme de choix cautionné par la majorité des citoyens.
S’il est admis que plusieurs penseurs reconnaissent la nécessité d'un pouvoir public garant de la sécurité individuelle, collective et territoriale, leurs vues sont assez partagées dès que surgit la question de savoir ce que doit être la nature foncière d'un tel pouvoir.
Les philosophes absolutistes comme Kant, Hobbes, Bossuet, entre autres, pensent que "l'homme est un loup pour l'homme" et que le seul moyen de sauver la cité de sa gueule est de recourir systématiquement à une force transcendante qui serait confiée à un homme spécial, un dieu mortel ou Léviathan et qui n'aurait de compte à rendre à personne. Une telle analyse comporte une grosse contradiction étant donné que le soi-disant dieu mortel est lui-même un loup. C'est pourquoi l'efficacité de ce despotisme éclairé qui a englouti les espérances des masses africaines après les Indépendances et qui est encore vivace sur notre Continent malgré cinquante ans d’indépendance, nous paraît une simple vue de l'esprit. En fait, est-il seulement possible de concevoir un Léviathan qui se mettrait au-dessus de la mêlée et qui n'aurait pour seul objet que d'assurer le règne de l'harmonie sociale et la satisfaction des besoins de toute la communauté ? Le pouvoirisme aveugle de la plupart des dirigeants africains est là pour montrer que la réponse est plutôt négative.
Pour les anarchistes et les marxistes aussi, la réponse est un non catégorique, même si les uns et les autres ne donnent point à ce non un même contenu sémantique. Les seconds affirment que l'Etat ne saurait éternellement jouer le rôle d'arbitre des conflits sociaux pour la simple raison qu'il ne peut être transcendant à la société comme le prétendent les défenseurs de l'absolutisme et de la démocratie, d'ailleurs. Au contraire, l'Etat, à travers ses tenants, est partie prenante dans lesdits conflits sociaux et le pouvoir qu'il exerce n'est rien d'autre qu'un moyen de domination qui lui permet, en toute "légitimité", de mettre au pas le prolétariat et ses alliés pour préserver les intérêts d'une classe donnée comme le dit Engels :
L'Etat n'est (…) pas un pouvoir imposé du dehors à la société ; il n'est pas davantage "la réalité de l'idée morale, l'image et la réalité de la raison", comme le prétend Hegel… il est, dans la règle, l'Etat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante…
C'est ainsi que les marxistes ne conçoivent l'Etat qu'en tant que structure transitoire, entièrement contrôlée par les prolétaires, qui doivent le conduire à une société égalitaire. L’Etat est donc un moyen et non une fin. Et l'avènement d'une telle entité, que beaucoup prennent par une pure utopie, devra sonner le glas de l'Etat.
La perception des anarchistes à ce propos est toute autre. Ils clament haut et fort que la dictature du prolétariat et la démocratie sont de gigantesques pièges tendus aux masses populaires par des cliques avides de pouvoir. Toutes deux ont pour dessein majeur l'établissement d'une caste minoritaire au pouvoir politique et économique et n'ont guère plus de légitimité que le pouvoir traditionnel, sacré ou providentiel qui, lui, trouvait son semblant de légitimité dans le respect que la majorité vouait aux différents types de chefs. A leurs yeux, l'altruisme de l'Homme ne fait l'objet d'aucun doute ; de même que l'impérieuse nécessité de lui assurer un épanouissement intégral sur tous les plans. Un épanouissement synonyme de liberté totale, absolue ; ce qui est irréalisable dans une société à Etat. Aussi les anarchistes prônent-ils purement et simplement l'anéantissement de l'Etat, de tous les Etats comme le clame Bakounine : Nous pensons que la politique, nécessairement révolutionnaire du prolétariat, doit avoir pour objet immédiat et unique la destruction des Etats.
Une analyse objective de l'évolution politique de l'humanité donne raison aux anarchistes, tout au moins dans leur manière de percevoir le pouvoir politique. En réalité, la plupart des détenteurs de la puissance publique qu'est l'Etat l'ont le plus souvent mise à profit pour asservir ceux qu'ils sont censés protéger et servir, pour ensuite se servir et se protéger contre la rigueur des lois par eux promulguées. Depuis 1960 c’est malheureusement ce type de dirigeants qui a prospéré en Afrique et qui a poussé des romanciers engagés comme Chinua Achebe (Le démagogue et Les termitières de la savane), Ngugi wa Thiong’O (Devil on the Cross, Matigari), Ayi Kwei Armah (Les beaux ne sont pas encore nés), Ahmadou Kourouma (Les soleils des indépendances), Wole Soyinka (Les Interprètes), entre autres, à écrire leurs romans.
Machiavel est parvenu à la conclusion que tout homme politique use de ruse et de violence pour accéder au pouvoir et s'y maintenir. Cette conviction du politologue italien exprimée au début du seizième siècle sera confirmée plus tard par d'autres spécialistes du pouvoir d'Etat comme Alain et Weber :
J’ai appris que tout pouvoir pense continuellement à se conserver, à s'affirmer, à s'étendre et que cette passion de gouverner est sans doute la source de tous les maux humains.
(…) La violence n'est évidemment pas l'unique moyen normal de l'Etat, cela ne fait aucun doute mais elle est son moyen spécifique.
Cependant, malgré ce constat plutôt amer, est-il sensé d'envisager une seule fois une société humaine sans Etat ? Une telle option pourrait avoir des conséquences beaucoup plus dramatiques que celles engendrées par la dictature sous toutes ses formes : l'Homme n'est pas si débonnaire que le soutiennent les anarchistes même s'il n'est pas non plus si cruel que le pensent les pessimistes. Nous pensons comme Hegel et beaucoup d'autres philosophes du dix-huitième siècle (Siècle des Lumières), que l'appartenance des individus à un Etat est le reflet de leur rationalité, de leur humanité. Autrement dit, tout individu doit volontiers accepter de faire partie d’un Etat et d'y dissoudre sa parcelle de pouvoir, de violence. Mais faudrait-il aussi, et c'est là que le bât blesse le plus, que ceux qui sont investis de la somme des violences individuelles soient suffisamment équilibrés, honnêtes et respectueux des lois découlant du contrat social pour l’utiliser pour le bien public et non contre le peuple ou des adversaires comme le dit si bien Rousseau : (…) Le souverain (…) ne peut charger les sujets d'aucune chaîne inutile à la communauté : il ne doit même pas le vouloir…
Un tel pouvoir qui jouit d'une légitimité contractuelle entre les gouvernants et les gouvernés, ne peut se trouver qu'à la tête d'un Etat de droit qui place les libertés de l'Homme, sa sécurité et tous ses droits légitimes au-dessus de toute autre considération partisane. Ce système, appelé démocratie, il faut bien le savoir, est une quête perpétuelle dans tous les pays du monde et ne se donne jamais sur un plateau d’argent. En d’autres termes, elle n’est pas offerte par des individus, mais plutôt arrachée par le peuple au prix de sacrifices quelquefois énormes face à des dirigeants politiques qui rêvent de légitimité traditionnelle, voire sacrée. En un mot, le pouvoir politique et ceux qui l’exercent ne sont que ce que le peuple décide qu’ils soient…


Pr. Gorgui DIENG
Laboratoire d’Etudes africaines et postcoloniales
Département d’Anglais
Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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Commentaires
MON AVIS
Trés objectif monsieur, mais je pense maintenant le peuple sénégalais est trés mature pour pouvoir choisir le type de dirigeant kil veut.
Ecrit par: Dada Fall | 07/12 12:09PM


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