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L’année 2012 ou les défis de l’an un des révolutions arabes !
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L’année 2011 a été une année exceptionnelle pour le monde arabe. En effet, longtemps gouverné par des dictateurs corrompus, le monde arabe a finalement rejoint l’universel de la démocratie et des libertés. Beaucoup avait gloussé un monde resté en dehors de l’histoire à se remémorer ses grandeurs passées ! Ils étaient persuadé que l’Arabie restera enfermé dans ses certitudes et incapables de rejoindre les appels à une nouvelle civilité que toutes les régions du monde avaient fini par rejoindre et célébrer. Les dictateurs étaient les premiers à se penser éternels et à pouvoir échapper au nom d’une pseudo-spécificité aux vents de la liberté et de la démocratie !


Mais, toutes ces certitudes ont volé en éclats lorsque Mohamed Bouazizi a commis, le 17 décembre 2010, avec courage l’irréparable pour dénoncer marginalité, désespoir et oppression. Cet acte a ouvert la voie à une série de révolutions et de craquements qui ont traversé le monde arabe et qui ont porté avec eux trois dictateurs. Mais, plus que la chute des mamelouks des temps modernes, ces révolutions ont définitivement fermé l’ère de l’autocratie et ouvert une nouveau moment historique dans le monde arabe en faisant de la démocratie et des libertés les fondements de la nouvelle expérience historique dans nos contrées.

L’année 2011 a été celle de la ferveur révolutionnaire dans tous les pays arabes. Le champ de la contestation et de la dissidence s’est étendu d’une manière imprévisible à tous les pays. Cette extension et l’ampleur des mobilisations ont montré contrairement au dogme orientaliste que le monde arabe n’était pas fermé à l’utopie de la liberté et de la démocratie. La révolution a pris des chemins différents lors de l’année qui vient de s’écouler dans le monde arabe.

Si la révolution a pu vaincre dans certains pays rapidement et avec des pertes humaines limitées comme c’est le cas en Tunisie ou en Egypte, d’autres pays ont connu l’horreur de la guerre comme en Lybie ou une répression d’une rare sauvagerie comme en Syrie, ou l’intervention des « armées frères » pour mater la révolution comme au Bahreïn. Mais, cette dissidence démocratique ne s’est pas limitée à ces pays mais elle est devenue une lame de fond et une espérance qui mobilise le corps social dans tous les pays arabes.

Parallèlement à la révolution, les pays arabes ont également expérimenté lors de l’année écoulée et pour la première fois dans leur histoire des élections libres et démocratiques. Ces élections se sont terminées dans la plupart des cas par une victoire éclatante des islamistes. Des victoires perçues par beaucoup comme un paradoxe dans la mesure où l’islamisme politique n’avait participé que de manière faible dans ces révolutions marquées par une forte mobilisation de la jeunesse et de la cyberdissidence. Ainsi, était-il paradoxal, pour beaucoup, que la révolution des libertés et de la post-modernité et du monde virtuel emmènent au pouvoir des forces jugées anti-modernes et hantés par un retour au monde de la divinité !

Mais, plusieurs facteurs expliquent cette victoire des islamistes dont une forte islamisation par le bas des sociétés sur un fond de développement du conservatisme social qui a trouvé dans l’islam politique son expression. Certains ont exprimé dans ce vote islamiste un rejet du monde de la modernité auquel ils n’ont jamais pu accéder et un cri de désespoir face à des années de marginalisation et de misère politique et sociale.

D’autres ont évoqué des facteurs plus politiques qui ont également contribué à ce succès dont la force de l’appareil et de l’organisation des islamistes, la division et l’éparpillement des forces démocratiques et libérales, l’explosion de partis ou de listes qui ont rendu le choix des électeurs difficiles ou l’utilisation des mosquées dans les batailles politiques. L’ensemble de ces facteurs ont conduit à un succès éclatant de l’islam politique qui est devenu le principal bénéficiaire des révolutions arabes. Cette victoire, même si elle était attendue, et surtout son ampleur ont nourri beaucoup de scepticisme et un grand désenchantement et certains n’ont pas hésité à dire que l’espérance née des printemps arabes est en train d’être emporté par le froid glacial des hivers de la restauration religieuse.

L’année zéro de la révolution a été une année de ferveur, d’enchantement mais aussi d’un certain scepticisme voire même de désillusion pour certains. L’année une de la révolution que nous venons d’entamer sera elle aussi pleine de défis et particulièrement les pays arabes devront tout au long de cette année faire l’apprentissage du pluralisme et d’une véritable réinvention et réappropriation de l’utopie démocratique et la définition de nouveaux modèles sociaux. Au niveau politique, le vent de la liberté et de la démocratie continuera à nourrir les rêves et à alimenter l’espoir de révolte.

Les mobilisations vont se poursuivre et il faut que les différentes institutions dont les partis, les syndicats, et les institutions régionales puissent faire de la poursuite des transitions démocratiques leurs objectifs et priorités pour l’année en cours.

Le monde arabe a rompu avec l’autoritarisme qui a caractérisé les pouvoirs post-nationalistes et cette onde de choc démocratique va se poursuivre et se nourrir des rêves et des espérances de fractions sociales de plus en plus larges. Il est nécessaire de favoriser ces transitions en cours afin qu’elles puissent se faire de manière pacifique car même les régimes les plus déterminés, comme c’est le cas en Syrie, ne sauront résister à ce rêve ! Désormais, les utopies sont de retour et ceux qui ont pensé les avoir enterré se rendent aujourd’hui à l’évidence ! Les espérances collectives sont d’autant plus vivantes qu’elles nourrissent le rêve de la liberté et dans l’histoire elles n’ont jamais été aussi fortes que lorsqu’elles ont cherché à libérer le sujet de ses chaines et de l’oppression !

La réinvention de la démocratie se fera également dans les pays qui ont effectué leurs révolutions et ont organisé leurs élections. Les élections dans la plupart des pays ont été à l’origine d’un retour en force de l’islam politique sur les scènes politiques. Ces victoires ne sont pas sans susciter d’importants débats sur l’avenir ou les contours de la démocratie dans le monde arabe. Or, si les composantes majoritaires de l’islamisme politique déclarent haut et fort qu’elles ont rompu avec le mythe de l’âge d’or et qu’elles se rattachent aux principes de la démocratie et du pluralisme, d’autres fractions, dont les salafistes qui ont profité de la démocratie pour effectuer un retour en force à tous les niveaux de la vie sociale, n’hésitent pas à rappeler le mythe du Califat et une sortie définitive de la démocratie perçue comme le produit d’un Occident impie !

Cette année sera marquée par la concurrence de ces différentes formes et expressions de l’islam politique autour du modèle politique à construire. Elle sera aussi marquée par les batailles que les forces démocratiques, la société civile et les différentes associations ont commencé à mener et qui a déjà emmené les « gagnants des élections » à faire des reculs et à prendre des engagements quant à leur détermination à défendre les libertés et les droits. Mais, ici et là, des gestes et des déclarations ne sont pas sans semer les doutes et les inquiétudes.

C’est à travers ces luttes, ces conflits à venir et ces alliances entre les différentes forces politiques, sociales et civiles que les printemps arabes accoucheront de leurs propres démocraties. Une démocratie qui sera certainement différente de celle héritée des siècles des Lumières en Occident et qui sera marquée par des trajectoires politiques et sociales différentes. Mais, cette réinvention et la réappropriation de la démocratie ne peut se faire que dans le cadre du respect et de la réaffirmation des droits des femmes et des libertés fondamentales dont celle d’expression, d’organisation, d’opinion et de création.

L’autre enjeu essentiel de cette année se situe dans le domaine économique et social. L’année passée a été celle de l’explosion de la demande sociale héritée de plusieurs décennies de marginalisation et d’inégalité sociale et régionale. L’ampleur de cette contestation et de la mobilisation sociale ont parfois bloqué des secteurs essentiels de l’activité économique.

L’année qui commence devrait être celle de la réinvention d’un nouveau modèle économique et social qui rompt avec les années « consensus de Washington » où la stabilité macroéconomique était la principale préoccupation de nos stratégies de développement. Certes, la définition d’un nouveau modèle économique et social demandera plusieurs années. Mais, il sera essentiel lors de la nouvelle année de tracer les grandes lignes d’une nouvelle ambition même s’il nous faudra plusieurs d’années pour l’exécuter.

Cette ambition doit effectuer une rupture majeure avec le passé et la gestion « effrayée » de l’économie. Nous devons sortir des schémas construits autour de la stabilisation, des économies, de la rigueur, et de l’équilibre pour nous fixer l’émergence comme l’horizon de nos sociétés. Toutes les régions du monde sont sorties de la marge pour rentrer avec fracas dans l’ère de l’émergence et de la richesse à l’exception du monde arabe resté soumis aux schémas anciens et renfermé dans la gestion de ses rentes. Les printemps arabes doivent ouvrir une nouvelle temporalité où le monde arabe doit s’inscrire dans le grand basculement du monde qui a annoncé la fin du modèle occidental et le recentrement du monde vers l’Asie, l’Amérique Latine ou l’Afrique.

Notre entrée dans le temps du monde commence aujourd’hui et ne peut s’accommoder du retour à nos mythes fondateurs ou d’une quête d’une pseudo-identité fondatrice qui ne feront qu’accélérer notre sortie de l’histoire. Cette ambition de contribuer à l’écriture de la marche de l’histoire ne peut se faire que par notre investissement dans la connaissance, la recherche et l’innovation qui nous permettront d’être à la frontière de la technologie et de l’intelligence. L’année 2012 ne sera pas facile.

Elle le sera d’autant plus que nous ne pourrons que compter sur nos propres ressources et notre ingéniosité dans la réinvention de notre rapport au monde moderne. Espérons que cette intelligence collective qui a su mettre à genoux nos mamelouks et ouvrir la temporalité démocratique nous permettra de réinventer un système politique et un modèle de développement qui inscriront notre expérience dans celle de l’humain !
PAR HAKIM BEN HAMMOUDA

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