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En Côte d’Ivoire, la confiscation du pouvoir par Laurent Gbagbo vient démontrer à tous les démocrates que pour sécuriser la démocratie il est primordial que les institutions devant la présider soient neutres et stables. La présence, la supervision et la certification par les Nations Unies du processus électoral a été un élément important qui a fait sauter à la face du monde entier l’évidence d’une confiscation insensée du pouvoir par Laurent Gbagbo aux dépens d’Alassame Ouattara qui a gagné les élections d’une manière limpide. Les démocrates du Sénégal ont beaucoup d’enseignements à tirer de ce processus en vue des élections présidentielles qui se préparent pour 2012. Les américains à travers les révélations récentes de Wikileaks, se fondant sur la réalité politique au Sénégal, ont prédit ce que tous les esprits avertis savent au Sénégal : le pouvoir en place n’a aucune chance de gagner les élections de 2012 à moins de procéder à une fraude massive dont les conséquences peuvent être incalculables. Toutefois, le constat malheureux est que Wade a fait des nominations sans aucun consensus aussi bien à la Commission électorale nationale autonome (CENA) qu’au niveau du conseil constitutionnel, les deux institutions sensées superviser et proclamer les élections. Il faudrait donc s’attendre, si l’opposition ne s’active pas dès à présent, que Wade en cas de défaite en 2012, légalise son pouvoir en se faisant proclamer président de la république avec le soutien de ces deux institutions qu’il va essayer de domestiquer de toutes ses forces. Après cela disons bonjour aux couvre-feux pour s’imposer. En outre, le constat important qu’il faut faire aujourd’hui est que Wade ayant la main-mise sur ces deux institutions stratégiques et le ministère de l’intérieur a plus de pouvoir que Laurent Gbagbo qui ne s’est fondé que sur la cour constitutionnelle en dernier ressort pour s’accrocher à tout prix. Le pouvoir sénégalais après avoir constaté que le peuple lui a tourné le dos fera tout pour se maintenir de manière artificielle et il appartient à l’opposition et à la société civile d’entamer le plutôt possible le combat de la transparence pour faire infléchir Wade et son régime sur trois points importants : 1) Exiger que toutes les institutions qui interviennent dans les élections (y compris le ministère de l’intérieur comme ce fut le cas avant les élections de 2000) soient consensuelles; 2) Demander que les élections de 2012 soient certifiées par les Nations Unies; 3) Exiger que le fichier électoral soit consensuel. Le dialogue social et politique tant évité par le pouvoir en place doit être remis au goût du jour (il n’est pas trop tard) car la transparence des futures élections en dépend très largement. Il est crucial que les forces politiques et la société civile du Sénégal ne se réfugient pas seulement sur le refus de dialogue d’Abdoulaye Wade pour croiser les bras car le statu quo actuel profite largement au régime libéral. Une dernière leçon que les sénégalais doivent tirer des élections ivoiriennes c’est que c’est un rassemblement solide autour de Ouattara qui lui a fait gagner les élections. Donc à défaut d’avoir une opposition soudée autour d’une candidature unique il serait stratégique de créer un regroupement de quelques poids lourds significatifs de l’opposition. Ceci donnera à toute entité d’opposants crédibles toutes les chances de l’emporter au second tour. Avec la configuration politique qui en découlera Wade n’aura aucune chance de l’emporter face au candidat qu’il aura en face. Toutes ces précautions sont à prendre sous réserve que la cour constitutionnelle, avec une application juste du droit, invalide la candidature du président Wade, mais pendant ce temps il ne faut pas laisser le temps au pouvoir de vicier le processus électoral. Ibrahima Gassama, MontréalÉconomiste spécialisé en développement durableigassama@gmail.com
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