Cette terre verte et chaude m’a vu naître.
Dans la disette et l’abondance j’ai su paître.
Mes premiers pas frêles, mais j’ai tenu comme un maître.
La vie ne te fera pas de cadeau, c’est dit par le prêtre.
Apprends à te contenter d’une ou deux bouchées.
Tu formeras ta carapace et jamais tu ne seras touché.
Je l’ai cru et c’est ainsi que j’ai appris à bouger.
Le ventre creux mais la tête déjà pleine faut pas juger.
Quand les gouttes tombent sans cesse apparaît bientôt une marre.
Pour remplir les coins et recoins de ta jarre.
J’ai marché la tête haute sans regrets et sans égards.
Croyant pouvoir inverser la tendance.
Fallait renverser la courbe de la balance.
Mais c’était sans compter avec la loi de l’homme et de la guerre.
Aie! J’ai vu passer des bombes et missiles comme des éclairs.
Emportant rêve, doute et frères.
C’était il y a dix ans quand je quittais ma chère terre.
L’ethnie de mon cousin a anéanti celle de ma belle sœur.
J’ai vu partir les miens dans la peur et la terreur.
L’âme meurtrie j’ai eu le courage de serrer les corps dans mon cœur.
Les échos de ma voix me reviennent dans mes pleurs.
C’était il y a dix ans quand je quittais ma terre chère.
J’ai fui mes bourreaux et traversé les océans.
Mon histoire ses poursuivie dans les abords du lac Saint Jean.
Ne me demandez pas de vous faire encore un bilan.
Le royaume des mes ancêtres reste logé dans mon inconscient.
C’était il y a dix et aujourd’hui je renais de mes cendres.
Certains ont essayé de me comprendre avec des mots tendres.
Mais à chaque petit souvenir je sens mon être se fendre.
Non, pas de pitié j’ai réussi à vivre au Québec.
Car sans le choix faut que je fasse avec.
Tenir mon destin en main ongle et bec.
C’est pour vous dire qu’on apprend de ses échecs.
Si la vie te joue des tours, tu te suffis du peu.
Dans les joies et les peines tu ne peux mettre le feu.
Ceux qui ne comprennent pas disent que c’est Dieu
Je vous dirai ma version des faits avant de faire mes adieux.
Je crois à l’égalité noir, blanc, jaune et hébreu.
Ceux qui opposent tentent juste de mieux régner.
C’est une loi de la guerre pour bien gagner.