BLOG DE LAMINE NIANG

   Le Monument de la digression [02/01 05:25PM]   
Évaluer le texte  

Trois heures du matin, la sonnerie du téléphone retentit. Je me réveille en sursaut les nerfs en pelote. Avec un corps lourdement engourdi par cette belle soirée  accompagnée de débats passionnants sur l’intérêt de la polygamie,  je peine à retrouver le combiné. En un éclair, des multitudes de pensées percutent mes neurones et tentent d’expliquer la raison de cet appel nocturne. Surement une mauvaise nouvelle. Je décroche le téléphone et,  au bout du fil,  cette voix que je reconnaitrais parmi des milliers d’autres s’esclaffe  d’abord  avant de me balancer de minables excuses.  Il n’y a qu’une seule personne pour oser me faire de tels coups. Un ami presque un frère. Le décalage horaire l’importe peu dès qu’il veut discuter  d’un sujet sur la politique ou touchant la misère sociale des populations. Tu sais, je ne tenais plus à l’idée de t’appeler, me lance-t-il. T’as suivi le débat télévisé des théologiens autoproclamés  sur le Monument de la Renaissance? Ah! Cet objet payé à coups de milliards et que son auteur considère comme œuvre d’art fera couler beaucoup d’encre et de salive, me dis-je, dans ce pays qui périclite petit à petit. Oui, j’ai regardé une partie, lui réponds-je. Qu’en penses-tu alors ? Fulmine-t-il. C’est débile toute cette histoire autour d’un truc qui met en  différé toutes nos autres préoccupations sociales et quotidiennes, n’est-ce pas? Sa voix prend le timbre de celles de  ces millions  de parias et miséreux qui souffrent dans leur chair en permanence sans jamais se plaindre à haute voix. Un mari qui tente d’étouffer les souvenirs de sa  femme  morte en donnant la vie faute de soins adéquats. Une mère qui pleure en sourdine le voyage sans retour d’un fils emporté par les océans migratoires. Un jeune qui vivote dans l’espoir que demain sera meilleur.
T’oublies qu’au Sénégal, je lui rétorque, lorsqu’un nouveau sujet est soulevé, il faut d’abord l’épuiser à fond avant de passer à autre chose. Ce qui intéresse maintenant la population, c’est moins les sommes faramineuses et incompréhensibles dépensées à cet effet, que la légitimité religieuse d’une telle statue. Des personnes qui ne savent même pas la direction de la Kaaba ou qui s’attèlent au quotidien à des actes répréhensibles vont se muer en érudits de l’islam et pérorer  à longueur de journée sur l’acceptation ou pas de la sculpture. Et notre cher mégalomane de président, qui veut toujours avoir raison sur son monde, va s’inviter au débat religieux pour défendre son bijou. Chacun tire la couverture de son côté par des références dogmatiques sous-tendues par des intentions personnelles inavouées.
Aurait-on commis assez de péchés qui nécessitent une catharsis collective par le biais d’un rejet d’une statue? Le vrai débat est ailleurs. En effet, on ne devrait pas donner l’occasion à des bandits enturbannés qui ne pensent qu’à leur ventre et à leur bas-ventre de nous tympaniser avec la recevabilité religieuse d’un monument. Ceux qui attisent ce débat, qu’ils soient dans  l’opposition ou du côté du pouvoir, tiennent entre leurs mains une  vraie bombe à retardement avec l’instrumentalisation politique de la religion. La foi et la culture sont autant de sujets qui peuvent se transformer en un véritable catalyseur du dialogue entre les hommes et les peuples si elles sont utilisées à bon escient. Pareillement, elles peuvent se révéler être de vrais boomerangs si l’objectif visé dans leur utilisation est purement manipulateur ou démagogique. Le président de la république,  obsédé  en permanence par l’usage de subterfuges politiques pour se tirer d’affaire, a voulu essayer un énième coup de poker. Ainsi, n’ayant pas réussi à faire avaliser sa construction auprès des musulmans et voyant que le feu est également ouvert de la part de l’Église catholique, il a  cherché à dresser une communauté religieuse contre  une autre en pointant du doigt ce qui lui semble être une divinité absurde de Jésus représentée par la Croix chez les chrétiens. Hélas, il a joué et a perdu.
Ce qui est regrettable après tout, c’est comment en est-on arrivé à une situation aussi inattendue?  À partir d’un simple édifice dont l’utilité ne satisfait en réalité  que le plaisir des yeux qui s’y attardent, on a accepté naïvement de transiter  d’une bataille politique à une autre cultuelle. La propagande est passée par là, mais elle a servi cette fois ci une frange de l’opposition et une presse en quête de sensationnalisme. Le vrai sacrilège c’est moins d’avoir construit une statue inutile que d’oser interpeller la religion sur la question. C’est cela la vraie poudre aux yeux. Dans un pays laïc qui a  eu la chance de s’affranchir de la volonté de certains illuminés qui ne rêvent que de voir la charia appliquée, réveiller la fibre religieuse pour  des desseins politiques et personnels est à la fois cynique et pathétique.
La seule  préoccupation de nos compatriotes et plus particulièrement des politiciens devrait être de poursuivre le combat de la communication sur la pertinence d’une telle réalisation devant la misère des populations et non d’invoquer son caractère religieux, car nous avons toujours cohabité avec des sculptures sans pour autant tomber dans le paganisme. Nous devons nous estimer heureux que notre islam dans sa dimension formelle ne ressemble pas à celui des Afghans et des Saoudiens malgré les vaines tentatives des certains groupes islamistes en perte d’audience. C’est cela qui fait notre force et qui explique notre tolérance envers les minorités avec lesquelles nous nous brassons depuis longtemps.  Exercer librement sa foi religieuse devrait être partout un droit inaliénable. De même, laisser des politiciens véreux et des entreprises de presse cupides se nourrir de l’ignorance et du fanatisme de circonstance de la masse populaire est tout aussi inacceptable.  Non, la fin ne justifie par toujours les moyens!
 

nianlamine@hotmail.com



   Trackbacks

    URL Trackback: http://www.xalimablog.com/trackback/1327

   Commentaires
Le prix de l'art
Toutes ces manoeuvres politiques sont d'autant plus rebutantes que Wade a déplacé le débat sur le terrain de la relgion dans le seul but de ne pas perdre la face. Quoi de plus pathétique qu'un président prêt à jouer les pyromanes (quoi qu'il en dise, c'est bien lui qui a craqué l'allumette) pour flatter son ego. Tout ça nous a éloigné de la vraie question à savoir: une oeuvre d'art de plusieurs milliards a-t-elle une place dans une société ou il n'est pas rare de sauter un repas faute de moyens? À l'inverse: la beauté doit-elle toujours être occultée par la faim? Je n'ai pas la réponse à ces questions mais c'est là, à mon humble avis, que se situe le véritable débat entourant ce monument.
Ecrit par: Khady | 07/01 10:56PM


Wade tente une fois encore de déstabiliser l’opposition avant de l’entraîner dans un guet-apens Pendant qu’il clame dans son adresse à la Nation le 31 décembre 2009 qu’il est « prêt à faire droit aux revendications de l’opposition », Wade entreprend activement une action de déstabilisation contre l’opposition. En tout cas, dans l’entourage de la ministre « concrétiste » chargée du démarchage, l’appât du gain a eu raison du ventre mou de l’APR, et dès les premiers jours de janvier, ce responsable important aura une audience avec Wade, laquelle sera largement médiatisée. Pour se justifier, il semble que le responsable en question servira à la presse un argument fallacieux en prétendant que ce n’était pas l’APR qui a été invité par Wade, et qu’en tant que citoyen, il avait le devoir de répondre à l’appel du président de la république ; alors qu’en invitant ceux qui avaient quitté son parti à revenir, Wade a agi en chef de parti et non en chef de l’Etat. En tout état de cause, l’affaire fait penser à Gaïndé Fatma qui disait qu’on peut ne pas avoir d’honneur (« ngor »), mais une fois qu’on l’a, on ne peut pas le monnayer parce qu’il se trouve dans les veines. Quoiqu’il en soit, il s’agira d’un véritable coup d’éclat dont les conséquences se sentiront à deux niveaux. Macky Sall, dont la sincérité ne souffrait jusque là d’aucune équivoque, va voir sa crédibilité entamée. Ensuite, la suspicion va gagner ses partenaires de « Bennoo », et ses propres militants au Sénégal et à l’étranger. Cette perspective permettrait à Wade d’une part de semer la zizanie au sein de l’opposition, et d’autre part, de briser l’élan de Macky qui n’arrête pas de pêcher dans ses eaux. Par ailleurs, lorsque Wade prône la séparation des pouvoirs pour déclarer qu’une fois le consensus trouvé à propos des modifications à apporter au code électoral le reste appartiendra aux députés qui en décideront souverainement, il tente d’entraîner l’opposition dans un guet-apens. Depuis l’existence de cette majorité dont la légitimité est douteuse parce qu’élue par moins de vingt pour cent des électeurs sénégalais, Wade a violé tous les principes fondamentaux de droit et piétiné plus d’une fois l’éthique républicaine. Grâce à cette majorité factice, il a pratiqué des modifications substantielles sur la constitution sans consulter le peuple, il a même fait adopté une loi d’amnistie en faveur de détenus ayant commis un crime de sang. C’est dire que les modifications qui seront traduites en lois, traduiront exclusivement la volonté de Wade. L’opposition doit savoir que pour Wade la véracité et la loyauté ne figurent pas au nombre des vertus politiques. L’homme qui est imbu de sa personne a toujours estimé qu’il est meilleur et plus méritant que tous les autres. C’est pourquoi durant ses années d’opposant, il a accumulé amertume, ressentiments et frustrations qui ont fini par secréter une solide carapace qui a gravement atrophié sa sensibilité, son humanisme, son affectivité. Dans ses discours, il obéit aux recommandations de machiavel en se montrant « grand simulateur et dissimulateur, pour paraître pitoyable, fidèle, humain, généreux ». Emmuré dans cette personnalité cynique depuis l’alternance, Abdoulaye Wade a perdu tout contact avec le réel et pour cause, tout ce qui, en lui, constituait l’éminence humaine a fortement dépéri. Son discours de la Saint-Sylvestre tout teinté d’un accent triomphal, prouve s’il en était encore besoin, son indifférence pour les souffrances inhérentes à la situation d’appauvrissement dans laquelle il a plongé le peuple après dix années de pouvoir (selon l’ONG Africa baromètre, le Sénégal est devenu le pays le plus pauvre de l’Afrique de l’Ouest). AWA.
Ecrit par: | 03/01 07:11PM

oiseau blanc
vraiment monsieur je trouve que votre article est d'autant plus pertinent qu'il pourrait consister une rférence dans tous les débats portant sur cette ignominie de notre chère président.il a échoué sur toute la ligne, dans ses oeuvres dans sa penséé et dans le souvenir regretté de tous les sénégalais.vraiment il n'a aucun mérite devant la scène du sénégalais qui espérait tant assister au jour du grand sourire et de la liesse des ames.dans les artères de nos souvenirs, il n'est qu'une cellule morte acheminée tendrement vers les la déverse.il a fini de ne rien prouver abdou laye waat.
Ecrit par: mansour diaw | 03/01 01:04PM


   Poster un commentaire
Nom:


Email:


2 + 1 = ?

S'il vous plaît écrivez-dessus a somme de ces deux nombres entiers

Titre:


Commentaires:


Code:

A propos de l'auteur

 Diplômé des Sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Montréal, Lamine Niang enseigne à Montréal. Il coanime l'émission Africa Demb sur radiovivaafrica.com tous les dimanches à 19 heures.

Contactez l'auteur

Information
Catégories
société
politique
Notes récentes
Voter Macky Sall: un impératif
[04/03 04:23AM]
Wade le criminel
[02/02 04:19AM]
Arrêtez ce cirque!
[22/11 01:39AM]
Fin des haricots pour le guide libyen
[26/10 02:53AM]
Papa, je veux devenir lutteur quand je serai grand
[19/08 11:51PM]
Albums photo


Mes Amis


Mes Liens
http://mopaya.rcinet.ca/
http://blackbazar.blogspot.com/

Mes Livres
La Guerre et la Paix
Crime et Châtiment
Nations nègres et Culture

Ma Musique
RADIO VIVA AFRICA







A service of xalimablog.com