Avec l’avènement de la mondialisation, nous assistons de plus en plus à l’effondrement des barrières linguistiques, frontalières et même culturelles. Beaucoup de pays qui étaient jadis renfermés sur eux-mêmes ouvrent dorénavant leurs portes aux flux migratoires et voient leurs peuples se mélanger aux étrangers. Partant, les limites des tabous religieux et culturels se voient repoussées au jour le jour. Ainsi, si dans le passé, les mariages se limitaient dans la plupart des cas entre les membres de la même communauté ou entre les personnes qui partagent la même sphère géographique, il va sans dire que depuis quelques décennies, cette tendance est en désuétude. En effet, il n’est pas rare de voir des Sénégalais lier leur destin avec un partenaire d’une origine différente et plus particulièrement avec des blancs. On est tenté de se demander ce qui explique l’engouement d’un tel phénomène. Rejet de nos semblables? Envie d’ouverture? Protection sociale?...
Si l’amour est à la base de beaucoup de ces relations mixtes, il faut toutefois avouer que d’autres raisons peuvent expliquer le désir de fonder une famille avec l’étranger. Pour beaucoup de filles sénégalaises, vivre avec un blanc est plus facile eu égard aux nombreuses pesanteurs sociales qui viennent compromettre la bonne harmonie du couple. L’emprise des belles familles qui sont, dans une grande proportion, à l’origine des conflits conjugaux est inexistante. On peut paisiblement mener sa vie sans trop se soucier des interminables sacrifices et autres devoirs envers les membres de la famille de l’époux. De même, on est quasi certaine avec un mari blanc de ne pas subir les contraintes d’une probable coépouse. La polygamie étant en effet le régime matrimonial auquel sont souscrits la grande majorité des hommes sénégalais. S’y ajoutent d’autres petits détails que les femmes chérissent et qui font cruellement défaut à beaucoup d’hommes comme celui de s’adonner volontairement à des tâches ménagères exclusivement dévolues aux femmes naguère.
Du côté des hommes, même si on reconnaît que de plus en plus de femmes noires partagent maintenant les dépenses ménagères avec leur époux, il est à regretter que les femmes sénégalaises, contrairement aux blanches, sont plus enclines aux gaspillages et autres dépenses inutiles. Ainsi, les économies faites, s’il y a lieu, et qui devraient être épargnées pour réaliser des projets communs et préparer, par exemple, l’avenir des enfants, sont dans, la plupart des cas, dilapidées pendant les cérémonies familiales et les évènements purement mondains. Pour beaucoup d’autres, l’argent gagné doit d’abord servir à garder une bonne apparence en garnissant davantage la garde robe et en remplissant encore plus les coffres de bijoux.
Il faut toutefois avouer que marier une personne d’une autre culture peut également comporter des obstacles dont le plus important est le choc culturel. Il est clair que vivre quotidiennement sous le même toit avec quelqu’un revient à faire des compromis et, dans certains cas, à mettre en veilleuse une partie de notre propre culture. En effet, dans une vie conjugale, on se trouve relativement dans l’obligation d’accepter les us et coutumes de l’autre avec leur cortège de renoncements voire d’oubli de soi. Et l’on s’attend toujours à ce que cela soit toujours réciproque. Ainsi, pour beaucoup de Sénégalais vivant à l’étranger et mariés à un Occidental, la pression est encore beaucoup plus grande, car ils sont dans une terre d’accueil et doivent faire face à une culture dominante. Si l’avantage de ce brassage est d’en apprendre davantage sur les grandes différences et, en passant, sur les qualités sous jacentes à une autre culture, cela nous permettra également d’adopter une distanciation critique sur nous-même et sur nos valeurs intrinsèques. Par contre, là où le bât blesse, c’est lorsque l’ouverture dont on fait montre n’est pas réciproque et qu’on se positionne en permanence dans une attitude de réceptacle. C’est pour dire que l’entente d’un couple mixte passe aussi par la valorisation des traditions et des croyances de chaque partenaire.
Le mariage nécessite sans doute l’existence d’un respect mutuel et sincère. Chacun devrait y trouver sa place et s’y sentir à l’aise à tous les niveaux. Si des frictions et autres malentendus sont inévitables de temps en temps comme dans toutes les interactions interpersonnelles, force est de constater que, dans un ménage reliant deux individus aux cultures différentes, «le rendez-vous du donner et du recevoir» cher à Senghor doit demeurer un crédo biblique des deux partenaires.