BLOG DE LAMINE NIANG

   Le mariage mixte ou la mondialisation de la vie conjugale [12/01 04:05AM]   
Évaluer le texte  

Avec l’avènement de la mondialisation, nous assistons de plus en plus à l’effondrement des barrières linguistiques, frontalières et même culturelles. Beaucoup de pays qui étaient jadis renfermés sur eux-mêmes ouvrent dorénavant leurs portes aux flux migratoires et voient leurs peuples se mélanger aux étrangers.  Partant, les limites des tabous religieux et culturels se voient  repoussées au jour le jour. Ainsi, si dans le passé, les mariages se limitaient dans la plupart  des cas entre les membres de la même communauté ou entre les personnes qui partagent la même sphère géographique, il va sans dire que depuis quelques décennies, cette tendance est en désuétude. En effet, il n’est pas rare de voir des Sénégalais lier leur destin avec un partenaire d’une origine différente et plus particulièrement avec des blancs. On est tenté de se demander ce qui explique l’engouement d’un tel phénomène. Rejet de nos semblables? Envie d’ouverture? Protection sociale?...

Si l’amour est à la base de beaucoup de ces relations mixtes, il faut toutefois avouer que d’autres raisons peuvent expliquer le désir de fonder une famille avec l’étranger. Pour beaucoup de filles sénégalaises, vivre avec un blanc est plus facile eu égard aux nombreuses pesanteurs sociales qui viennent compromettre la bonne harmonie  du couple. L’emprise des  belles familles qui sont, dans une grande proportion, à l’origine des conflits conjugaux est inexistante. On peut paisiblement mener sa vie sans trop se soucier des interminables sacrifices et autres devoirs envers les membres de la famille de l’époux. De même, on est quasi certaine avec un mari blanc de ne pas subir les contraintes  d’une probable coépouse. La polygamie étant en effet le régime matrimonial auquel sont souscrits la grande majorité des hommes sénégalais. S’y ajoutent d’autres petits détails que les femmes chérissent et qui font cruellement défaut à beaucoup d’hommes comme celui de s’adonner volontairement à des tâches ménagères exclusivement dévolues aux femmes naguère.

Du côté des hommes, même si on reconnaît que de plus en plus de femmes noires partagent maintenant les dépenses ménagères avec leur époux, il est à regretter que les femmes sénégalaises, contrairement aux blanches, sont plus enclines aux gaspillages et autres dépenses inutiles. Ainsi, les économies faites, s’il y a lieu, et  qui devraient être épargnées pour réaliser des projets communs et préparer, par exemple, l’avenir des enfants, sont dans, la plupart  des cas, dilapidées pendant les cérémonies familiales et les évènements purement mondains. Pour beaucoup d’autres, l’argent gagné doit d’abord servir à garder une bonne apparence en garnissant davantage la garde robe et en remplissant encore plus les coffres de bijoux.

Il faut toutefois avouer que marier une personne d’une autre culture peut également comporter des obstacles dont le plus important est le choc culturel. Il est clair que vivre quotidiennement sous le même toit avec quelqu’un revient à faire des compromis et, dans certains cas, à mettre en veilleuse une partie de notre propre culture. En effet, dans une vie conjugale, on se trouve relativement dans l’obligation  d’accepter les us et coutumes de l’autre avec leur cortège de renoncements voire d’oubli de soi. Et l’on s’attend toujours à ce que cela soit toujours réciproque. Ainsi, pour beaucoup de Sénégalais vivant à l’étranger et mariés à un Occidental, la pression est encore beaucoup plus grande, car ils sont dans une terre d’accueil et doivent faire face à une culture dominante. Si l’avantage de ce brassage est d’en apprendre davantage sur les grandes différences et, en passant, sur les  qualités sous jacentes à une autre culture, cela nous permettra également d’adopter  une distanciation  critique sur nous-même et sur nos valeurs intrinsèques. Par contre, là où le bât blesse, c’est lorsque l’ouverture dont on fait montre n’est pas réciproque et qu’on se positionne en permanence dans une attitude de réceptacle. C’est pour dire que l’entente d’un couple mixte passe aussi par la valorisation des traditions et des croyances de chaque partenaire.

Le mariage nécessite sans doute l’existence d’un respect mutuel et sincère. Chacun devrait y trouver sa place et s’y sentir à l’aise à tous les niveaux. Si des frictions et autres malentendus sont inévitables de temps en temps comme dans toutes les interactions interpersonnelles, force est de constater que, dans un ménage reliant deux individus aux cultures différentes, «le rendez-vous du donner et du recevoir» cher à Senghor doit demeurer un crédo biblique des deux partenaires.



   Trackbacks

    URL Trackback: http://www.xalimablog.com/trackback/1373

   Commentaires

Texte très intéressant mais ce que je regrette un petit peu c'est le fait que tu sembles présenter l'homme et la femme sénégalaise comme étant des individus assez unidimensionels. L'exemple de la femme sénégalaise qui gâche tout son argent en cérémonies familiales et futilités me semble un peu loin de la réalité surtout lorsque l'on pense aux femmes sénégalaises habitant à l'étranger (et donc plus enclines à vivre un mariage mixte) et donc pour la plupart relativement loin de ce phénomène de société. S'il est réel je ne pense pas que ce soit là l'une des raisons principales qui pousseraient un homme à épouser une femme blanche. Il en va de même pour l'exemple de la polygamie chez l'homme et le partage des tâches ménagères...
Ecrit par: Khady | 02/02 04:46PM

positive vibration
je partage ta position sur le mariage mixte et je voudrai ajouter que la base de la réussite d'un mariage mixte c'est continuellement une communication sans faille devant les obstacles culturels en plus de la différence de caractère qui existe dans tous les couples. Ceci n'est pas aisé ce qui fait que beaucoup anbandonnent en cours de route et de fait donnent raison aux détracteurs des couples mixtes. Les parents et les amis des deux cotés ne doivent pas non plus se mêler de la façon dont le couple devrait marcher. Le couple doit être le résultat du meilleur des deux cultures. Peut-être suis-je idealiste car comme tu l'as dit il y a toujours une culture dominante, à la quelle on est le plus exposé. Mais dans leur intimité ils doivent toujours sauvegarder l'équilibre culturel. Comme ça chacun se sentira dans son élément tout en étant conscient des compromis à faire en ne priorisant que l'amour. Devant l'un des défis de la mondialisation qu'est le mariage mixte, l'équilibre reste le maître mot dans la diversité.
Ecrit par: syreek | 14/01 10:39PM


   Poster un commentaire
Nom:


Email:


2 + 1 = ?

S'il vous plaît écrivez-dessus a somme de ces deux nombres entiers

Titre:


Commentaires:


Code:

A propos de l'auteur

 Diplômé des Sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Montréal, Lamine Niang enseigne à Montréal. Il coanime l'émission Africa Demb sur radiovivaafrica.com tous les dimanches à 19 heures.

Contactez l'auteur

Information
Catégories
société
politique
Notes récentes
Voter Macky Sall: un impératif
[04/03 04:23AM]
Wade le criminel
[02/02 04:19AM]
Arrêtez ce cirque!
[22/11 01:39AM]
Fin des haricots pour le guide libyen
[26/10 02:53AM]
Papa, je veux devenir lutteur quand je serai grand
[19/08 11:51PM]
Albums photo


Mes Amis


Mes Liens
http://mopaya.rcinet.ca/
http://blackbazar.blogspot.com/

Mes Livres
La Guerre et la Paix
Crime et Châtiment
Nations nègres et Culture

Ma Musique
RADIO VIVA AFRICA







A service of xalimablog.com