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Le mois de l’histoire des noirs a été l’occasion saisie par Chantier d’Afrique du Canada pour organiser un forum sur le thème des « défis de la solidarité économique pour le développement entrepreneurial au sein des communautés noires du Québec». Un groupe cosmopolite et aux compétences professionnelles diverses s’est donc donné rendez-vous au restaurant Cap Sud le 27 février 2010 pour écouter et échanger avec d’éminents intellectuels sur plusieurs points ayant trait au devenir économique de la communauté noire et africaine établie au Québec.
La communauté africaine du Québec en 2010 Dès l’entame de la discussion, les différents intervenants ont tenté de dresser un état des lieux de la communauté noire au niveau de la cohésion sociale et de la solidarité économique. Ce qui fera dire à Mme Lysiane Randriomarolahy, initiatrice du projet « Prendre ma place à Québec», qu’il est important de souligner la «complexité et la difficulté» à réunir des Africains eu égard à l’hétérogénéité des pays d’origine et de la culture propre à chaque ressortissant africain établi au Québec. Ainsi, partant de son expérience dans la mise en place du Fonds d’Emprunt économique communautaire du Québec, elle relève que « quatre bonnes années se sont écoulées avant que son organisme n’arrive à surmonter les petits clivages et le manque de confiance de certains membres». Toutefois, rassure-t-elle, « des projets collectifs économiques sont bien possibles sous certaines conditions». Lesquelles? De l’avis de François Munyabagisha, directeur général de Relais Canada International, les noirs doivent nécessairement s’affranchir du «communautarisme» et de la «ghettoïsation» qui les renferment dans certains quartiers spécifiques au Québec et qui les poussent à n’entretenir des relations qu’avec leurs compatriotes. Une telle attitude pourrait beaucoup nuire lorsqu’arrive le temps de se lancer en affaires. On risque en effet de ne pas ratisser large et de ne pas cibler une clientèle hétéroclite. Une réalité que confirme Mme Randriomarolahy lorsqu’elle soutient que « les projets qui marchent le plus sont ceux qui ciblent une clientèle blanche». Toutefois, il faut précisier qu’une telle démarche n’est pas synonyme de rejet de nos frères et sœurs noirs qui peuvent justement consituer un socle à partir duquel on s’appuie pour nous ouvrir aux autres communautés. C’est ce qui pousse M. Batururumi, président de Africam Voyages, à rappeler cette belle pensée du pasteur Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre tous comme des frères sinon nous allons mourir comme des idiots.»
Ce problème n’est pas le seul à être pointé du doigt par les intervenants. Il faut en effet ajouter la nécessité d’un changement profond dans l’attitude de la plupart des Africains lorsque des structures collectives sont créées, peu importe les objectifs visés. Pour Yaovi Bouka, PhD, vice-président exécutif et trésorier de Force Leadership africaine, « un changement radical des mentalités s’impose dans la communauté noire, car chacun veut être le chef de groupe alors que pour former une communauté d’excellence chacun d’entre nous doit chercher d’abord à être le meilleur dans son domaine. Ainsi, le choix des véritables leaders se fera plus simplement.»
Lueur d’espoir pour l’avenir Le Canada constitue un pays où les opportunités d’affaires sont nombreuses. Donc, à l’image des Italiens et des Juifs établis au Canada, les Africains peuvent bel et bien relever le défi de devenir une communauté puissante qui pèsera lourd sur l’échiquier économique du pays. Et pour y arriver, il ne s’agira point de penser mettre en place une banque ou toute autre institution financière, car celles-ci existent déjà comme le mentionne avec pertinence M. Mohamed Aouini, directeur développement des affaires Caisse Desjardins Mercier-Rosemont : « il faut utiliser les outils financiers qui existent déjà sur place et tenter d’y trouver une place confortable». Bref, «il ne faut pas réinventer la roue» renchérit-il. Sous un tout autre angle, Mme Randriomarolahy estime que les entrepreneurs africains doivent dorénavant penser conquérir les secteurs à valeurs ajoutées tels que le domaine de la transformation agro alimentaire qui est très porteur. En effet, en se basant sur la réalité du marché économique québécoise, on s’aperçoit que les Africains se limitent davantage à la création de petits commerces qui ne profitent dans la plupart des cas qu’à l’entrepreneur et à sa famille immédiate. En outre, elle estime qu’il faut encourager de plus en plus le développement d’un leadership féminin. Hélas, même en vivant dans un pays qui leur offre beaucoup de ressources, une part importante de la gent féminine africaine continue de se cantonner au rôle de mère et de femme. La politique d’immigration élitiste du Canada est reconnue dans le monde, alors en s’appuyant sur les milliers d’universitaires qui vivent sur le sol québécois, l’avenir des noirs peut être prometteur si ces derniers réussissent à se regrouper ensemble et à tisser des liens d’une véritable solidarité économique comme cela se manifeste si bien dans la solidarité d’accueil des nouveaux immigrants. Avec des chiffres à l’appui, M. Gerard Charpentier PhD, psychanalyste et sociologue affirme justement « qu’avec plus de 25% de la population issue de l’immigration, le Canada n’a pas le choix d’associer les immigrants dans la marche du pays». Par conséquent, les Africains peuvent tirer leur épingle du jeu s’ils arrivent à transformer les réussites individuelles en un véritable succès collectif. D’où la pertinence de l’idée émise par M. Bouka qui propose l’établissement de structures d’actions par secteurs d’activités (entrepreneuship et professionnels) avec l’appui des chercheurs et des professeurs d’université. Pour bien préparer l’avenir et la relève économique, Mme Randriomarolahy pense que les familles africaines doivent davantage mettre l’accent sur les valeurs entrepreneuriales dans l’éducation des jeunes et les inciter à adhérer à des projets de leadership dans les écoles et à s’engager dès le bas âge à la recherche de microcrédits. De même, les parents devraient les encourager à poursuivre des formations dans les métiers spécialisés. En somme, il s’agira d’introduire dans les foyers une vraie culture d’entrepreneuriat, car les « Africains sont souvent beaucoup plus des spéculateurs que des entrepreneurs».
P.S Article publié pour les besoins du journal en ligne de CHAFRIC, L'option
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Les Africains de la diaspora continuent à vivre en Afrique
Je pense que le problème fondamental auquel il faut s'attaquer est le refus de la "transculturation", de l'adaptation, de l'intégration, de fait d'aller vers l'autre avec qui on n'a pas la même couleur de peau, ou que l'on ne soit pas de la même religion. Nous, Africains de la diaspora d'une manière générale, refusons tout simplement de sortir de notre grande bulle qu'est l'Afrique. On vit en Europe, au Canada, ou partout ailleurs dans le monde, on est toujours dans notre Afrique végétative et cela s'exprime jusque dans notre moindre relation d'affaires pour ne pas dire dans notre organisation économique.
Il faut donc s'éclore et adopter la culture économique des pays industrialisés qui font la référence du modèle économique si l'on veut être indépendant et oeuvrer pour le développement de nous-mêmes et de notre continent.
Ecrit par: Mamadou Diop | 22/03 08:56PM
je crois que l’attitude entrepreneuriale des africains est liée à ce que j’explorais dans mon mémoire, c’est-à-dire au fait que presque partout en Afrique « c’est la participation au pouvoir qui donne une emprise sur l’économie beaucoup plus que l’inverse ». Résultat : la culture des affaires n’est pas très répandue et les gens restent cantonnés dans leurs vieux réflexes en pensant que c’est le pouvoir qui va les enrichir. D’où la compétition pour être le chef du groupe et non pour être le meilleur.
Ecrit par: khady | 10/03 05:10PM
Votre rapport sur le thème des défis de « la solidarité économique pour le développement entrepreneurial au sein des communautés noires du Québec » est particulièrement intéressant et dépasse largement le cadre du Canada. Le développement économique de la communauté africaine est tout simplement en mal en dépit de la prise de conscience de tout un chacun. J’apprécie votre idée sur le communautarisme. En effet, c’est un problème fondamentalement culturel. N’entendons-nous pas de nos grands-parents que le blanc est souillé et qu’il ne faut pas entretenir de relations avec les autres qui ne sont pas de notre religion ? Cette idée est fortement véhiculée par nos chefs religieux (sans citer aucune confrérie pour ne pas entrer dans le sectarisme)! Je crois si l’on émigrant, on a quand même une autre vision du monde. Le développement économique suppose d’abord un développement intellectuel et un surpassement extra-communautaire. Mais le constat est tout à fait désolant.
Ecrit par: Mamadou Diop | 05/03 04:16PM
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