Plongé dans un endettement chronique qui le place au rang de la province la plus endettée du Canada, Québec, pour atteindre le déficit zéro d’ici 2014 a décidé d’aller puiser 4,3 milliards dans la poche des contribuables. Augmentations de la TVQ, du prix de l’essence et des tarifs de l’électricité, en plus d’une hausse de la taxe sur la santé et des frais universitaires, la pilule sera dure à avaler pour les familles de la classe moyenne et surtout des plus démunis. Partant du constat que les Noirs constituent la frange la plus défavorisée de la société québécoise, il est à craindre des lendemains périlleux pour cette communauté qui croule déjà dans le dénuement et l’indigence. Et pourtant, ce n’est pas l’ambition encore moins les compétences professionnelles qui manquent aux ressortissants africains établis au Québec.
Contrairement aux autres pays occidentaux où la précarité sociale des immigrants noirs s’explique, entre autres raisons, par le manque de formation académique, le Canada et plus particulièrement le Québec, s’illustre par l’ostracisme économique qui frappe les universitaires provenant de l’Afrique et de l’Haïti. L’étude de James Torczyner, professeur à l’École de service social de l’Université McGill, montre avec pertinence que «la communauté noire de Montréal gagne en moyenne 22 000 $ par année, contre 38 000 $ pour le reste de la population. Et les diplômes ne changent rien à cet écart salarial». Ce qui est à la fois aberrant voire effrayant dans cette réalité sociale, c’est l’étendue du fossé salarial qui sépare les noirs diplômés de deuxième cycle par rapport aux autres communautés. En effet, selon toujours cette étude, «la rémunération des Noirs détenant un diplôme universitaire de second cycle atteint 37 000 $, alors que les gens qui ne sont pas Noirs et qui ont la même formation obtiennent des gages s’élevant en moyenne à 65 000 $». Le bât blesse sûrement quelque part…
Si la plupart des immigrants africains résidents au Canada ont décidé de tourner le dos à leur pays d’origine, c’est sans aucun parce qu’ils aspirent à une situation sociale et économique meilleure dans le pays d’accueil. Chose normale pour des personnes qui ont surtout été acceptées par les services d’immigration canadiennes en vertu, principalement, de leurs compétences professionnelles et de leur niveau d’instruction. Il est alors humainement dégradant et moralement insultant de devoir subir une injustice basée grandement sur la couleur de la peau. Pire, beaucoup n’hésitent pas à retourner aux études avec son corollaire d’endettement inévitable et le manque à gagner considérable afin d’augmenter les chances d’obtenir un emploi qui soit la hauteur des attentes. Cependant, on finit toujours par déchanter après tant d’années de sacrifices. Car, à quoi bon faire le même travail que les autres et être payé de moitié. On aurait dit un système savamment orchestré pour pousser les familles noires à conserver continuellement le bas de l’échelle sociale…
Constituée en grande partie d’universitaires, la communauté noire devrait davantage prendre son destin en main et réfléchir sur les moyens qui lui permettront d’atténuer considérablement la fracture économique, à défaut de l’éradiquer complètement. Dans un pays qui dit garantir la justice dans l’accès à l’emploi et qui prône l’égalité entre les hommes, il est inacceptable de laisser perpétuer un système discriminatoire qui ne fait qu’accentuer la pauvreté entre Noirs et Blancs. Toutefois, les quelques échos individuels qui parviennent ça et là ne pourront pas hélas inverser la tendance. Il faut alors une réelle prise de conscience de cette situation inique et faire montre d’une envie commune de porter sur soi la bataille de tout un groupe.