Dans quelques jours, le monde sportif vibrera au rythme de la magie du ballon rond. Toutes les grandes chaines de télévision braqueront leurs caméras au Soccer city, le stade ultramoderne qui git dans le mythique quartier de Soweto, ainsi que dans les neuf autres stades construits ou rénovés à coups de centaines de millions de dollars. Des milliers de supporters, provenant de presque tous les coins de la planète, convergeront dans les grandes métropoles où se tiendra l’épreuve sportive. Pour beaucoup d’Occidentaux, ce sera le premier contact physique avec le berceau de l’humanité. Le pays de Madiba est ainsi à l’honneur. Pour la première fois dans l’histoire du sport, un pays africain reçoit la coupe du monde de football malgré toutes les tractations infructueuses des oiseaux de mauvais augure arguant du niveau incommensurable de la criminalité, voire du taux inquiétant de la prévalence du Sida.
Si accueillir la plus grande compétition sportive mondiale permet à la première puissance économique africaine d’être, l’espace d’un mois, une vitrine mondiale et, ultérieurement, profiter des retombées pécuniaires, cette grande première africaine reste tout de même un grand défi.
En effet, dans un monde où le pouvoir manipulateur des médias ne souffre d’aucune contestation tant pour embellir un phénomène que pour l’enlaidir, il va sans dire que l’Afrique du Sud aura doublement du pain sur la planche. D’abord, pour montrer qu’elle est parfaitement à la hauteur des attentes placées en elle par la FIFA en vertu de ses compétences organisatrices, ensuite elle devrait constituer, à l’issue de cette fête du football, une carte de visite pour le reste du continent africain. Bref, il s’agira d’un test grandeur nature pour prendre le pouls des réelles capacités du continent africain d’organiser une manifestation de dimension mondiale.
Toujours représentée aux yeux du monde de façon hideuse et dramatique, l’Afrique détient ici une bonne occasion de montrer un tout autre visage, celui qui marche et qui peut même rivaliser avec les grands pays émergents. Certes, on ne s’attendra pas à voir les mêmes spectacles fantasmagoriques que ceux offerts par Pékin lors de la cérémonie d’ouverture des derniers jeux Olympiques, cependant les grandes infrastructures routières, les nouveaux aéroports internationaux, les hôtels mirobolants, etc. finissent par nous convaincre qu’à côté des images de famine cycliques, de guerres tribales meurtrières et de maladies endémiques qui font quotidiennement le tour du monde, il y a cet autre Afrique qui refuse de s’apitoyer sur son sort et qui prend son destin en main. Il s’agit de cet Afrique qui ne tripatouille pas sporadiquement les Constitutions, qui respecte l’esprit des institutions, qui ne pense pas aux dévolutions monarchiques, qui garantit la liberté d’expression et qui ne laisse pas la corruption et la concussion gangrener toutes les sphères de l’État. Bonne coupe du monde et que les chefs d’État qui passent leur temps à pérorer de leurs réalisations minimes s’inspirent de ceux qui travaillent...concrètement sans tambour ni trompette!