«L’épanouissement vient d'un éveil de la conscience, et il passe par l'apaisement intérieur»
Un monde en pleine agitation malgré les fausses apparences de sérénité, rongé par la peur des incertitudes, les perpétuels soubresauts économiques, les caprices désastreux de l’environnement, l’effritement du tissu social, la montée de l’extrémisme religieux,… Tel est le spectacle qui se dessine inexorablement de jour en jour et auquel l’humanité semble perdre tout contrôle.
Si d’aucuns se soucient peu de ce qui se passe dans leur entourage et préfèrent se complaire dans leur confort précaire, d’autres se lèvent, la peur au ventre, et avec le sentiment quotidien de voir s’envoler le dernier soupir.
La réalité est que tout ne tient que sur un mince fil. La soudaine et récente crise économique n’a pas fini de hanter le sommeil de ceux qui ont tout perdu du jour au lendemain alors qu’ils se croyaient assurés d’un toit, d’un emploi et d’un bonheur familial. Les incessantes attaques terroristes nous renseignent fort bien de l’insécurité ambiante qui n’épargne aucune place sur terre. Les relations interpersonnelles, qu’elles soient d’ordre amoureux ou amical, se nouent et se brisent au gré des vicissitudes de la vie. Et tout ceci participe plus ou moins au malheur, voire à la déchéance de l’homme.
Et pourtant, que de chemin parcouru pour rendre l’être humain heureux, libre et surtout maitre de tout ce qui l’entoure! Malgré les grandes avancées technologiques et les découvertes fantasmagoriques de toutes sortes qui ont jalonné la marche du monde depuis belle lurette, la science a aujourd’hui montré ses limites dans la réponse à la satisfaction de la globalité des besoins intrinsèques de l’individu. Certes, elle a permis au monde de franchir des pas de géant dans la compréhension et l’appropriation d’une pléthore d’éléments qui facilitent la cohabitation de l’homme avec son univers en permettant, du même coup, de confirmer la suprématie de l’être humain sur le reste de l’univers. Cependant, force est de constater que le bonheur reste encore loin pour bon nombre de personnes nonobstant toutes les acquisitions matérielles.
Nos angoisses, nos peurs et nos faiblesses nous poursuivent au quotidien et empêchent la réalisation d’un épanouissement personnel total.
Si l’argent et, conséquemment, le bien matériel peuvent assouvir le corps, il en est tout autrement de l’âme. Et pourtant, celle-ci, au même tire que le corps, a besoin d’être nourrie et entretenue afin de permettre à l’individu d’acquérir l’éthos originel ou la paix de l’âme, de gouter au plein équilibre dont il a fondamentalement besoin et surtout d’être un support pour son prochain et non son ennemi. Empêcher en effet que l’homme devienne un loup pour l’homme.
Ainsi, l’éveil et la culture des valeurs spirituelles peuvent être d’un apport considérable pour sauver un monde en permanente souffrance et en mal de repères. Il s’agit en effet, dans la quête spirituelle du non initié, de développer des valeurs dont le plus important est l’Amour (mahabba).
Et si, à la base, il s’agit d’un amour ascétique, celui-ci, dans son effusion, pourra se propager sur l’humanité toute entière et dépasser toutes les prétendues barrières érigées par l’homme. Car, comment adorer le Créateur et abhorrer ses créatures?
Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette quête spirituelle pourrait également puiser sa source dans divers domaines. On peut se rappeler les propos inspirants et inspirés de Bob Marley dans sa démarche spirituelle « You have to look inside yourself to see rasta. Every black is a rasta, dem only have to look inside themselves. No one had to tell me. Jah told me himself. I and I look inside I self and I saw Jah rastafari» ; les écrits mystiques de la grande Marie de l’Incarnation: « Non, mon Amour, vous n’êtes pas feu, vous n’êtes pas eau, vous n’êtes pas ce que nous disons» et les affirmations de Vassilli Kandinsky dans son célèbre essai : « La peinture est un art et l’art dans son ensemble n’est pas une vaine création d'objets qui se perdent dans le vide, mais une puissance qui a un but et doit servir à l’évolution et à l’affinement de l’âme humaine». Un peu plus loin et dans une dimension plus ésotérique, les textes de Rumi, Ghazali ou Ibn Arabi ont marqué la littérature soufie islamique.
C’est pour dire que sans nécessairement s’articuler autour d’un cadre religieux ou s’appuyer sur un référentiel purement dogmatique, il est question ici pour l’individu de prendre conscience de son potentiel sans oublier son côté vulnérable et d’œuvrer pour retrouver l’harmonie du corps, de l’esprit et de l’âme. Atteindre pour ainsi dire une ouverture du cœur qui ne se laissera pas gouverner par les envies incontrôlables de concurrence, de domination et de destruction.