En 1966, sous l’égide du président poète, Léopold S. Senghor, fut organisé le premier Festival mondial des Arts nègres. Le continent noir qui sortait d’une longue période de colonisation après les affres de la Traite négrière avait besoin d’espace pour exprimer et revendiquer la réhabilitation de la race noire longtemps mise au banc des discriminés et des opprimés. Les intellectuels et artistes noirs de la diaspora voulaient, et c’était à juste titre, montrer à la face du monde que, malgré les souffrances surhumaines et les exploitations ravageuses vécues depuis belle lurette, les peuples noirs sont toujours debout et que la destinée du monde ne s’écrira pas sans eux. Bref, c’était l’occasion rêvée de montrer toute notre fierté d’avoir la peau noire et surtout d’exhiber l’apport de nos hommes et femmes à la civilisation mondiale. Chose que des Occidentaux ont tenté d’occulter en vain.
Cinq décennies après la tenue de cette manifestation culturelle d’envergure, on est en droit de se demander si l’organisation d’un nouvel FESMAN se justifie. Je ne le crois pas.
En effet, la donne mondiale a beaucoup changé au cours de ces cinquante dernières années et le contexte socioéconomique mondial s’est considérablement métamorphosé. Des pays qui étaient jadis considérés comme sous –développés voire pauvres, à l’instar de l’Inde, du Brésil et de la Chine ont aujourd’hui, avec une rapidité spectaculaire, gagné leur place parmi les nations émergentes pour ne pas dire riches ; montrant du même coup qu’il n’y a pas de fatalité dans la marche d’un pays et qu’avec la volonté tout est possible.
Si malgré la réalité mondiale qui peut être très favorable à l’Afrique grâce à ses innombrables potentialités que recouvrent son sol et son sous-sol les Noirs et le continent africain en sont rendus à réclamer « la défense et l’illustration des civilisations et cultures noires» et continuer à quémander la reconnaissance des autres pays, c’est qu’il y a véritablement un problème. Je doute fort que ce soit à travers des rencontres folkloriques et d’interminables forums de discussions et d’échanges que le continent noir se relèvera enfin de sa léthargie et de son immobilisme qui semble chronique.
En effet, comment s’attendre au respect et à la considération des Occidentaux si un gouvernement se permet de dépenser des milliards en quelques jours dans le divertissement et le palabre alors que la population croule dans la misère la plus abjecte et que les infrastructures de tout ordre font défaut à un pays qui fait partie du nombre peu élogieux des vingt pays les plus pauvres au monde selon le classement IDH publié par le Programme des Nations Unies pour le développement?
Comme toujours, cette manifestation ne sert qu’à assouvir les pulsions mégalomaniaques et égocentriques d’un président qui tente par tous les moyens - même les plus loufoques- de cristalliser l’attention du monde sur sa personne en dépit des conséquences incalculables sur les maigres ressources des contribuables sénégalais.
C’est par la démocratie, le respect sans condition des institutions de la République et la satisfaction des besoins de la population qu’un peuple arrive à se hisser parmi les nations respectables et respectées. Les Noirs et leurs gouvernants sont hélas loin de cette dynamique. À quand le réveil?