La montagne a accouché d’une souris, est-on tenté de dire. La plupart des Sénégalais attendait un chef de l’État qui montre qu’il a pris la pleine mesure de la situation délétère dans laquelle vit le Sénégal depuis les journées historiques du 23 et 27 juin. Manifester qu'il est sensible à l'accalmie après la tempête. Plutôt que de montrer que le message envoyé par le peuple et principalement par la jeunesse a été bien compris, le président n’y est pas allé de main morte. Faisant dans le mépris, tombant dans la provocation et proférant même des menaces. Du moins, c’est ce qui transparait de son long et décousu discours va t-en-guerre après avoir été chanté et revigoré par ses thuriféraires et ses laudateurs .
Stratégie de communication ou signe d’une témérité avérée? La question mérite d’être posée.
Au vu de la façon dont le président a géré cette crise du mois de juin, on peut dire que la peur a aujourd’hui changé de camp. Toujours prompt à réagir et la plupart du temps de façon instinctive à toutes les attaques auxquelles il fait face, alors si le président est resté muet si longtemps avant de se montrer comme le réclamaient la majorité des Sénégalais, c’est qu’il a été profondément ébranlé par ce qui s’est passé devant l’assemblée nationale et dans les rues de toutes les villes du pays.
Trouver la meilleure stratégie à adopter avant de faire face aux Sénégalais explique clairement ce long mutisme. Que faire? Céder aux demandes des protestataires, à savoir le renoncement à sa candidature et les autres revendications? Faire quelques compris et en demander autant à l’opposition? Taper sur la table et montrer qu’il ne reculera devant rien?
Le président a choisi le terrain de la confrontation et du bras de fer.
Il a clairement laissé entendre que le PDS ne se fera plus surprendre. Autrement dit, ce sera dorénavant la loi du talion.
L’essentiel de cette allocution du président et qu’on veut laisser planer un climat de terreur dans le pays pour refroidir les ardeurs des futurs contestataires. Tuer dans l’œuf toute idée de « désobéissance civile». Il devrait pourtant se détromper et prendre exemple sur le printemps arabe qui n’a pas fini de faire parler de lui.
Quand un peuple a soif de justice et de légalité et qu’il court derrière le minimum vital pour exister, ni les balles de l’armée, ni le sang qui gicle, encore moins la quantité des cadavres qui jonchent le sol ne le fera reculer. Bien au contraire. Un homme avertit en vaut deux.