Il avait juré de ne pas marcher sur des cadavres pour accéder au palais présidentiel, aujourd’hui il risque d’y sortir en pataugeant sur le sang des victimes que la folie meurtrière de son armée ne cesse de verser quotidiennement.
Lui, c’est Abdoulaye Wade, un président que d’aucuns croyaient qu’il aurait la sagesse de Mandela en se retirant du pouvoir après avoir brigué le nombre de mandat auquel la Constitution lui donnait droit. Hélas, il a choisi de laisser son nom figurer dans les pages noires des tyrans du siècle, au chapitre des assassins qui ont préféré massacrer leur peuple pour se maintenir au pouvoir.
Sept vies humaines enlevées et des dizaines de blessés graves pour empêcher au peuple d’exprimer sa déception sur une décision injuste et partiale de la justice. Un spectacle triste et désolant de camion de la police fonçant sur une foule désespérée et des policiers sans retenue tirant à bout portant sur des personnes sans défense. Il faut être Abdoulaye Wade pour trahir si odieusement l’espoir de toute une jeunesse qui lui vouait pourtant un culte démesuré pendant ses années d’opposition. Soutenu par une population acquise à sa cause et en quête de bien-être, il avait promis monts et merveilles pour abréger la souffrance des Sénégalais et rétablir la justice. Douze années après son accession au pouvoir, il ne trouve rien de mieux que de donner l’ordre de mater son peuple.
Devant ces excès tragiques du régime de Wade, faut-il courber l’échine et renoncer à la lutte ou accepter de se sacrifier pour un idéal de justice ?
Il faudra en effet se battre par tous les moyens nécessaires pour barrer la route à cette forfaiture que le Conseil constitutionnel a décidé de nous imposer.
Compter autant de morts et de blessés en si peu de temps pour ensuite se plier à la volonté d’un vieillard sénile et de ses sbires serait une erreur impardonnable et une insulte suprême à l’âme des disparus qui ne faisaient que s’indigner devant ce que certains qualifient de «coup d’état constitutionnel». La seule vérité qui vaille en ce moment est le départ sans concession de Wade. Si le nombre des morts avait freiné l’ardeur des Égyptiens, des Tunisiens, des Libyens et des Yéménites, les dirigeants de ces pays respectifs seraient encore en train de pavaner dans leurs palais. C’est la détermination et l’esprit de sacrifice des populations qui ont engendré la réussite de leur combat. Le ver s’appelle aujourd’hui Abdoulaye Wade et il faut l’extirper du fruit.
L’heure n’est plus aux compromissions et à l’écoute de certains marabouts corrompus, cupides et loin des préoccupations quotidiennes des populations. Des seigneurs enturbannés qui ne se préoccupent que des profits pécuniaires à tirer en caressant le président et son entourage dans le sens du poil. On ne les entend point réprimander le gouvernement lorsqu’il manque à ses obligations les plus élémentaires de bonne gestion et de réponse aux attentes des Sénégalais sur la cherté des denrées alimentaires, la fourniture suffisante en énergie, la lutte contre les scandales financiers récurrents , etc. Pour la moindre grogne ou insatisfaction dans leur «famille religieuse», des valises bourrées de billets arrivent à calmer les caprices les plus insignifiants.
Pendant ce temps, le peuple oublié pleure ses morts, soigne ses blessés et implore un Ciel clément capable de lui venir au secours d’un pouvoir qui ne manque aucune occasion pour enfoncer le couteau dans la plaie béante de sa souffrance et de son désarroi.
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