blog de ndiaga loum
mis à jour: 28/02 10:38AM

 


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Ndiaga Loum, docteur en communication
Professeur chercheur au Département de travail social et des sciences sociales
Université du Québec en Outaouais
ndiaga.loum@uqo.ca

 

Ndiaga Loum est juriste, politologue, professeur de communication internationale au département de travail social et de sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Il est l’auteur de deux ouvrages (Les Médias et l’État au Sénégal : l’impossible autonomie, L’Harmattan, 2003, Médias à l’école, Manuel de l’enseignant et Guide d’encadrement, écrit en collaboration avec Michel Sénécal, Panos, 2005), et de plusieurs autres publications portant sur des questions diverses : fracture numérique et solidarité Nord/Sud, médias, religion et pouvoir en Afrique, Droits de la personne et relations internationales, etc. En dehors de ses activités d’enseignement et de recherche, Ndiaga Loum est aussi expert en droit international humanitaire et à ce titre il a servi pendant deux ans au sein de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples comme adjoint du Rapporteur spécial sur les prisons et les conditions en Afrique.

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Les deux Senghor Par Ndiaga Loum
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PRÉFACE

Ce cahier de la Chaire Senghor de la Francophonie de l’Université du Québec en Outaouais prend les allures d’un ouvrage de dimension internationale, à la hauteur du personnage qui en est le prétexte et la justification : Léopold Sédar Senghor, considéré comme le père de la Francophonie, cette collectivité qui réunit l’ensemble des personnes parlant la langue française et partageant au-delà celle-ci, des valeurs d’humanisme essentielles à la construction de ce qu’il nommait la «civilisation de l’universel». Au terme de sa carrière politique à laquelle il mit volontairement fin, en démissionnant de ses fonctions de président de la République du Sénégal en 1980 (fait rare en Afrique pour mériter d’être souligné), on lui demanda quelle image il aurait préféré laisser à la postérité, celle du poète ou celle du chef de l’État, il répondit sans hésitation : «l’image du poète». Ses détracteurs y voyaient l’aveu circonstancié d’un bilan politique négatif. Mais ceux qui l’ont souvent fréquenté ont témoigné qu’il considérait sa carrière politique comme une contrainte imposée par le destin en dépit de sa longueur dans le temps. Et puis, en termes de bilan politique, il ne fait pas exception au jugement controversé de la postérité qui frappe tous ceux qui ont à assumer avec une certaine constance les charges de chef d’État. Le regard que l’on jette sur le bilan de nos femmes ou hommes politiques est affecté par les lunettes de projection et de perception : celles-ci sont idéologiquement connotées et donc politiquement orientées. D’où les contradictions notées chez les historiens sur l’œuvre politique de Senghor comme sur celle de ses pairs.

Sollicités par le titulaire de la Chaire Senghor, le professeur Simard, pour appréhender l’homme et son oeuvre dans sa double vocation, celle du poète et surtout celle du politique, historiens et communicologues ont ici essayé de prendre la distance critique qui sied en la circonstance pour se rapprocher autant que faire se peut de l’objectivité scientifique. Ces précautions d’ordre scientifique n’empêchent guère ces effluves mystérieuses et subtiles, presque naturelles qui charrient la tendresse, l’affection, la fierté à l’évocation du nom du Président-Poète, et que l’on perçoit à chaque bout de phrase des auteurs bercés depuis leur tendre enfance par les poèmes et les histoires du père de l’indépendance sénégalaise. Si aucune oeuvre humaine n’est fortuite, celle-ci l’est d’autant moins que chacun des auteurs de ce cahier a rencontré Senghor quelque part, un rendez-vous spirituel avec le premier agrégé noir de grammaire française, encore plus fort que ces rencontres physiques. Si le poète professait la nécessité de ces rendez-vous aux apports réciproques - le donner et le recevoir -, ces contributions pourraient presque être vécues comme une partie de ce que nous lui devons après avoir tant reçu de lui sans contrepartie.

Le premier chapitre écrit par Oumar Gueye, professeur d’histoire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, consacre une très large part aux rapports entretenus entre Senghor et le mouvement syndical, de l’époque coloniale aux premières années de l’indépendance.

Les deux autres chapitres, textes moins denses du point de vue du volume que le premier, sont écrits successivement par Ndiaga Loum, professeur à l’Université du Québec en Outaouais et Moustapha Samb, professeur de communication et d’histoire au centre d’études des sciences et techniques de l’information de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar : l’un analyse les rapports parfois conflictuels entre Senghor et la presse, marqués surtout par l’alternance subtile entre l’affirmation de la liberté d’expression comme idéal démocratique et l’exploitation rusée de la raison politicienne pour en limiter l’usage. L’autre explore les divers sens manifestes ou latents du message «senghorien» dont le caractère universaliste mérite sans cesse d’être rappelé dans ce contexte où le moindre des paradoxes réside dans le fait qu’il y a moins de communication au moment où il y a pourtant plus de moyens de communication. Si historiens, communicologues d’origine sénégalaise parlent avec une telle aisance de ce sujet qui porte sur l’un des plus illustres de leurs compatriotes, leur motivation est à chercher hors des seuls sentiers de leurs sciences. v

Comme tout jeune sénégalais, ils ont grandi avec le mythe de Senghor : « Dieu fasse que tu sois aussi instruit que Senghor (sic) », telle était la prière de leurs grands-mères. Écoliers, c’est avec beaucoup de fierté qu’ils se retrouvaient le long de la Route Nationale, drapelets aux couleurs nationales à la main, pour saluer le cortège du Président Senghor qui faisait visiter l’intérieur du pays à ses hôtes, ou lorsqu’il était de retour de sa résidence de repos dominical de Popenguine, sur la Petite Côte sénégalaise. Ils ont entendu certains de leurs pères, grands frères et oncles plus instruits, leur parler du « réactionnaire » Senghor, répressif devant l’eternel, et allié objectif du néocolonialisme ; un « valet de l’impérialisme français » comme le qualifiait son éternel rival Sékou Touré, l’ancien Président Guinéen qui disait oui à l’indépendance dès 1958 là où son homologue sénégalais hésitait encore entre une plus grande autonomie négociée et une rupture brusque avec l’ancienne puissance coloniale.

Plus tard, ces jeunes ont compris qu’il s’agissait là des détracteurs de Senghor, anciens étudiants ou opposants politiques de gauche et de tous bords qui ont eu maille à partir avec son régime. C’est surtout avec regret que ces jeunes lycéens d’alors apprirent la démission de Senghor de sa fonction de Chef de l’État du Sénégal en faveur de son successeur Abdou Diouf, un soir de décembre 1980. Ils comprirent alors qu’il venaient de rater pour de bon l’occasion de pouvoir aller au Collège du Monde Uni où il envoyait les meilleurs élèves des lycées, ou encore de pouvoir un jour recevoir de ses mains ou en sa présence le prix du Concours Général qui récompensait les meilleurs élèves des lycées par discipline. Plus qu’une frustration, un rêve venait de s’effondrer. Mais la consolation pour ces férus de littérature, c’était l’honneur fait à Senghor d’être admis à l’Académie Française, il devint immortel ! Senghor avait ainsi bercé l’innocence de l’adolescence et de ces âges juvéniles, avant qu’adultes, ils furent confrontés aux réalités existentielles : le temps était venu de regarder d’un autre oeil cet humain parmi les humains, qui avait taquiné un moment le statut divin. Ce fut le tour de ces jeunes de perpétuer la tradition de turbulence estudiantine, en faisant subir à son successeur la contestation syndicale des années 1980 et 1990. Les auteurs avaient ainsi découvert le lexique du discours subversif et anarcho-émeutier de leurs ainés des années 1968, appliqué au contexte d’Ajustement Structurel qui était le leur.

Ironie du sort, le Directeur de Thèse de l’auteur du premier chapitre fut un des plus farouches opposants à Senghor : il s’agit du Professeur Iba Der Thiam, un ancien syndicaliste qui avec ses amis (dont l’un, Souleymane Loum est aussi le père d’un des auteurs de ce cahier) lui menèrent une vive résistance qui leur valut des affectations jugées arbitraires, des privations et même la prison pour la plupart. Mais, il ne s’agit pas ici, ni pour l’un, ni pour l’autre, de mener un combat par procuration pour tous ces glorieux ainés du syndicalisme enseignant qui ont tant sacrifié à la lutte pour la démocratie au Sénégal.

Avec le recul de l’adulte, les auteurs de ce cahier observent avec un oeil plus critique toutes ces histoires autour du mythe-Senghor, aussi bien dans le sens de sa glorification par ses partisans que celui de son dénigrement par ses adversaires. Les adolescents ont été sans doute entrainés dans un manichéisme sans aloi, il y a bien à dire et à redire sur la trajectoire de Senghor qui a été longue et n’a laissé personne indifférente, puisqu’il fut de toutes les générations du Sénégal contemporain. Ils ont écouté leurs grands parents leur apprendre que Senghor fut « le Noir qui enseignait le Français aux Français » et celui qui allait « briser les chaînes de l’esclavage » : « dokk buumu njaam » en wolof (entendre plutôt l’oppression coloniale à la place de l’esclavage). Pendant les heures de rivalités politiques, il dirigea la lutte du « Second collège », c’est-à-dire celle des « sujets » des campagnes contre les « citoyens » des communes.

Bref, les auteurs de ce cahier ont entendu le témoignage d’au-moins trois générations : celle des pères avec qui Senghor mena la marche vers l’indépendance et jeta les bases de ce qui sera le nouvel État indépendant du Sénégal; celle des frères aînés qu’il voulut moudre dans ce qui fut sa conception d’un État africain moderne « enraciné dans ses valeurs et ouvert à l’extérieur », mais qui lui opposèrent une vive contestation politico-syndicale liée aux aspirations et revendications de leur âge; celle de leur vi

propre génération pour qui le vieillard que devenait Senghor, symbolisait la synthèse de toutes les générations et le témoin des évènements sociopolitiques majeurs de la jeune République du Sénégal qui porte encore son empreinte; et enfin celle des cadets et les plus jeunes de la « génération Play-Station » qui ne l’ont pas connu mais qui gardent les souvenirs de commémorations dont il fait encore l’objet.

Ses détracteurs disaient qu’il fut « un homme méchant », qui passa « de la poésie à la tuerie » en référence à la répression dont furent victimes ses adversaires de toutes sortes, Senghor avait répondu lui-même que la construction d’une jeune nation ne tolérait pas de « faiblesse coupable ». Ainsi s’expliquait son refus de gracier les deux seuls cas de condamnation à la peine capitale (Moustapha Lô et Ndakhté Faye), suivie d’exécution au Sénégal, en 1967. Il résista même à la pression des chefs religieux qui essayèrent de leur obtenir la grâce présidentielle, cela, bien qu’ils fussent ses alliés les plus sûrs de toujours. Ses anciens partisans quant à eux le rangeraient fièrement dans le panthéon des Dieux : ils ne parlent jamais de lui sans passion.

Les auteurs de ces chapitres ne prennent pas part à cette querelle des aînés qui ont été pour ou contre lui, mais qui sont tous de bonne foi. Il s’agit juste ici de comprendre une référence historique qui a marqué le 20e siècle, quoi qu’on en dise ! Autant dans ses heures de gloire il a pu émouvoir, autant par certaines de ses «maladresses» il a pu décevoir. Il faudrait se contenter de ce qu’il a laissé pour la postérité, loin des secrets qu’il a emportés dans son sommeil éternel, dans le repos auprès des siens qu’il avait tant souhaité : « Il ferait si bon de dormir sous les alizés » ! Chaque jour, chaque heure, chaque minute que nous vivons, nous rappellent notre condition d’«être universalisable» et rend encore plus vraie la prophétie «senghorienne» : l’humanité s’appauvrirait s’il y manquait une seule valeur, d’un seul peuple, d’une seule race, d’un seul continent.

Ndiaga Loum,

professeur, département  des sciences sociales,

Université du Québec en Outaouais (UQO)

 


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Commentaires

Professeur, ne prenez pas mal cette critique: essayez des phrases plus courtes. Le texte en serait plus beau et surtout plus facile à comprendre. Mais dans le fond, il n'y a rien à dire: les 2 Senghor sont bien cernés. Félicitations.
Ecrit par: Moor Badda | 16/03 02:35PM

quel paradoxe?
Mon cher, En choisissant de parler de Senghor, vous avez choisi sans le dire le paradoxe. Cet homme aux multiples facettes n'a laissé aucun sénégalais indifférent. N'est-ce pas le père Mamadou Dia qui disait qu'il n'arrivait pas à nourrir de la haine envers cet homme malgré tout ce qu'il lui a fait subir. En somme, ses plus farouches opposants nourrissaient une certaine admiration pour le président-poète. Autant qu'il savait chanter l'amour et la beauté de la nature, il était intraitable avec ses opposants. En affirmant que la l'émotion est nègre, la raison hellène, il a voulu certes différencier à sa guise deux formes de raisons dit-il: l'une intuitive, l'autre analytique. Mais il s'est attiré la plus grosse foudre de sa carrière de philosophe. Mais en tout cas faire une œuvre sur Senghor est une autre manière de mettre en exergue ses principaux enseignements, non seulement pour la génération grandissante qui ne l'a pas connu mais aussi pour les générations futures. N'avait-il pas affirmé que le métissage est l'avenir de l'humanité? Bravo à Ndiaga Loum ainsi qu'à toute l'équipe qui a réalisé cet ouvrage.
Ecrit par: Mayacine Diop | 15/03 07:11PM

les deux senghor
merci pére mais l'humanité s'est déja appauvrie du fait que certains externisent d'autres , le racisme, les clas trubales et tant d'autres gangrénent le climat paisible que devait connaitre ce monde de Dieu légué à ses chéres etre qui sont les hommes. mais moi je demande à Dieu qu'il me donne le pouvour et la force de rebatir ce monde pour q'enfin chacun trouve sa place qui lui revien de plein droit.
Ecrit par: bassirou loum | 15/03 10:16AM


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